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Une pénurie sans fin?

Vendredi dernier, la Chambre de pénurie de l’enseignement a déclaré les métiers d’instituteurs maternelles et primaires en pénurie. En cause ? La difficulté toujours plus grande des directions à trouver des remplaçants pour prendre en charge les élèves. 

Une pénurie connue depuis longtemps 

À la question « Trouvez-vous facilement des remplaçants ? », Manuel Bernard, directeur de l’école fondamentale libre de Virton, est catégorique : « Non, tous les remplaçants sont affectés à un poste. » Le phénomène de pénurie dans l’enseignement est d’ailleurs connu depuis longtemps dans la province du Luxembourg. Elle s’est depuis installée dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles et a officiellement été reconnue vendredi passé par la Chambre de pénurie de l’enseignement. Selon Manuel Bernard : « On commence à s’en inquiéter car elle devient effective dans les grandes villes, ce qui n’était peut-être pas le cas avant. » 

Avec une pénurie de plus en plus ressentie, les directions font appel à leur débrouillardise.  À Virton, la direction occupe quelque fois la classe. Parfois ce sont même des parents ou des bénévoles pensionnés qui viennent prêter main forte. Les élèves sont également répartis entre les classes quand aucune autre solution n’est possible. Une situation de plus en plus difficile à gérer pour Manuel Bernard: « On n’attire plus les temporaires, on « joue au lotto » chaque fois en espérant tomber sur quelqu’un qui termine un intérim ailleurs. On est contents quand on trouve quelqu’un, qu’il soit bon enseignant ou pas. L’an dernier, pour remplacer un temps plein de 24 périodes en primaire, j’ai engagé trois personnes différentes, sans arriver à compenser le temps plein. »

En manque de remplaçants temporaires 

De plus en plus de jeunes enseignants refusent désormais des remplacements courts ou temporaires pour plusieurs raisons. Amandine Gobert, institutrice primaire depuis 2013, en est actuellement à son 22ème remplacement. Aujourd’hui, elle n’accepte plus les remplacements courts : « Depuis que j’habite seule, j’ai décidé que je ne prenais plus les petits contrats. Surtout ceux qui commencent après le 10 du mois, car après cette date, nous ne recevons pas le salaire à la fin du mois mais à la fin du mois suivant. » Une situation compliquée à maintenir lorsque les factures continuent à arriver. Selon la jeune institutrice, hormis se faire connaître dans différents établissements scolaires, il n’y a aucun avantage à accumuler les remplacements temporaires : « Les conditions de travail des remplaçants sont honteuses. Nous sommes des marionnettes lorsqu’untel a une réunion, ou qu’untel est malade. Il y a également trop d’investissement par rapport à la reconnaissance. Un exemple me vient : je travaillais dans une école à Seneffe, gros investissement de ma part. La directrice me fait miroiter une place pour la rentrée. Elle a finalement engagé quelqu’un d’autre. » 

Pour Chloé Rigo, institutrice maternelle depuis 2014, 21 remplacements à son actif, les principaux inconvénients du temporaire sont : « toutes les formalités à remplir auprès de son organisme de paiement et de chaque nouvelle direction d’école qui sont tellement lourdes et compliquées quelles pourraient en décourager plus d’un.  » La mauvaise intégration au sein de l’équipe pédagogique est également un frein. Cependant, elle nuance ses propos en expliquant qu’elle savait en choisissant ces études qu’elle devrait effectuer plusieurs remplacements. Ils permettent surtout d’enrichir son expérience en observant différentes façons de faire et d’autres projets pédagogiques et de s’inspirer de ceux-ci. 

Enseigner, un métier qui perd de son attractivité? 

Actuellement, lorsqu’un enseignant désire être nommé, il doit cumuler un certain nombre de jours de remplacements. Or, ces jours sont comptabilisés séparément dans les réseaux officiels et libres. « Je peux comprendre que pour un jeune enseignant, c’est très difficile d’avoir un boulot stable pour l’instant. Il est vrai que, quand on change de réseau, l’ancienneté acquise ne compte pas ailleurs. Certains refusent donc un emploi dans un réseau différent en espérant rester dans le même réseau et même parfois la même école. » nous explique Manuel Bernard. 

Ensuite, l’âge de la pension recule. « À l’heure actuelle, il est impossible d’ouvrir des places définitives puisque les enseignants de 55-60 ans sont toujours là. » Le manque de natalité empêche également les écoles d’ouvrir de nouvelles classes. 

Mais le plus marquant est sans doute le manque actuel de motivation pour débuter des études débouchant sur un métier de l’enseignement primaire ou maternel. « Peu de jeunes entreprennent les études pour devenir enseignant, peu sortent des écoles normales, c’est là qu’il faut travailler. Il faut remotiver les jeunes à choisir cette carrière. Mais l’image qu’on donne à la société est mauvaise : sondages défavorables (pisa…), société en profond changement et public de plus en plus difficile, prof « toujours en congé » peu courageux… » conclut Manuel Bernard. La pénibilité du métier et les accidents qui font de plus en plus la Une n’arrangent en rien pas cette situation. 

De 3 à 4 ans d’études 

Ajouter une année d’étude pour être diplômé ne va pas non plus attirer davantage de jeunes à se diriger vers ce métier. Pour le directeur de Virton, ce n’est cependant pas une mauvaise chose pour la qualité de l’enseignement : « L’idée est très bonne, car on demande de plus en plus aux enseignants au niveau du repérage des difficultés des élèves : troubles de l’attention, dyscalculie, dys…., troubles du comportement, HP… Pour chaque souci, l’enseignant doit trouver la thérapie qui convient et l’appliquer. Le métier devient vraiment pointu et je le verrais même passer à 5 ans. »

Cependant, une année supplémentaire signifie une promotion de diplômés de perdus pour combler cette pénurie. Les jeunes instituteurs prendront la place des nouveaux retraités, mais qui prendra la place des instituteurs malades ? 

 

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