Carlo de Pascale : l’homme qui a ouvert la boîte de Pandore

religionExiste-t-il encore, en Fédération Wallonie-Bruxelles, un enseignant qui ignore qui est Carlo de Pascale? Ce cuisinier, habitué des plateaux télé de la RTBF (On n’est pas des pigeons, sans chichis…) est aussi l’homme qui, il y a quelques mois, a saisi le Conseil d’État, regrettant l’obligation qu’ont aujourd’hui les enfants de suivre un cours de religion ou de morale dans l’enseignement officiel. Une obligation qui, à ses yeux, était une violation de la liberté de religion et du principe d’égalité entre les élèves.

Des cours philosophiques facultatifs

Le Conseil d’État a interrogé la Cour constitutionnelle… qui a estimé que les parents avaient le droit d’obtenir sur simple demande, non autrement motivée, une dispense pour leur enfant de suivre l’enseignement d’une des religions reconnues ou celui de la morale non confessionnelle. Pour plus d’infos, voyez cet article consacré par Enseignons.be.

Et voilà que les écoles tremblent. Comment va-t-on protéger les emplois des actuels professeurs de religion et morale? Qui enseignera le fameux cours de citoyenneté prévu dans la Déclaration de politique communautaire? Le Ministère va devoir donner un coup d’accélérateur à cette réforme… pour proposer un texte avant la prochaine rentrée scolaire. Même le Pacte scolaire devra être dépoussiéré, pour tenir compte de l’arrêt de la Cour constitutionnelle…  Sacré chantier en perspective.

Sur les réseaux sociaux, certains enseignants dérapent

Enseignons.be a contacté l’homme par qui le scandale est arrivé… Sur les réseaux sociaux, il est devenu la cible préférée des professeurs de cours philosophiques. Des réactions souvent « primaires » pour ne pas écrire autre chose. « Je ne regarderai plus la RTBF » écrit cet enseignant de religion. « Les parents n’ont pas à se mêler de nos cours » ajoute un professeur de morale. Certains versent même dans l’insulte. Triste réalité d’un métier qui se regarde le nombril alors que l’existence et la pertinence de sa mission sont questionnées depuis de nombreuses années.

M. de Pascale, pourquoi avez-vous, à l’époque, saisi le Conseil d’État?

Tout d’abord, il est question ici de principe, pas de la qualité des cours donnés par les uns et les autres. Parce que nous estimons que le simple fait de devoir depuis la première primaire identifier sa croyance ou sa non croyance en adhérant à un cours qui – volens, nolens – est inspiré d’un courant philosophique érigé en quelque sorte en « culte ». Parce qu’à terme nous pensons que les élèves ne doivent plus être séparés.

Quel est votre sentiment aujourd’hui, alors que la Cour constitutionnelle vient de vous donner raison?

Que c’est une occasion de remettre le débat sur la pertinence des cours dits philosophiques, dans leur forme actuelle, sur la table.

Certains enseignants sont en colère. Comprenez-vous qu’ils s’inquiètent tant du message donné par l’autorité que de la perspective de perdre leur travail?

Bien entendu, mais un citoyen dans un état de droit qui fonctionne peut interroger le judiciaire. Le but n’est pas de mettre le profs au chômage et on sait bien qu’en Belgique,  les choses ne se passent jamais de manière brutale. Mais il faut pouvoir remettre un système qui ne fonctionne plus comme il devrait, en question.

Qu’auriez-vous envie de leur dire?

Que mes filles ont toujours aimé leurs cours de morale (enfin presque), que ce cours leur a été le plus souvent utile, que j’ai eu moi-même d’excellents profs de religion. La qualité du corps professoral n’est pas en cause. Le fait que de la citoyenneté, du droit, de la philo soient faits dans les cours dits philo, j’en suis sûr, mais il est ici question de principes. En outre, le fait que ces cours échappent à l’inspection de la Communauté française me gêne en tant que citoyen et contribuable. Mais, en ce qui me concerne, élève du cours de religion dans l’officiel dans les années 70-80, l’étiquetage était indéniable, et je n’aimais pas cela! Étiqueter mes enfants dès la première primaire, séparer les enfants pour leur faire des cours différents, je pense que c’est, dans l’école publique, officielle, selon la terminologie consacrée, un système qui, à moyen terme, devrait être réformé.

La balle est maintenant dans le camps de la Ministre de l’Enseignement. Comprenez-vous qu’on ait attendu si longtemps avant de prendre position sur un « litige » qui ne souffrait normalement aucune discussion puisque la Constitution était claire : les écoles de l’État étaient tenues d’offrir ces cours… mais les élèves n’étaient en rien obligés de les fréquenter?

Non, j’ai du mal à comprendre.

Comment voyez-vous évoluer les futurs cours de religion et de morale?

Ce n’est pas à moi de le dire, ce n’est pas mon métier. Je souhaiterais, à terme, que les enfants ne soient plus séparés, je l’ai déjà dit. Idéalement, je parle selon mes goûts et mes convictions, je ne suis pas pédagogue, que l’on fasse du droit et de la philo, de l’Histoire des religions, voire même de la culture religieuse, comme dans certaines écoles du libre non confessionnel.

Le réseau libre n’est pas concerné pour l’heure. Certains pensent que c’est une belle opportunité pour le réseau officiel. C’est aussi votre avis?

Oui, l’organisation de ces cours est devenue pour certaines écoles un véritable boulet. L’officiel doit pouvoir continuer à offrir un enseignement de qualité. Une école laïque (au sens français du terme) de qualité, c’est une fierté légitime pour un pays démocratique et moderne.