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21 Juil 2010

Livres scolaires : Simonet interpellée au parlement

La circulaire sur le choix des lectures dans l’enseignement secondaire ayant été rendue publique ce lundi 19 juillet, il était difficile pour la ministre Marie-Dominique Simonet de pouvoir répondre aux questions des enseignants. Ce sont donc ses collègues du Parlement de la Communauté française qui sont montés à la tribune afin d’essayer de comprendre ce qui motivait un tel texte, sorti dans la précipitation, à la veille des congés parlementaires. Enseignons.be vous propose de découvrir les questions de Mme Françoise Fassiaux-Looten (PS) ainsi que de Mme Veronica Cremasco (Ecolo) et, bien sûr, la réponse de la ministre de l’Enseignement.  Nous estimons que ces informations pourront vous aider à mieux comprendre les intentions de Mme Simonet ainsi que les inquiétudes des enseignants face à ce qui pourrait être considéré comme une ingérence du politique dans la sphère pédagogique. Suite à cette lecture, chacun sera à même de se forger une opinion sur la question.

Et pour ceux qui le souhaitent, l’émission RTL+ de mardi était également consacrée à la question du choix des livres scolaires à l’école.

Mme Françoise Fassiaux-Looten (PS) : J’ai été interpellée à la lecture de la circulaire no 3 223. Premièrement, pourquoi fait-on lire des livres aux étudiants ? J’ai enseigné le français pendant trente ans et il m’a toujours paru important de partager le plaisir de la lecture avec les étudiants car la lecture doit rester au centre de l’enseignement et particulièrement du français.Un élève qui est incapable de lire ne profite pas des opportunités qui lui sont offertes. Quel que soit le genre de littérature, un travail d’initiation est nécessaire. L’école ne doit pas être une « cloche », un endroit fermé mais un lieu ouvert avec des gardes-fous. Je donnais toujours à mes élèves Ce jeudi d’octobre d’Anna-Greta Winberg, qui décrit la séparation épouvantable d’un couple. Cela permettait à la classe d’exprimer son vécu à travers un événement fictionnel. De même, l’ensemble de la collection Travelling, qui était magnifique, pouvait jouer le rôle d’éducation des enfants des rues. Ma deuxième remarque porte sur l’ambiguïté de la circulaire. Soit, les professeurs font bien leur travail et la circulaire n’a pas de raison d’être ; soit, ils ne le font pas correctement. L’objectif de la circulaire n’était certainement pas de crosser le monde enseignant qui dans 99,9 pour cent des cas réalise un travail exceptionnel. J’aimerais résumer mon interpellation en quelques questions. Quelle est la situation à l’origine de cette circulaire ? Y a-t-il eu des plaintes ou des dérives ? Quelle est la raison d’être de la circulaire ? Je vous rappelle que l’année scolaire 2009-2010 est terminée. J’attendrai votre circulaire pour l’année prochaine ! Mon intention n’est nullement d’édulcorer la problématique. La lecture a toute son importance, il faut l’encourager. Garantir l’espace de liberté d’une classe et de l’enseignant est essentiel. Quand j’enseignais, je changeais de lecture en fonction de l’évolution de la classe. La responsabilité de l’enseignant sur la manière de faire évoluer les enfants est primordiale. Nous nous devons de maintenir cet espace de liberté.

Mme Veronica Cremasco (ECOLO) : Je remercie Mme Fassiaux d’avoir insisté sur l’importance du rôle éducatif de la lecture et sa fonction d’ouverture au monde. Je reviendrai sur trois points plus spécifiques de la circulaire. Celle-ci est censée ne pas organiser une censure mais les enseignants sont mis en garde sur le contenu de certains livres. Madame la ministre, pouvez-vous nous préciser clairement la ligne directrice à adopter par les enseignants ? Quel est le message adressé aux étudiants ? Combien de plaintes ont-elles été déposées ? Sur quelles doléances portent-elles ? Sur quoi a débouché la réflexion confiée aux inspecteurs, au délégué général aux droits de l’enfant et à SOS-Enfants sous la législature précédente ? La circulaire tient-elle compte de leurs conclusions ?

« La circulaire n’opère pas de censure »

Mme Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement obligatoire et de promotion sociale : En 2006, des parents ont été choqués par certaines lectures imposées aux élèves en quatrième année d’humanités dans une école de la Région bruxelloise. Ils se sont plaints auprès de la ministre de l’époque. Ils s’en sont ouverts au délégué général aux droits de l’enfant et à SOS-Enfants, qui ont estimé que le sujet méritait réflexion. Un groupe de travail composé du délégué général aux droits de l’enfant, de représentants de SOS-Enfants, de représentants de l’inspection, d’un réseau d’associations de parents et des enseignants a été mis en place. Il a élaboré un projet de circulaire à envoyer à toutes les directions, à charge pour elles de répercuter sa teneur auprès des enseignants, en particulier les professeurs de français. La circulaire n’opère pas de censure. Elle ne mentionne d’ailleurs aucun auteur, aucun titre de livre, mais se borne à rappeler de bonnes pratiques. Il est souhaitable que l’enseignant ait lu le livre et qu’il explique pour quelles raisons il l’a retenu. Le professeur peut très bien choisir un livre difficile. La confrontation des étudiants avec des réalités parfois pénibles est formatrice. La circulaire rappelle aussi qu’il est parfois utile pour les professeurs de français d’une école d’en discuter entre eux et de partager leurs expériences. La circulaire n’est pas ambiguë. Évidemment, 99,9 pour cent des enseignants ont leur métier à coeur et connaissent la maturité intellectuelle et socio-affective de leurs élèves. Une chose est de parler de sujets difficiles avec des élèves de dix-sept, dix-huit ou dix-neuf ans, autre chose d’en parler avec des élèves de quatorze ou quinze ans. Cela dépend des classes et de la maturité des élèves. Le but de la circulaire est de donner le goût de la lecture. Une chose est de donner des livres que les jeunes liront à domicile, au sujet desquels il n’y aura pas de débat. Autre chose est de choisir un livre qui sera lu par tous les élèves et qui leur permettra de se poser des questions, d’en parler en classe, de poser un regard accompagné, constructeur sur les réalités du monde, afin de pouvoir évoluer. Le délégué général aux droits de l’enfant m’a chargée de ce dossier en novembre 2009, et nous travaillons à cette circulaire depuis le début de l’année. Mes prédécesseurs avaient déjà entamé cette mission et mis en place le groupe de travail. C’est évidemment dans le respect de l’autonomie des enseignants et de leurs qualités professionnelles que cette circulaire a été rédigée. Ils sont en effet parfois eux-mêmes remis en question par des parents. Ces mesures doivent permettre aux enseignants de bien se situer dans leur travail.

Et la télévision? Et Internet?

Mme Françoise Fassiaux-Looten (PS) : Je voudrais insister sur l’absence de censure et de pudibonderie inutile ou excessive. Il est vrai au-delà des compétences à transmettre, chaque classe vit à son propre rythme et est confrontée à des difficultés particulières. Il importe de faire confiance aux enfants. Grâce aux lectures en classe et à domicile, on peut favoriser leur épanouissement et susciter leurs réactions. De mémoire de parlementaire, soit sur une période de six ans, je ne me souviens pas d’avoir abordé la problématique en commission de l’Éducation. Tant mieux ! Les groupes démocratiques de cette assemblée sont certainement favorables à la protection de la liberté des enseignants et du libre choix de nos jeunes têtes blondes.

Mme Veronica Cremasco (ECOLO) : On a parlé des jeunes âgés de quatorze, quinze ans mais d’autres plus jeunes sont soumis via Internet et la télévision à des contenus nettement plus crus que ceux auxquels ils sont confrontés à l’école. Je suppose que Mme Fassiaux vise le même objectif, à savoir un message de confiance à l’égard des enseignants qui apportent des repères aux enfants dans une société très sexualisée et violente, au-delà de tous ses aspects positifs. ((Source : http://www.pcf.be/req/info/document?section=public&id=001316177&version=draft&mimetype=application/pdf))

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