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Les heures supplémentaires bientôt rémunérées?

Le Pacte d’Excellence arrive avec son lot de nouvelles mesures parmi lesquelles une proposition de supprimer les plages horaires et d’introduire un système d’heures supplémentaires rémunérées. 

Nouvelle mesure  

Actuellement, les membres de l’enseignement travaillent avec un système de plages appelées les plages horaires et un minimum de travail flexible. Le Pacte prévoit la suppression de cette flexibilité dans la charge horaire des enseignants. Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC – Enseignement, nous explique ces changements : « Il y a un minimum et un maximum d’heures pour lesquelles le salaire est le même. Pour un professeur de secondaire inférieur, c’est 22 heures-24 heures et pour un professeur dans l’enseignement secondaire supérieur c’est 20 heures22 heures. Pour un professeur de pratique professionnelle c’est 30 heures – 33 heures. » La demande des syndicats était donc de ramener l’ensemble des enseignants au minimum de la plage horaire. Cette demande a vite été confrontée à plusieurs avis opposés :  » On nous a demandé comment faire si un professeur de français qui a déjà 16 heures au degré supérieur et à qui on veut donner le cours de français d’élèves de 4ème qui fait 5 heures arrive à un total de 21 heures. Que faire ? Donner 20 heures à celui-là et une heure à un autre prof ? » Les syndicats ont alors proposé d’introduire et de payer des heures supplémentaires. « Pourquoi a-t-on accepté de payer des heures supplémentaires ? Pour essayer qu’il n’y ait plus d’heures en noir, si je peux dire ça comme ça. Aujourd’hui, à cause des plages horaires, dans certaines écoles, on ne retire du NTPP que le minimum des heures. Les autres ne sont pas déduites. Un professeur qui donne 24 heures de cours, l’école ne retire que 22 heures de cours du NTPP. Et il y a 2 heures non déclarées. Tandis que si l’on paye toutes les heures, on va devoir toutes les déclarer.«  

Concrètement, une école qui dispose, par exemple, de 50 professeurs à 20 heures ne déclarait que 1000 heures alors que ces professeurs en faisaient peut-être 22. Les établissements scolaires avaient donc 100 heures de NTPP non déclarées et 10 % de marge de manœuvre. C’est pour éviter ces débordements que cette proposition a été faite. Ainsi, un professeur de cette école sera payé pour ses 20 heures effectuées et sera payé en heures supplémentaires s’il souhaite en réaliser. L’école, quant à elle ne disposera plus que de 1000 heures payées par la Fédération Wallonie-Bruxelles.  

Pour payer les heures supplémentaires, la Fédération Wallonie-Bruxelles a débloqué un budget de 4,8 millions d’euros. Selon Laurent Henquet, ex-directeur et député MR, également à l’origine de l’idée des heures supplémentaires, les enseignants qui acceptent de réaliser des heures ne devraient pas être pénalisés lors des contributions. «  Le Fédéral va forcément taxer parce que vous passez au-delà de l’horaire complet mais je pense qu’il faudrait un dialogue entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et le Fédéral. Si le prof accepte pour le bien des élèves de faire plus que son horaire complet, il doit être payé correctement et il ne doit pas être pénalisé au moment de l’imposition. C’est à la Fédération Wallonie-Bruxelles de prendre en charge le surcroît de l’imposition que le Fédéral imposerait.«  

Rappelons que cette nouvelle mesure ne se fera que sur base bénévole. Aucun enseignant ne sera obligé de prester des heures supplémentaires.   

Un métier pénible ? 

 

Selon Eugène Ernst, l’objectif n’est pas que tous les professeurs effectuent des heures supplémentaires. Le monde de l’enseignement se bat en effet pour prouver la pénibilité de leur métier. Or comment la justifier si des milliers d’enseignants commencent à réaliser des heures supplémentaires sur base bénévole ? « Beaucoup d’affiliés nous le disent, la charge de travail des professeurs est de plus en plus lourde donc notre objectif est déjà de ramener tout le monde au minimum. Ce qui est une reconnaissance aussi de la difficulté de l’exercice du métier. Si par hasard il doit faire plus, on veut qu’il soit payé pour ce qu’il fait en plus. Si demain tous les profs se ruaient sur les heures supplémentaires, ils contrediraient notre débat sur la pénibilité.«  

Effectuer des heures supplémentaires représente une augmentation du salaire mais surtout une augmentation du travail. « Quand vous avez 22 heures à la place de 20, vous avez peut-être une classe en plus donc un conseil de classe en plus, des leçons en plus à préparer, des corrections en plus à assumer, des réunions de parents supplémentaires.«  

Pour Laurent Henquet, la proposition des heures supplémentaires ne s’adresse pas à tout le monde. « Si vous avez 30 ans, vous n’avez pas de charge de famille, je suis certain que ça vous intéressera de donner plus d’heures, si vous êtes rémunéré.«  

Une solution contre la pénurie ? 

Ce n’est plus un secret, la pénurie dans le monde de l’enseignement devient de plus en plus importante. Les professeurs risquent donc de devoir prester des heures supplémentaires pour aider à la contrer. En effet, par exemple, un professeur de langues qui donne 20 heures tombe malade dans une école qui dispose de cinq autres professeurs de langues, il n’est pas impossible que l’établissement scolaire demande à ces cinq autres professeurs de reprendre chacun quatre heures de langues. « Le professeur qui accepte de le faire alors qu’il n’est pas obligé mais qui a peur de son directeur, sera au moins payé plus pour ce qu’il fait en plus. Aujourdhui, il le faisait en plus en n’étant pas payé.«  

Selon Laurent Henquet, la proposition d’heures supplémentaires reste une piste à envisager pour résoudre le problème de pénurie à court-terme. Il reproche à la Ministre de l’Education Madame Schyns de ne prévoir que des solutions à long-terme en voulant améliorer l’image ternie de l’enseignement. «  Mais pendant encore 10, 15 ans, que faisons-nous ? » conclut le député. 

Des avis mitigés 

Sur notre page Facebook, nous avons posé la question : « Êtes-vous pour la suppression des plages horaires et l’introduction d’heures supplémentaires et accepteriez-vous d’en faire ? » Les réactions négatives n’ont pas trainé, certains craignent l’imposition, d’autres le surplus de travail. Pourtant, d’autres avis plus mitigés ont aussi fait leur place dans le débat. 

Pour Arnaud Labyt, AESI en économie sociale et familiale, la suppression des plages horaires est une bonne initiative. « Elle provoque un déséquilibre au sein des équipes éducatives et une certaine concurrence déloyale entre différents établissements. De plus, à l’heure où le corps professoral souhaite qu’une certaine pénibilité du métier soit reconnue, cela serait crier que notre métier ne l’est pas vraiment, puisque nous pouvons encore augmenter notre charge pédagogique. » Concernant les heures supplémentaires, le professeur estime qu’elles devraient être limitées à deux maximum. « Ces heures ne doivent pas être une façon de gagner plus pour certains professeurs mais une solution pour les directions ne pouvant pas distribuer ces heures à un autre professeur. Les enseignants doivent être consultés et ne doivent pas accepter de prester des heures de plages non rémunérées. Les directions ont déjà un pot de 60h dans le travail collaboratif, à elles de les utiliser à bon escient. »  

Nous avons également reçu le témoignage d’un professeur de français désirant rester anonyme. Il estime que la proposition des heures supplémentaires est une bonne nouvelle « Je suis pour… parce que je suis issu du monde ouvrier et que nos 22 heures m’ont un peu fait sourire, en début de carrière. J’en suis à chercher des choses pour occuper mes heures blanchesJ’en ai personnellement un peu marre de certains collègues qui pleurnichent sur leur charge de travail et qui, du coup, nous font passer pour des fainéants aux yeux de personnes bossant parfois deux fois plus que nous. » Il reconnaît tout de même enseigner dans un environnement privilégié dans lequel effectuer des heures supplémentaires serait une moins grosse contrainte que dans des établissements davantage difficiles. « Du coup, si on paie ces heures supplémentaires, cela revient à privilégier une seconde fois des gens bénéficiant déjà de l’avantage d’un poste « tranquille ». » Le professeur de français estime tout de même que seuls les enseignants qui vont accepter de faire volontairement des heures supplémentaires rémunérées seront ceux espérant boucler leur fin de mois ou se trouvant dans une situation financière plus compliquée. Un profil qui n’a donc pas besoin de stress et de travail supplémentaire.
 

 

 

 

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