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31 Jan 2018

Négocier ses conditions de travail, une nouvelle réalité

Certains enseignants renégocient leurs conditions de travail. A la clé, un meilleur salaire, un horaire adapté et du nouveau matériel. La raison de ces améliorations ? Des branches du métier en pénurie.

La semaine dernière, nous publions sur notre page Facebook la carte blanche anonyme d’un enseignant de Bruxelles. Il y expliquait s’être rendu compte de la valeur de son métier de professeur de mathématiques, aujourd’hui une branche en pénurie. Son constat était simple : de nombreuses écoles cherchent des professeurs pour enseigner les math, les candidats sont rares, il faut en profiter pour revaloriser son métier. La direction refuse? Alors, il trouvera facilement un poste ailleurs. « Et si je partais maintenant, qui serait le plus ennuyé ? Moi ? Je retrouverai un job dans la journée. Ou la direction qui resterait au moins deux semaines sans enseignant, avec la crainte de ne plus en trouver du tout ? » nous explique cet enseignant dans son témoignage.

Conditions de travail

De plus, il a également remarqué une dégradation de ses conditions de travail avec une augmentation des cas de violence contre les membres de l’enseignement ou de l’intimidation des parents. Le professeur anonyme nous explique également que d’une part « le salaire fait pâle figure à côté de celui dont peuvent jouir les diplômés de grade équivalent qui s’investissent dans le privé » et d’autre part « le diplôme, les compétences et l’expérience ne sont pas valorisés » dans le milieu de l’enseignement. Les jours de repos imposés, tels que le weekend ou les vacances scolaires sont aussi des contraintes.

La direction prise en otage

Selon Sophie Hardy, directrice d’un établissement, les conditions de travail deviennent en effet de plus en plus pénibles, autant pour la direction que pour le corps enseignant et les salaires devraient être valorisés mais cette démarche n’apportera rien sur le plan pédagogique. « Je trouve que cette personne prend sa direction en otage en lui faisant une sorte de chantage. Le risque de cette carte blanche est de mettre de fausses idées dans l’esprit de jeunes enseignants. Il y a aussi le risque de créer une mauvaise ambiance, je pense que enseignants et directions doivent avancer ensemble, en équipe et trouver des solutions par le dialogue. Le fait de demander plus de salaire « sinon… » me dérange. »

Néanmoins, pour Julien Hanssens, professeur d’Histoire dans le degré inférieur, une direction doit soutenir son corps professoral, être disponible et écouter son personnel. « Il semble bien aussi que nous puissions avoir le droit et l’opportunité de nous exprimer librement sur les points qui ne vont pas au sein de l’école, même si cela déplaît et cela sans risque de vengeance ou de retour de flamme. »

Que négocier?

Négocier son salaire dans le réseau officiel semble utopique, les tranches salariales étant établies à l’avance et respectant des barèmes. Pourtant, Véronique Mertens, désignatrice pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous affirme que cette démarche existe bel et bien dans tous les réseaux de l’enseignement. Celle-ci reste possible car les directeurs reçoivent  « une enveloppe financière pour la gestion de leur école, ou une asbl qui gère les fancy fair, vente de photos et autre ».  L’auteur de la carte blanche publiée utilisait également une technique semblable pour être rémunéré davantage. « Sans entrer dans les détails, notez que votre école peut vous offrir plus de mille euros chaque année sous le régime du volontariat. Dans mon cas, c’est cent trente euros chaque mois via l’amicale de l’école ».

Outre les salaires, les professeurs dont les métiers sont en pénurie, sont également plus pointilleux quant à la situation géographique de l’école. Auparavant, un membre de l’enseignement se déplaçait davantage pour trouver un emploi, même si celui-ci ne se trouvait pas dans sa région. Aujourd’hui, « les professeurs sont plus difficiles que par le passé. Surtout au niveau des distances à parcourir, car les zones sont parfois très grandes. » nous explique Véronique Mertens. Dans le réseau officiel, l’attribution des places vacantes ne s’effectue pas en fonction des souhaits des enseignants. « Dans notre réseau il y a un statut bien précis, et les candidatures se font en janvier et génèrent un classement pour les recrutements de l’année scolaire qui suit. Quand ils posent leur candidature, ils choisissent des zones et pas des écoles! ». Certains candidats contournent cependant ces mesures et « insistent pour certaines écoles ou contactent le chef d’établissement qui lui insiste pour avoir le candidat ». Si la place attribuée ne leur convient pas, « il arrive que certains démissionnent en cours d’année s’ils ont une meilleure école, horaire, distance, dans un autre réseau. » conclut Véronique Mertens.

Monde de l’entreprise

La carte blanche a fait beaucoup réagir la communauté des enseignants sur les réseaux sociaux. Pour Frédéric Robert, directeur d’un établissement à Bruxelles, cette démarche est égoïste. « Pourquoi un enseignant devrait-il obtenir des conditions de travail autre que ses collègues ? Si un enseignant me fait une telle proposition, je l’invite à enseigner dans une autre école et même changer de profession car sa vision ne me semble pas compatible avec l’enseignement. Je n’engagerais pas ce type de personne. » Selon Julie Hanssens, ce témoignage souligne correctement les difficultés auxquelles font face les membres de l’enseignement. En revanche, « dans la seconde partie (financière), je ne marque pas mon soutien à ce Monsieur, ne partageant pas ses opinions, très axées « monde de l’entreprise » J’ai une direction formidable qui se plie en quatre pour nous mais qui a ses exigences pour que son école tourne bien. »

Dorénavant, négocier ses conditions de travail dans le milieu de l’enseignement semble devenu une nouvelle réalité qui divise.

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