Attention : Vous vous trouvez sur la nouvelle version d'Enseignons.be présentée ici par son président. Si vous rencontrez un bug, n'hésitez pas à nous le signaler via notre formulaire de contact..
13 Avr 2008

Jeunes profs : le ras-le-bol

J’en ai marre !

Je n’en peux plus. Je pars! Mon cauchemar, c’est de retourner dans une classe en septembre. Je préférerais vendre des fringues ou des sandwichs!

Ces propos douloureux sont de Charlotte, 26 ans, qui enseigne « de tout sauf du français » depuis seulement quelques années. Pour elle, l’enseignement, c’est fini. Et elle n’est pas la seule. En Communauté française, après cinq ans, ils sont en moyenne deux sur cinq à abandonner le métier, souvent pour une nouvelle carrière dans le privé. Un taux de survie de 60% donc pour les jeunes profs, au bout de cinq ans. Ce chiffre n’est pas neuf, l’étude qui l’a révélé date déjà de 1999 mais pour de nombreux observateurs de notre enseignement, compte tenu que la formation des enseignants et les conditions d’entrée dans l’enseignement n’ont pas beaucoup bougé depuis, il y a fort à parier que ce chiffre n’a pas changé.

L’insertion reste toujours un moment difficile, comme nous l’explique Christelle Devos, doctorante à l’UCL.

Trop d’abandons…

Les jeunes profs sont souvent engagés très rapidement : « vous donnez huit heures de cours à partir de demain » … Ils héritent souvent des classes les plus difficiles et endossent dès le premier jour les mêmes responsabilités que des profs aguerris. Or, ils ont justement une plus grande charge de travail, puisqu’ils doivent préparer des cours qu’ils n’ont encore jamais donnés et apprendre à gérer une classe. Tout cela avec peu de soutien de collègues; c’est un métier où c’est souvent chacun pour soi.

En Communauté française, des groupes de travail devraient se réunir fin du mois pour plancher sur le sujet alors que la Flandre a déjà pris les choses en main avec un décret : durant les deux premières années, le jeune prof sera accompagné d’un tuteur, d’un parrain.

Mais si les débuts sont difficiles, il reste encore de nombreux points noirs qui rebutent les jeunes pédagogues. Quels sont-ils? Enseignons.be vous les présente et, grâce à Télé Moustique ((source : Télé Moustique-9/04/08)), vous livre également le point de vue de notre nouveau ministre, M. Dupont.

  1. La solitude des débuts : Peu d’entraide, peu d’échanges, les jeunes profs sont amers et critiquent leurs collègues plus anciens. Selon eux, il est inutile et fastidieux de sans cesse devoir réinventer la poudre quand des formules existent déjà et ont fait leurs preuves. Christian Dupont est favorable au tutorat et à la formation continuée tout de suite après l’agrégation. De plus, il faut également informer les futurs profs que le métier n’est pas toujours rose, qu’il est exigeant et difficile.
  2. Absence de « kit de survie » : Quand un jeune prof débarque à l’improviste, pour un remplacement par exemple, il est souvent un peu démuni. Pourquoi ne pas créer des syllabus, des manuels pour chaque branche? Pour le ministre, la réintroduction des manuels va dans ce sens. Il cite également les documents-programmes et les socles de compétences comme canevas.
  3. La coordination : Une heure de coordination prévue obligatoirement dans l’horaire? Les jeunes sont pour. L’occasion de se retrouver entre profs enseignants la même matière et assurer le suivi. Christian Dupont est d’accord. Mais il revient aux directeurs d’aménager de tels moment dans son horaire…
  4. La reconnaissance : « Si on est prof, c’est qu’on a raté quelque chose ». Qui n’a jamais entendu cela? L’image des enseignants n’est pas toujours celle qu’ils méritent. Pour le ministre, les campagnes de pubs, comme celles qui ont été faites dans le passé, n’y changeront rien. Cependant, une récente étude du journal Vers l’Avenir montrait que 80% des parents se disent satisfaits de l’école de leur(s) enfant(s). Et puis, les valeurs défendues par l’école ne sont pas celles véhiculées par notre société, obsédée par l’argent et l’immédiateté.

… mais beaucoup de jeunes profs

Après le creux des années 90, les aspirants professeurs n’ont jamais été aussi nombreux dans les filières pédagogiques. Depuis quelques années, c’est un véritable boom ! En 2005, on enregistrait, tous degrés confondus, 17.000 inscriptions et 4.000 diplômés. Et les chiffres ((Source : Indicateurs de l’enseignement 2007)) sont à la hausse… dans toutes les filières.

Du sang frais attendu, mais qui ne comble pas les départs massifs de pensionnés entre 1995 et 2000. De plus, certaines matières sont davantage exposées à la pénurie : les langues, les maths, les sciences, la philo et les cours techniques.

A la rentrée 2009, le gouvernement débloquera 40 millions d’euros pour lutter contre l’échec scolaire. 1.200 professeurs seront engagés. En espérant qu’ils ne prendront pas tous la poudre d’escampette après quelques heures passées dans leurs classes…

S'abonner à notre newsletter

Recevez gratuitement les dernières actualités de l'enseignement dans votre boîte mail.