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07 Mai 2018

Pacte d’excellence et zététique

Le Pacte d’excellence. On aura dit tout et son contraire à propos de cette grande réforme du monde de l’école. Les médias regorgent de cartes blanches, de prises de position, politiques ou non, d’études diverses et variées, de chiffres et de graphiques plus ou moins pertinents. Sur le Pacte, tout le monde semble avoir un avis. Les enseignants, bien sûr… mais aussi les parents, les étudiants, les élèves… et chaque citoyen qui a un jour usé ses fonds de culottes sur les bancs de l’école. C’est dire qu’il y a du monde qui s’exprime. Parfois très justement… parfois beaucoup moins.

Nous ne traiterons pas ici du fond, de l’intérêt du pacte d’excellence, de l’idéologie qu’il sous-tend ou de la manière dont il a été présenté et travaillé par la communauté éducative. Toutes les parties sont souvent convaincues de détenir la vérité absolue et un rapide petit tour sur le web, les réseaux sociaux… ou le site du Pacte lui-même, suffira à tout quidam un peu curieux pour se forger une opinion éclairée sur l’opportunité ou non de ce grand chantier. Il choisira, prudemment, d’éviter les opinions définitives… Il se souviendra également que les gens qui veulent sans cesse avoir raison, quel que soit le sujet, manquent bien souvent d’écoute, focalisés par leur  discours. Ils ont un avis sur tout et ne loupent aucune occasion pour montrer leur savoir. Ce sont souvent des « donneurs de leçons ». A éviter!

Nous nous attacherons plutôt ici à parler des arguments développés ici et là… et à les soumettre à l’exercice de la zététique, ou « l’art du doute ». « Que me dit-on? », « qui le dit? » « est-il/elle légitime? » « Puis-je remettre cette position en question? », « quelles sont les sources? », etc.  Ceci suppose de découvrir et analyser chaque argument avancé, par toutes les parties, ceux qui se revendiquent opposés au Pacte et ceux qui le défendent. Sans oublier, naturellement, la majorité des enseignants qui n’ont pas d’opinion arrêtée. Modestes, ils reconnaissent s’informer encore, lire et chercher… Et revendiquent le droit de ne pas avoir d’avis sur la question. Ils devront se positionner un jour… mais prennent leur temps, conscients des enjeux, des pressions de leurs collègues, de la presse en général, etc.

Mais passons donc aux arguments, comme annoncé. Assez étonnamment, les enseignants, qui sont souvent les premiers à encourager leurs élèves à faire preuve d’objectivité et d’esprit critique, peuvent faire preuve d’une mauvaise foi crasse quand il s’agit de défendre leurs idées et leurs intérêts. Dans une situation donnée où il y a évidemment plusieurs acteurs, et chacun perçoit la réforme à sa manière. Autrement dit, à travers sa subjectivité; ses émotions, son éducation, sa situation au sein ou en dehors de l’école (enseignant, temporaire, définitif, direction, cours généraux, techniques, philosophiques, etc.) ses valeurs (sociales, politiques…)… C’est ainsi que l’on perçoit le monde qui nous entoure. Cela veut dire que par rapport à notre monde intérieur, très subjectif, nous avons tous, une façon très personnelle de percevoir les « choses », ce qui explique pourquoi nous ne sommes pas toujours en accord, sur l’interprétation d’un fait, d’une situation, etc. Après être passés par tous ces filtres, nous sommes souvent convaincus que c’est notre manière de « voir » les choses qui est la bonne. La raison en est, que nous fonctionnons sur un mode de communication erroné fondé sur le jugement « tort ou raison », « bien ou mal », « vrai ou faux » etc.  Chacun défend son point de vue, selon sa perception. Mais qu’en est-il de la vérité?

L’appel à l’autorité

Faisons fi du fonctionnement binaire de certains qui veulent que ceux qui ne partagent pas leur avis ont tort, sont idiots… ou tout simplement instrumentalisés. Ne riez pas, ces accusations reviennent fort souvent. Toute question aussi nuancée que le Pacte d’excellence suppose de ne pas réagir selon un filtre « noir ou blanc », « bon ou mauvais ». Des citoyens qui, à première vue, ne partagent pas la même position peuvent parfois se rejoindre sur de nombreux points et ainsi s’accorder sur des valeurs communes.

Commençons par découvrir les arguments entendus dans et autour du Pacte d’excellence, par ses défenseurs et ses détracteurs.

Le premier sera l’appel à l’autorité. C’est le grand classique. Mon argument est solide parce qu’une autorité le défend également. Lorsque la Ministre de l’Education assure que la mise en application du Pacte ne causera aucune perte d’emplois, on ne peut que la croire. Après tout, elle est Ministre, elle a été enseignante, elle connait ses dossiers. Lorsque le député MR Laurent Henquet soutient que si le Pacte est mis en application, notre enseignement régressera au niveau de celui des pays sous-développés, il n’avance pas seul, il se fait accompagner par un professeur flamand d’université. La Flandre nous domine – et de loin – dans les épreuves internationales… voilà qui donne un sacré crédit, même si encore une fois, on remettra toujours en question l’idéologie qui pousse tel ou tel acteur à se positionner pour ou contre le Pacte. Un cabinet de consultance comme MC Kinsey ou un mouvement pédagogique comme l’APED sont aussi des autorités. Mais on ne cherchera pas loin l’abîme qui les sépare sur le plan idéologique. Mais jusqu’ici, on peut faire confiance ou a minima accorder le bénéfice du doute. L’argument deviendra fallacieux si son auteur n’a aucune légitimité. M. Hibou, professeur de géographie depuis quinze ans à l’Athénée François Pirette de Charleroi peut-il défendre l’idée que si le Pacte est soutenu, cela conduira inévitablement les élèves à décrocher de l’école… tandis que ceux qui restent se verront offrir des diplômes en pâte à sel, faute de pouvoir encore pratiquer le redoublement? M. Hibou est sans doute un expert de sa classe et connait son école comme personne. Mais est-il légitime pour poser un constat qui se généraliserait à tous les établissements de Wallonie et de Bruxelles? Son expérience ne vaut que pour la matière qu’il enseigne et les élèves qu’il a rencontrés durant sa carrière, qui sont issus d’une région voire d’un quartier, aux réalités bien différentes des écoles voisines.

Ce premier argument est sans doute le plus fréquent. « Moi qui suis prof, je peux dire que… » ou « quand je vois mes élèves qui… je suis sûr que ce sera la catastrophe ». L’enseignant se dit enseignant, s’affirme… et peut exclure du débat celui qui n’a pas les mêmes qualités et donc la même légitimité, qu’il pense détenir. Exit les parents, par exemple. Mais le même argument fallacieux peut s’appliquer aux défenseurs du Pacte. Le piège est donc de partir d’un constat personnel, d’un ressenti… et d’en faire une loi générale.

On repère facilement cet argument car il est généralement accompagné du complément « de terrain ». « Le terrain » a raison! Les acteurs « de terrain ». On mange du terrain à toutes les phrases, sur tous les tons. Le terrain – l’autorité de la base, de ceux qui se lèvent tôt – s’oppose à l’autorité « administrative », soit le cabinet, les réseaux, l’inspection, les responsables syndicaux… Une discussion peut très rapidement se terminer par « Oui mais toi tu n’enseignes pas ou tu n’es plus sur le terrain, alors… ». Traduisons : « Ta gueule, moi je sais, toi non ». Encore une fois, le terrain n’a qu’une légitimité réduite à l’expérience de l’acteur qui s’exprime. Dans certains cas, elle est considérable. Et dans d’autres, non. Nous accorderons peu d’intérêt à l’avis de Mme Fauvette, institutrice depuis trente dans une petite école de village de la Gaume, qui nous entretiendra des méthodes à appliquer par M. Faucon, instituteur à Molenbeek. Et « le terrain » oublie souvent volontairement de rappeler que le détaché pédagogique, le conseiller au Ministère, l’inspecteur ou le professeur d’université a lui aussi une expérience à faire valoir… comme enseignant, directeur… Ses nouvelles fonctions lui permettent d’apporter un éclairage nouveau, face aux enseignants qui travaillent « le nez dans le guidon ».

De manière générale, fuyez les arguments d’autorité. Ils ne servent qu’à masquer la faiblesse des idées défendues. Une vérité n’a pas besoin d’être énoncée par la Ministre ou un enseignant pour être reconnue comme telle. Tant Mme Schyns que les enseignants « du terrain » seront encore pris en flagrant délit de dire quelques bêtises.

L’appel à la popularité

L’appel à la popularité est également un marqueur d’argument fallacieux. « J’ai raison parce que plein de gens pensent comme moi » ou « A la salle des profs, nous sommes très nombreux à défendre ce Pacte, il ne peut qu’être positif pour l’école, tous les collègues le disent. » Ce n’est pas parce qu’un argument, une idée, une position… est plébiscitée qu’elle en devient vraie et juste. Si on se laisse avoir par cet argument, mangeons de la merde, des millions de mouches ne peuvent pas se tromper. « Nous sommes 10.000 à penser comme ceci… donc nous avons raison et ils ont tort ». Absurde!

Mais redevenons sérieux.  Si vous fréquentez des espaces sur les réseaux sociaux qui rassemblent une majorité d’anti ou de pro-pacte, vous aurez le sentiment que votre opinion est fondée car l’écrasante majorité de la communauté validera vos arguments. Mais si vous intégrez une communauté de « platistes », vous serez entourés d’individus convaincus que la terre est plate… ou se trouve sur la carapace d’une tortue qui voyage dans l’univers. Ils n’ont pas raison pour autant. Mais en évitant la dissonance congnitive, ils entretiennent l’illusion de détenir la vérité. La théorie du complot est rarement loin au sein de ces communautés. Si les plus farfelus craindront les aliens ou le FBI, certains enseignants sont encore convaincus qu’une main invisible oriente chaque décision autour du Pacte et qu’un agenda – caché cela va sans dire – doit être respecté. C’est le fameux « de toute façon, on nous cache tout, on nous laisse dans l’ignorance… ». Les plus attentifs se renseigneront sur les programmes politiques des partis au pouvoir et participeront aux commissions et aux séances plénière pour mieux comprendre comment fonctionne notre appareil législatif. Et au final, il reste les élections. Un parti qui ne donnerait pas satisfaction, cèderait face aux lobbies ou mangerait sa parole peut toujours être sanctionné.

De manière générale, une vérité n’a ce statut que tant qu’elle n’est pas remise en question. La terre tourne autour du soleil… je ne l’ai pas constaté personnellement mais je valide l’hypothèse dans l’attente d’une preuve contraire. Par ailleurs, je défends l’idée que le redoublement est une mesure inefficace. Parce que je l’ai observé dans mes classes mais aussi parce que la grande majorité des études consacrées à tous les systèmes scolaires dans le monde démontrent son inutilité. Il y a aura bien un M. Durant pour me dire que « Oui mais l’an dernier, la petite Caroline a redoublé et elle a réussi brillamment ». Ok, c’est très possible qu’une minorité d’élèves retirent un bénéfice à recommencer une année complète… Mais la majorité s’ennuie, faute d’un programme différencié et personnalisé. La plupart des élèves qui ont redoublé au fondamental, par exemple, rateront une nouvelle fois leur année au secondaire. Ce sont les Indicateurs de l’enseignement qui l’affirment. Mon hypothèse est donc que le redoublement ne fonctionne pas, sauf exceptions… et tant qu’une recherche sérieuse et sur le long terme n’a pas infirmé ce fait, cela peut être retenu comme une vérité.

L’appel à l’exotisme

L’appel à l’exotisme est un nouvel argument fallacieux. « Oui mais en Finlande, ils font comme ceci ou cela… et ça marche! » ou « Prenons exemple sur Singapour, ils cartonnent dans les épreuves PISA ». Votre argument serait forcément valable puisque d’autres pays ou systèmes scolaires vous semblent obtenir de meilleurs résultats ou ont un taux d’échec moindre. Copions-les! Mais en gros, on compare des pommes et des poires. La Finlande a un enseignement efficace… mais tous les enseignants y sont formés en cinq ans, travaillent en duo au début de leur carrière – le fameux tutorat – dans des conditions fort différentes des nôtres. La population y est fort homogène, l’immigration limitée… alors que nos écoles accueillent des publics fort hétérogènes (culture, compétences acquises, maîtrise de la langue…). Transposer un système dans un autre n’est pas possible. Et Singapour? La sélection y est impitoyable. Tout comme en Corée du Sud ou au Japon. Les plus faibles sont rapidement écartés de l’élite scolaire. Le taux de suicide chez les jeunes est un des plus élevés au monde.

L’appel à l’ancienneté

L’appel à l’ancienneté est aussi un grand classique. Certains ont dû se prendre à rêver devant le film « Les Choristes » ou même « Le cercle des poètes disparus ». La nostalgie, le « c’était mieux avant »… Les pédagogues en chambre (qui n’ont, c’est bien connu, jamais enseigné et ne savent pas faire la différence entre un élève et un teckel à poils durs) feraient mieux de s’inspirer des méthodes de nos grands-parents qui, eux, obtenaient des résultats. Et sans pacte d’excellence! Bravo!

Bon, à l’époque, obtenir son diplôme d’école primaire était déjà un bel objectif. Aujourd’hui, on forme des ouvriers très qualifiés et des citoyens capables de se former et s’auto-former, outillés pour entreprendre des études supérieures. On peut regretter que nos élèves maîtrisent mal les codes de l’orthographe à douze ans… mais ils en savent beaucoup plus sur le monde que leurs aïeux à leur âge. Leurs compétences sont autres et ils évoluent dans un monde où plus d’un tiers exercera un métier… qui n’existe pas encore.

Face aux défis de l’économie, des médias et des nouvelles technologies, l’école ne peut plus se référer « au temps jadis ». Le public a changé, les codes scolaires également, les attentes des parents (souvent diplômés eux aussi… et parfois très bien diplômés) donnent à l’école une mission nouvelle. Oublions donc les arguments du type « On a toujours fait comme ça » ou « On m’a appris de telle façon, je continue ainsi avec mes élèves ». Ce manque de remise en question peut avoir des conséquences dramatiques.

L’argument « de la pente glissante »

Un autre argument fallacieux hyper drôle et fort répandu est celui dit « de la pente glissante ». « Si on accepte le tronc commun au secondaire, les élèves réussiront sans redoubler pendant trois ans puis ont étendra cette mesure jusqu’en rhéto pour finir par distribuer les diplômes dans des kinders suprises. » On part d’un postulat A, qui suppose un B, puis un C, etc. Le truc, c’est que valider le A ne signifie pas automatiquement que le B s’appliquera et ainsi de suite. Ceux qui se méfient du Pacte d’excellence menacent régulièrement d’un nivellement par le bas, inéluctable. Et assez logiquement, si on accepte le non-redoublement jusque 14 ou 15 ans, pourquoi ne pas l’envisager jusqu’à la fin du parcours? Le raccourci est facile. On pense à ce collègue qui disait récemment : « Ah, le directeur, il a mis un conseil de classe jusque 18h00. Si on le laisse faire, il en mettra bientôt le mercredi après-midi. Puis le samedi… Et bientôt, on travaillera tous de six heures du matin à huit heures du soir ». Bien sûr, personne ne souhaite travailler quatorze heures par jour. Et sûrement que le directeur, s’il ne souffre pas de gros désordres mentaux, ne l’envisage pas une seconde. Ainsi, tolérer la vente encadrée de cannabis ne signifie pas que, demain, on légalisera la cocaïne et que nos rues se rempliront de dealers. Il y a quelques années, l’Église catholique menaçait encore « Si on autorise le mariage homosexuel, qui nous dit qu’on n’aura pas bientôt des mariages à trois, à quatre ou encore la légalisation de l’inceste? »  Vous voyez bien ici qu’une idée n’entraine pas forcément une autre, plus douteuse. Personne ne peut se dire en faveur de l’inceste, qui n’est pas dans notre culture et est puni par la loi, comme aucun enseignant ou parent ne souhaite une école où tous les élèves sont évalués a minima, juste pour rire. Mais le projet de Pacte est si complexe qu’il supposera des aménagements et des investissements importants qui, c’est le souhait des enseignants, permettront d’atteindre pour la grande majorité les compétences attendues. Et au final, ce sont eux qui sont en classe et auront le dernier mot.

Le faux dilemme

Et on arrive ici à l’argument dit du « faux dilemme ». Tu es « contre le Pacte » ou « contre une école de qualité ». Ou une variante : « si tu es pour le Pacte, tu es forcément (au choix) pas un prof de terrain (ah, ce fameux terrain), un mauvais enseignant, un ignorant, un vendu à Mc Kinsey, un syndicaliste, un planqué, un chercheur sachant chercher ailleurs qu’à l’école, un politicien… » Le faux dilemme est parfait pour couper court à un débat. si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Georges Bush contre les terroristes, le bien contre l’axe du mal. On revient au mode de raisonnement binaire.

Cet argument est aussi fallacieux parce que peu nuancé. Pas du tout en fait. Il se peut parfaitement qu’un enseignant rejette le Pacte d’excellence et adore son métier, se soucie de ses élèves et de leurs apprentissages, des projets de son école… Ne pas soutenir le Pacte ne fait d’un enseignant un vil conservateur, un défenseur de l’école de papa.  De même que défendre le projet sociétal et pédagogique du Pacte ne fait pas de votre collègue un traître à la cause, un opportuniste, un membre du cdH ou un espion infiltré à la salle des profs.

Tous les enseignants ne sont pas rétifs au changement. Et chacun se positionne en fonction de ce qu’il pense bon pour l’école en général, ses élèves en particulier. Chaque enseignant a ses lectures, ses rencontres, ses affinités… Et donc encore une fois le filtre du vécu et des expériences passées. Réduire une question à deux choix simplistes forcera toujours la conclusion mais n’enrichira pas le débat. Il est donc vain de tenter de cataloguer celui que l’on juge « adversaire » et de lui coller une étiquette.

L’argument du vrai Écossais

Enfin, on observe également ce qu’on appelle « l’argument du vrai Écossais ». Si tous les Écossais sont roux, un homme brun n’est forcément pas un vrai Écossais. Si on part de l’idée qu’un vrai enseignant de terrain se doit de s’opposer au Pacte, tout enseignant qui ne le ferait pas serait systématiquement discrédité et taxé « mauvais enseignant » ou « tu n’es pas un vrai enseignant ». La totale : « tu n’es pas un vrai enseignant de terrain ».

Dans tous les groupes pro ou anti-Pacte (et dans les communautés plus objectives, il y en a), il arrive que des individus changent d’avis, interrogent les autres… et se fassent exclure, purement et simplement. S’ils sont exclus, c’est parce que, dès le départ, ils n’étaient pas de « vrais enseignants », pas parce qu’ils ont été déçus par le groupe, évidemment. On retrouve cette façon de faire dans les mouvements sectaires. « Nathalie n’a jamais été une vraie militante, c’est normal qu’elle soit partie » ou « Julien n’était pas un bon adepte, il disait croire mais au fond ne croyait pas, c’est pourquoi il nous a quittés. »

Dans votre quête d’informations, soyez attentifs aux menaces d’exclusion. Que votre interlocuteur soit en faveur ou en défaveur du Pacte, s’il vous montre la porte et vous indique que, peut-être, vous n’êtes pas au bon endroit, passez votre chemin. La pression peut se conjuguer avec l’appel à la popularité. Les meneurs les moins confiants en leurs arguments trouveront agréable d’être suivis et renforcés dans leurs prises de position par une partie de leur communauté. Mais les interlocuteurs les plus agréables sont ceux qui n’auront pas besoin de vous faire sentir que vous intégrez un club très fermé, le club de ceux qui savent, contre les autres, qui travaillent dans l’ignorance… ou, pire, travaillent à désinformer. Soyez attentifs à l’ironie, au cynisme… armes redoutables pour qui sait les manier avec intelligence… mais dévastatrices dans une discussion sereine. Ne vous laissez jamais prendre pour un imbécile par votre interlocuteur. Il peut cacher sa frustration sous une série de smileys humoristiques sans parvenir à vous déstabiliser.

Au final, il sera toujours plus agréable de discuter avec quelqu’un qui vous assure ne pas avoir de certitudes et qui témoigne d’un esprit ouvert au débat et aux avis contraires. On ne débattra pas du fait que l’eau s’évapore à 100 degrés, c’est une vérité scientifique. Mais la pédagogie ne relève en rien des mathématiques ou de la physique. Travailler avec des être humains, dans des environnements très différents, avec des besoins et attentes tous uniques… suppose un éveil peu fréquent sur les réseaux sociaux où il est d’usage d’affirmer plutôt que d’interroger. La nature du média favorise les positions extrêmes et nombreux sont ceux qui choisissent alors de rester à l’écart, préférant le silence confortable du doute au bruit infernal des certitudes.

Bonne recherche et amusez-vous bien au sein des communautés que vous avez choisies.

 

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