Attention : Vous vous trouvez sur la nouvelle version d'Enseignons.be présentée ici par son président. Si vous rencontrez un bug, n'hésitez pas à nous le signaler via notre formulaire de contact..

Pénible, le métier d’enseignant doit être protégé

Agressions en hausses

Un prof aspergé d’essence à Herstal, une enseignante frappée par un élève mécontent et une violente agression filmée en plein cours. Autant d’exemples qui font la Une en ce début d’année 2018. Ces gestes d’une violence rare restent tout de même des cas exceptionnels. L’administration générale de l’enseignement affirme ne pas tenir de statistiques exactes concernant le nombre d’agressions envers un membre du corps enseignant car elles sont gérées par les établissements eux-mêmes. Joseph Thonon, président de la CGSP enseignement déclare que d’après les chiffres de la police, les agressions physiques ne seraient pas en augmentation mais il nuance tout de même en rappelant que cela ne concerne que les plaintes enregistrées. Les autres incivilités ne sont pas répertoriées car non signalées.

Selon Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC enseignement : « la violence verbale est récurrente ; la violence physique est heureusement plus occasionnelle mais malheureusement trop fréquente, d’après nos affiliés. » Nous-mêmes, via les différents réseaux d’Enseignons.be, nous constatons que : « L’attitude de certains élèves et de certains parents, les comportements tout à fait désagréables, méprisants, déplacés vis-à-vis du corps enseignant, eux, sont en augmentation » nous explique Jonathan Fischbach, un des responsables de notre site Enseignons.be.

La pénibilité de l’enseignement, difficile à reconnaître ?

Lorsque l’on parle de pénibilité dans le métier d’enseignant, les avis divergent rapidement. Comment affirmer qu’enseigner est pénible alors que d’autres métiers requièrent de travailler dans des conditions déplorables avec des conséquences catastrophiques sur le physique des années plus tard? Il n’est pas question ici de comparer un métier vis-à-vis de l’autre mais plutôt de les juger séparément. Pour Eugène Ersnt :  » les éléments de pénibilité apparaissent moins clairement par rapport à un autre métier. »  Cependant  « le bruit d’une cour de récréation, dans une salle de sport, dans une classe dépassent largement les normes autorisées. » Sans compter « les problèmes musculo-squelettiques dûs à la posture debout et fixe, le stress, la charge psycho-sociale, la gestion des phénomènes de violences qui sont aussi récurrents. » Selon le président de la CGSP, il est difficile de reconnaître la pénibilité du métier d’enseignant car il jouit toujours d’une image plutôt édulcorée par rapport à la réalité.  Pour certaines personnes « un enseignant est un gars qui a de la chance, qui a trois mois de vacances, qui ne travaille que 20 heures semaines. On a de la difficulté à expliquer que l’enseignant est soumis au burn-out, au stress, qu’il ne fait pas que 20 heures pas semaine, que pendant ses vacances il travaille, il prépare ses cours etc. On a parfois des enseignants qui sont au bout du rouleau. »

La charge de travail s’est aussi densifiée. « Le métier s’est complexifié. On en demande de plus en plus aux enseignants ; les publics sont de plus en plus hétérogènes ; la connaissance de la langue de l’enseignement est de plus faible chez un nombre croissant d’élèves et étudiants, … » conclut Eugène Ersnt.

Conséquence pour la retraite

Pour rappel, et contrairement aux idées reçues, le métier d’enseignant est déjà reconnu comme pénible. Actuellement cela se fait via des critères de pénibilité appliqués au métier et influençant l’âge de départ à la retraite. Ainsi plus un métier est reconnu pénible, moins l’âge du départ en pension sera élevé. « Pour l’instant, un enseignant peut partir à 63 ans avec une pension complète s’il a une carrière complète car il a déjà une sorte de reconnaissance de la pénibilité. Le Ministre veut les remplacer par des coefficients de pénibilité qu’il accorderait à plusieurs professions. Va-t-il les accorder à tous les enseignants ? Manifestement non. Il veut les accorder à certaines catégories d’enseignants. Par exemple, il reconnaîtrait beaucoup moins de pénibilité au spécialisé et aux maternelles qu’à l’enseignement primaire et secondaire. » Ces enseignants dont la pénibilité ne serait pas reconnue ne partiraient à la pension qu’à 65, 66 ou même 67 ans.  

La perte de cette reconnaissance aurait non seulement un impact sur l’âge de départ à la retraite mais également sur la pension qu’ils toucheraient. « Dans ce nouveau système, les enseignants perdraient de toute façon une somme importante sur leur pension, puisqu’ils ne partiraient plus jamais avec une pension complète, même si on leur accorde la pénibilité. »  Et c’est ici que les choses se corsent. « Pour le moment, c’est 41 ans et 3 mois puisqu’ils bénéficient actuellement encore des critères de pénibilité. Donc dès qu’ils accumulent 41 ans et 3 mois d’ancienneté, ils reçoivent une pension complète. » Le Ministre des pensions veut allonger la pension à 45 ans de carrière. Or s’il accorde la pénibilité, les enseignants partiraient plus tôt certes, mais n’accumuleraient pas 45 ans de carrière et ne toucheraient donc jamais une pension complète. Dans les deux cas les enseignants sont perdants. Ils devront choisir entre une pension incomplète ou continuer à enseigner jusqu’au moins 67 ans. « Cela veut dire une perte sèche d’au moins 100 euros par mois par rapport aux anciens enseignants. »

Et si le métier d’enseignant perd sa pénibilité?

L’enseignant pourra partir en départ anticipatif à 63 ans avec un cumul de 42 ans de carrière mais ne touchera pas une pension complète. Pour toucher une pension complète, il devra attendre 67 ans et 45 ans de carrière. Actuellement, à 40 ans, ils peuvent partir en départ anticipatif  avec une pension quasi complète et partir avec une pension complète après 41 ans et 3 mois de carrière grâce à ces fameux critères de pénibilité. Pour Joseph Thonon, il y a clairement une volonté de la part du gouvernement de faire des économies. « Si vous dites à un enseignant qu’il peut partir à 63 ans mais qu’on lui retire 100 euros sur sa pension, il partira quand même car il sera épuisé. Les enseignants partiront donc avec des pensions incomplètes. »

 

Vous avez envie de réagir sur ce sujet ? N’hésitez pas à commenter la publication sur notre page FB

S'abonner à notre newsletter

Recevez gratuitement les dernières actualités de l'enseignement dans votre boîte mail.