Les jeunes incapables de s'informer sur le net

Les étudiants qui arrivent dans l’enseignement supérieur seraient incapables d’effectuer des recherches documentaires et informationnelles, y compris via Internet1. C’est à cette conclusion pour le moins amusante mais préoccupante que sont arrivées l’ASBL Edudoc et le Conseil inter-universitaire francophone (CIUF). Amusante parce que les 1.865 jeunes qui ont répondu à l’enquête sont pourtant des habitués de Google, MSN ou Wikipédia. Mais malgré qu’ils baignent dans l’univers du Net depuis déjà quelques années, ils n’obtiennent qu’une note moyenne de 7,67 sur 20. Pire encore, 93% d’entre eux ne décrochent pas la « satis ».

On pourrait penser que ce sont les étudiants qui disposent d’une connexion Internet à domicile qui réalisent le meilleur résultat. Tout faux! Ce sont eux qui se trompent le plus lourdement. Parmi les erreurs commises le plus souvent, citons le recours systématique à Internet aux dépens des ressources traditionnelles de la bibliothèque (ils ne sont que 1,2% à indiquer avoir recours aux bases de données bibliographiques). Et pourtant, ce ne serait pas très grave si ces jeunes ne prenaient pas pour argent comptant la première information relayée par les moteurs de recherches. Pour Paul Thirion, codirecteur de l’étude et président de la bibliothèque du CIUF :

Il existe des outils de très haut niveau sur Internet, mais il faut pouvoir les dénicher sans se laisser attirer par les fausses pistes.

Question éthique, c’est la catastrophe. Moins de 15% savent qu’ils doivent toujours identifier une source, même lorsque leurs informations proviennent d’une page web. Et on s’étonne que les universités et les Hautes Ecoles doivent s’équiper de logiciels anti-plagiats pour scanner les travaux de fin d’études.

Une information est de qualité? Elle sera jugée comme telle si le site est accessible rapidement. Vous avez dit manque d’esprit critique? Et on ne parle pas encore des « opérateurs booléens » ou des « mots clés« … c’est le désert total!

Les jeunes indiquent encore préférer la télévision aux livres pour trouver leurs informations. On croit rêver.

L’étude révèle encore que les résultats des jeunes s’améliorent en fonction du niveau d’enseignement de la mère. Celui du père est moins influent. Les étudiants dont la mère est universitaire connaissent des lacunes moins sévères que ceux dont la mère n’est pas universitaire.

Les étudiants qui affichent les résultats les plus élevés? Les étudiants en littérature ou en sciences exactes. Les plus mauvais? Les futurs instituteurs et régents.

Les responsables de l’étude vont informer les ministres en charge de l’enseignement.

Nous plaiderons pour le renforcement des cours de recherche documentaire dans l’enseignement supérieur alors que nous ne sommes pas sûrs, actuellement, qu’ils soient maintenus. Nous souhaitons la généralisation des formations à la recherche documentaire dans l’enseignement secondaire.

  1. Source : Le Soir-21.05.08 []

Commentaires

  1. agnès noël dit :

    ouais, et moi quand je travaille à l’école sur un ordinateur – poste de professeur, je n’arrive pas à imprimer le fruit de mon travail, imprimante non connectée, plus d’encre sur l’autre. La salle cyber média a une dizaine de postes désespérément lents, on ne trouve pas d’heure NTPP à dégager en suffisance pour le simple entretien et mise à niveau, très peu de collègues utilisent internet pour leur travail et ne peuvent en aucune façon le faire à l’école. Quand cessera-t-on de stigmatiser une profession qui doit former à l’avenir avec du matériel de l’âge de la pierre ? Et une utilisation éhontée de la bonne volonté, de la conscience professionnelle pour faire marcher un équipement qu’on se vante d’avoir acheté sans en penser le suivi, l’entretien et la formation à l’utilisation. Visitez le centres cyber médias de nos écoles, c’est à pleurer et si ce n’est pas le cas, c’est qu’une armée de pigeons s’est retroussé les manches ( désolée pour l’audace de la métaphore !!!- autant en rire !!!)

  2. Jean-Marie dit :

    Le matériel, c’est pour bientôt ! Si ! Si ! (Elections en 2009 !).
    La Région nous donnera ainsi l’occasion d’être dans les normes européennes 15 élèves par machine…
    (60 machines dans les grandes écoles + 20 machines existantes avec un âge canonique). Le problème, c’est que la Communauté française n’a toujours pas les moyens de ses ambitions et ne fournira aucune aide en personnel d’encadrement.
    L’étude montre pourtant clairement le problème. Un jour, un étudiant de Rhéto m’a encore fait un exposé de Droit Social avec dias Power Point impeccables, avec des informations prises sans réfléchir sur un site français… Un autre jour, en Word, on m’a fait de splendides synthèses sur la Bourse, copier – coller, sans rien comprendre ! Quant aux mots-clés…

  3. Catherine dit :

    N’oubliez pas que vous pouvez faire appel aux bibliothèques et aux bibliothécaires ! 😉

  4. echocynique dit :

    C’est vrai que chaque prof a les outils (les PC promis par Arena aux profs réunis à Liège!), a la compétence et le temps pour former les élèves!

    On a de nouveau un train de retard.

    Les Flamands ont leurs PC. A Bruxelles aussi.

    Pauvre CF

  5. hedwige dit :

    Euh… echocynique…. suis à Bxl mais je ne vois pas mon pc. Suis plutôt comme tout le monde… en train d’attendre. J’en suis pas à attendre un pc mais déjà rien qu’un lecteur DVD… je serais contente.

  6. Baudot J. dit :

    Si nous ne prenons pas du temps dans nos cours, il n’y a pas de possibilité pour encadrer des élèves ds les recherches ! Et les heures de ccordination vont être réduites !

  7. echocynique dit :

    Théoriquement, à Bruxelles, les écoles sont équipées par le CIRB…depuis quelques années

  8. echocynique dit :

    Tiens, lundi c’est la Région wallonne qui va assurer la maintenance des pc.

    Elle se dit prête.

    Mais oui. Alors pourquoi avoir conclu un contrat de maintenance avec une société s’ils sont capables de l’assurer?

    Je ne comprendrai jamais la cohérence de la Région.

  9. Liénard S. dit :

    Je ne suis qu’une « maman » – soulagée d’être universitaire 😉 – et complètement sidérée de ce que je lis !
    Mes enfants sont pour les aînés en primaire et chaque année j’anime bénévolement un atelier par classe. Cette année en 2ème primaire, c’était sur le thème des volcans et j’ai essayé de sensibiliser les élèves au fait qu’ils pouvaient rechercher des informations sur Intenet, ce qu’un ou deux ont fait – avec bien sûr l’aide des parents.
    En tant que parents, je pense que c’est hélas à nous d' »éduquer » nos enfants sur la recherche via Internet mais je pense qu’il est possible de le faire dés les primaires …peut-être suis-je utopiste …
    Néanmoins, il se peut que mon atelier de l’an prochain soit axé sur ce thème donc si quelqu’un peut me donner des pistes, elles seront les bienvenues.
    Merci et bon courage à tous les enseignants motivés, je ne doute pas que la patience vous soit un atout nécessaire :)à

  10. Nat t. dit :

    Je suis professeur documentaliste en France. On m’a appris, former à former les élèves à la recherche documentaire, à l’esprit critique…J’ai des connaissances et des idées mais rarement les élèves à former. Pas assez d’heures de cours, un programme à tenir, déjà trop d’heures phagocytées pour pleins de choses alors les professeurs de disciplines n’ont plus guère de temps à m’accorder. le constat effectué dans cet article m’inquiète et je voudrais améliorer les choses, monter des projets qui permettent aux élèves de se former dès le secondaire…en attendant, je travaille à convaincre les professeurs de prendre un peu de temps pour ces sujets….et l’administration pour mettre à l’emploi du temps des élèves des heures de formation…

  11. pat dit :

    Je suis sans doute d’un autre âge, mais l’informatique dès le primaire, je ne suis pas pour à 100%. J’apprends d’abord à mes enfants à se servir d’un livre, d’un dictionnaire, d’une bibliothèque avant de leur donner accès à Internet pour des recherhces. Je pense qu’on ne peut pas privilégier l’un au mépris de l’autre.
    Ensuite, dès la 5e ou 6e primaire, il sera temps de les préparer je trouve. D’autant plus qu’on trouve souvent ce qu’on ne cherche pas sur Internet !!

    En ce qui concerne le secondaire, c’est vrai, c’est la préhistoire. Les centre cyber média ont tous vieilli et les écoles n’ont pas le loisir de les rajeunir sans l’aval de la CF. Pas non plus le choix du serveur ou des programmes.
    Un collègue est revenu d’une formation Enseignons avec des idées de programmes à installer sur nos PC. Mais ce n’est pas faisable. Trop de choses ne tournent pas (Flash, Adobe…) La préhistoire, je vous dis.

    Et n’est-ce pas dans deux ans qu’il y aura évaluation en info comme on l’a connue en français l’an dernier et en math cette année ?
    Sûr, on aura la médaille d’or là aussi !

  12. cyberpandemonium dit :

    « Les jeunes indiquent encore préférer la télévision aux livres pour trouver leurs informations. On croit rêver. »

    Dans une socièté où tout tend à s’automatiser, il est logique que l’on devienne plus paresseux.

    Les livres sont peut-être condamnés à devenir plus intéractifs donc, apriori, moins fatiguants.

  13. Francois dit :

    Pour le matériel vieillissant, pourquoi ne pas faire du LEASING avec option de mise(s) à jours HARDWARE tous les deux ans ! Et non pas acquérir pour des millions du matériels qui sera déjà trop vieux dans 8 jours … !
    Les parents devraient INITIER leurs enfants tant à rechercher dans les livres que sur INTERNET; mais certaines familles n’ont toujours pas accès à Internet !
    Les solutions existent mais il faut des décisions POLITIQUE pour qu’elles soient mises en place !
    Il y a toujours des élèves, parents d’élèves ou anciens élèves qui peuvent AIDER en forment les profs et le personnel d’encadrement des écoles pour ce qui est de l’entretient / réparations de ce matériel informatique ou autre (vidéo, DVD, …) Mais pour cella, il faut des associations de parents,… qui fonctionnent !

  14. Simon dit :

    C’est aussi pourquoi des cours adaptés dans le supérieur sont nécessaire!
    Et je ne parle pas des cours chiantissimes d’informatique comme ils sont dispensées actuellement dans nos grandes écoles (sans compter les facultés abandonnées), mais de matières simples et utiles sur l’évolution d’internet et sur ses apports! (media sociaux et collaboratifs, nouvelles normes du référencement, questions legales etc).

    En temps que digital native, cette étude m’impressionne particulièrement… Moi qui croyais ma génération plus ouverte sur la question que la précédente…

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  16. PINTE dit :

    L’éducation à la culture informationnelle pour répondre au défi de la société de la connaissance au XXI ème siècle
    « L’intelligence n’est pas un processus d’accumulation de l’information
    mais bien de production de connaissances dans le cadre de stratégies collectives »

    Wilenski, 1960

    Jean-Paul Pinte est un spécialiste de la culture informationnelle depuis 2002.
    Il entre dans le flux des pratiques de ses étudiants pour y faire appliquer une certaine diététique de l’information à l’aide d’une démarche pratique et d’une mallette d’outils qui permettent aux étudiants de devenir des travailleurs du savoir.

    Aujourd’hui il tient à vous faire part de la réflexion sur la culture informationnelle qui avait fait l’objet du chapitre 3 de sa thèse soutenue en décembre 2006.

  17. Nous avons mené un travail d’étude sur la culture numérique
    Vous pouvez le consulter à l’adresse : http://www.numericulture.org

  18. […] qui est grave par contre c’est cette blague belge. Les enfants ne seraient pas capable de se renseigner sur le web, de connaitre les enjeux de base […]