Notre école plus que jamais discriminatoire

ecoleNotre enseignement est l’un des plus inégalitaires au monde. A quelques jours des élections qui verront les partis politiques se pencher sur le futur de nos écoles, il est toujours bon de le rappeler. Cette fois, c’est une étude réalisée par la Fondation Roi Baudouin en collaboration avec le Germe, le Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité (ULB) qui enfonce le clou. Intitulée « Vers des écoles de qualité pour tous ? », elle passe au crible les résultats de l’enquête Pisa 2012. Qu’en retenir? Enseignons.be fait le point.

Six années d’études séparent les plus forts des plus faibles

D’abord, un petit rappel : Pisa, c’est ce programme international qui mesure, tous les trois ans depuis 2000, les performances en lecture, mathématiques et sciences des élèves de 15 ans… dans 65 pays. On le sait, nos élèves n’ont pas pour habitude de briller dans ce genre d’exercices : leur niveau de performance moyen en mathématiques ainsi qu’en sciences était, en 2012, inférieur à la moyenne des pays membres de l’OCDE. En compréhension à la lecture, la Fédération Wallonie-Bruxelles parvient tout juste à se hisser au-dessus de la moyenne, mais toujours derrière la Flandre.

Mais quels enseignements le Germe nous a-t-il livrés?

1. Dans chacune des deux communautés, l’équivalent de plus de six années d’études sépare les élèves les plus forts des élèves les plus faibles. Cette dispersion est parmi les plus importantes des pays de l’OCDE.

2. Ces écarts de performance dépendent fortement de l’origine socio-économique et ethnique des élèves, davantage que la moyenne des pays de l’OCDE. Les élèves de milieux défavorisés et/ou issus de l’immigration ont tendance à avoir des résultats plus faibles. Que ce soit en Flandre ou en Fédération Wallonie-Bruxelles, on observe une ségrégation importante des élèves, tant sur base de leurs performances scolaires que sur base de leurs caractéristiques socio-économiques. « Les élèves issus de milieux défavorisés sont donc doublement victimes puisqu’en plus de subir l’effet négatif de leur origine, ils ont tendance à fréquenter une école qui les fera moins progresser. »

Le qualifiant doit être un choix positif

Mais il n’y a pas de fatalité : l’étude relève aussi que la mixité sociale d’une école a davantage d’impact sur les résultats scolaires que le statut socio-économique ou l’origine des élèves.

Cette mixité sociale est ainsi mise à mal par la structure même de notre enseignement… avec ses filières générales et qualifiantes, dont on sait pertinemment qu’elles n’accueillent pas les mêmes publics.

La place dans le système hiérarchisé des filières d’enseignement est trop déterminante pour la réussite de nos élèves. L’arrivée dans le qualifiant est bien souvent le fruit d’une trajectoire scolaire chaotique et d’orientations pour le moins négatives. « Si des notions comme « orientation positive », « revalorisation du qualifiant » ou dernièrement « intelligence de la main » peuvent être attirantes, elles tiennent souvent plus de la langue de bois que d’un réalisme social. Au vu du fonctionnement actuel de notre système d’enseignement et du lien important entre le diplôme et la position sociale, il paraît peu légitime de présenter notre enseignement qualifiant comme une formation de qualité s’il n’arrive pas à garantir l’acquisition de compétences clefs dans la majorité de nos écoles et pour la majorité de nos élèves. Il ne s’agit pas de dire ici que le qualifiant n’a pas ses lettres de noblesse, mais que nous ne pensons pas que son organisation en filières avec un choix précoce et une logique de cascade puisse les lui rendre« .

Quelles solutions alors?

Plus encore qu’une revalorisation de certaines filières, il nous semble qu’un vrai tronc commun polytechnique s’impose au premier degré, voire jusqu’à 15 ou 16 ans. La recherche a montré, à de multiples reprises, que les systèmes scolaires caractérisés par un tronc commun long sont plus équitables. Bien entendu, il faut toujours fournir un enseignement qualifiant, mais le choix pour le qualifiant doit être un choix positif. Il serait, dès lors, intéressant d’inclure dans ce tronc commun une série de cours non marginaux de techniques et technologies. Une telle solution donnerait à tous une idée réaliste des professions techniques, permettrait une orientation en connaissance de cause et assurerait aux élèves du qualifiant une formation suffisante en langues ou en mathématiques. Ceci nécessite toutefois un renouvellement des pratiques pédagogiques et la formation nos enseignants à la gestion de diversité, à la différenciation pédagogique en classe. D’autres systèmes scolaires qui ont fait leurs preuves peuvent nous inspirer.

Les chercheurs épinglent aussi la nécessité de limiter le redoublement« le fait que la majorité des autres pays y recourt nettement moins démontre que ce n’est pas la seule façon d’agir » – et de travailler à la revalorisation du métier d’enseignant : « Il nous semble particulièrement important de continuer d’adapter la formation des enseignants à la remédiation, à la gestion de la diversité sociale et culturelle et à l’encadrement pédagogique différencié au niveau individuel ».