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Appréhender la désinformation en classe

Depuis le début de cette décennie, nous assistons à une réelle mutation du monde qui nous entoure. Aujourd’hui, tout se trouve en quelques clics : un travail, une maison, l’amour et surtout l’information. Des milliers d’infos circulent sur le net. L’accès à l’information est devenu si facile qu’on ne doit même plus la chercher. Il nous suffit de scroller sur notre profil Facebook, de nous rendre dans « Google Actualités » ou d’attendre les notifications médias du matin. Alors face à cet afflux d’informations, comment faire pour distinguer les Fake News, la désinformation, la propagande, les idées orientées politiquement ou encore les publicités ?

Comment aborder l’éducation aux médias en classe?

Développer son esprit critique commence en classe. Pour Laurent Di Pasquale, expert médias au sein d’Enseignons.be et professeur, il ne suffit pas d’expliquer aux élèves  « qu’il faut avoir de l’esprit critique . Il faut que cela se fasse de manière parfois inconsciente, que leur raisonnement les pousse à remettre en question ce qu’ils considéraient comme sûr. Dans cet optique, notre rôle sera de leur faire acquérir des réflexes simples qui leur permettront de décoder les informations. » Lorsqu’ils sont face à un article, ils doivent remettre en question l’information en se posant les bonnes questions : « Quelle est la source du message ? Quel est son but ? Quand l’information a-t-elle été transmise ? Les faits sont-ils exacts ?  » Pour l’expert, il faut les confronter aux contradictions médiatiques auxquelles ils sont exposés au quotidien. Cela peut se faire de manière directe ou indirecte. « Directe car certains thèmes de mon cours y font directement référence, comme ma séquence sur les fake news et les médias. Indirecte, car dans certains autres thèmes, l’éducation aux médias est présente, mais les élèves ne s’en aperçoivent pas. Par exemple, dans une leçon sur les stéréotypes et les préjugés, l’éducation aux médias est en quelque sorte un angle d’attaque qui nous permet de mieux décrypter ce phénomène. Les élèves ont tous cette capacité de critique, pour la qualité de telle ou telle chose.. il suffit donc juste de l’exercer dans notre cas, vers les médias. » nous explique Laurent Di Pasquale.

Dénicher les fausses informations nécessite de l’exercice et de la pratique. C’est pour cette raison que Pierre Colleau, professeur de secondaire, envoie ses élèves sur des sites de toute nature et  » ensemble on élabore une série de critères pour identifier les sites qui font de la fausse information. On compare les différents médias entre eux et surtout on compare les différentes techniques de manipulation de l’information. On observe comment le journaliste procède pour conserver une ligne déontologique et on la met en parallèle à des sites qui ne respectent pas cette ligne directrice. Il est intéressant de voir que des médias traditionnels sont aussi victimes de manipulations car ils ne recoupent par leurs sources. » Pour le professeur, la chasse à la désinformation est importante car « on se rend compte de plus en plus que la source principale de l’information ne passe pas forcément via des médias traditionnels comme c’était le cas il y a quinze ans avec le journal télévisé ou la presse écrite. Les jeunes s’informent via les réseaux sociaux sur lesquels il est plus facile d’utiliser les nouvelles technologies pour transformer l’information. » Il est donc nécessaire de développer un certain esprit critique afin de ne pas se laisser manipuler et ce quelle que soit la source de l’information.

Enfin, un des points essentiels pour repérer la désinformation est de répondre à la question « Pourquoi? ». Pauline Demanet, professeure de secondaire nous détaille sa démarche : «  Il faut leur expliquer pourquoi cela existe et les enjeux qu’il y a derrière. » Elle a dans ce cadre, organisé un atelier Fake News en collaboration avec Enseignons.be et Nordpresse pour permettre à ses élèves de voir l’envers du décor. « Vincent Flibustier, créateur de Nordpresse  a renforcé mon cours car il expliquait quels étaient les intérêts politiques, géopolitiques et financiers qu’il y a derrière la Fake news. Cela leur a ouvert les yeux car personne ne le leur avait jamais dit : « Fais attention à ce que tu lis, tout n’est pas vrai« .

Qu’en retire l’élève ?

Afin d’obtenir des résultats chez ses élèves, Laurent Di Pasquale conseille de partir de leurs expériences propres pour appréhender plus facilement l’éducation aux médias. « La réalisation de projets sur du moyen et long terme, permet réellement d’y être immergé, et ce sera d’autant plus motivant et concret, si l’idée vient d’eux-mêmes. » Le travail de recherche des élèves sera d’autant plus percutant s’ils partent de leur questionnement sur les médias. Ils retireront ainsi davantage d’acquis pour aborder l’information avec un regard plus vigilant.

Pour Pierre Colleau, il n’y a pas de doutes concernant les progrès de l’élève suite à la leçon sur les fake news. Ils sont plus attentifs et tentent de ne plus se laisser berner par les infos trouvées sur le net : « Je les expose à des sites qui sont parfois évidents, tels que Nordpresse dont ils repèrent l’aspect humoristique, et des sites moins évidents à cause desquels ils tombent dans le panneau. Ensuite, après la leçon, j’évalue leur travail de critique et généralement cela se passe assez bien. Ils parviennent à repérer le piège. »

Pauline Demanet a remarqué l’influence positive de son approche à l’éducation aux médias dans d’autres cours: « Ils ont dû faire des dissertations concernant d’autres sujets et je sentais une grosse différence par rapport à leurs productions de début et de fin de stage. J’ai toujours peur qu’ils n’aient pas tous le déclic face aux informations même s’ils en sont ressortis moins naïfs. »

Les outils disponibles

Il existe de nombreux outils pour appréhender les médias en classe. Que ce soient des sites, des applications ou encore des livres, l’important est de rester informé pour mettre son cours à jour !

Sur www.hoaxbuster.com, vous trouverez la majorité des fake news qui circulent sur le net, analysées et décryptées. Cela permet à l’élève de prendre du recul par rapport à des faits donnés sans remise en question de sa part.

Le centre audiovisuel liégeois a consacré un site qui est décrit comme une boîte à outils pour trier le vrai du faux et résister aux tentatives de manipulations. Sophie Lescrenier, en charge du site, nous explique qu’ « il contient déjà plus de 300 ressources. Je m’occupais de la page Facebook du CAV et je partageais de plus en plus d’articles liés à l’esprit critique et pour ne pas inonder la page Facebook du CAV car nous faisons l’éducation aux médias en général comme la publicité, la télé ou encore les réseaux sociaux, j’ai créé une page à part pour partager ce qui était lié au développement de l’esprit critique. En janvier, j’ai enfin créé un site qui reprend toutes les ressources partagées sur cette page-là. » Elles sont classées selon différents thèmes pour faciliter la recherche de l’internaute. Ainsi, vous pouvez cherchez une ressource, un article et une vidéo, par thème, par mot-clé ou via les tags. Le site a une approche généraliste, vous trouverez autant d’outils contre le complotisme, la propagande ou encore les pseudo-sciences. Néanmoins si vos recherches ne mènent à rien, vous pouvez la contacter directement via sophie@cavliege.be . « Un enseignant ou un étudiant qui a besoin de conseils peut m’écrire et je vais lui conseiller, dans tous les documents qu’on a, le plus adapté. Je travaille également dans la médiathèque qui contient environ 3000 DVD et 5000 livres, sans compter les revues. On peut se rencontrer et cibler le projet ensemble. Je connais les documents sur le site car je les ai tous consultés ! J’ai regardé les vidéos et j’ai lu les articles pour pouvoir en faire une présentation et les classer. » Pour avoir accès à cette base de données de la médiathèque, rendez-vous sur le site. Là encore, vous avez accès aux ressources de différentes manières : recherche simple, multi-critères et par catégorie. La médiathèque a également réalisé des tirés à part qui reprennent de manière exhaustive les documents relatifs à une thématique en particulier. Pour la responsable de Penser-critique.be, «  la lutte contre la désinformation est d’une importance capitale, les conséquences de la prolifération  sont néfastes tant pour l’individu que pour la société. »

Développer l’esprit critique en classe est un sujet qui tient à coeur à Enseignons.be, c’est pourquoi nous avons créé un groupe Facebook ouvert à tous. Tout le monde peut partager des articles, des vidéos ou encore des idées pédagogiques à réaliser en classe sur le thème de l’éducation aux médias. Nous organisons également des ateliers « Fake News » en classe en collaboration avec Vincent Flibustier. Il décrypte les informations et les rouages des médias avec vos élèves. Intéressés? Contactez le 0498/822.374.

Le Conseil supérieur de l’Education aux médias a réalisé une brochure commandable uniquement pour les écoles secondaires. Vous pouvez tout de même la télécharger ici en format pdf. Elle traite de sujets variés comme la liberté d’expression, la fiabilité d’une information, les rumeurs et complots ou encore les réseaux sociaux. Elle est le fruit d’une collaboration entre plusieurs spécialistes suite aux attentats de 2015 et aux difficultés rencontrées par les enseignants et éducateurs pour parler de ces événements face à la propension de haine sur les réseaux et dans les discours politiques.

Si vous préférez une ambiance davantage  » Apprendre en s’amusant », allez faire un tour dans un café numérique qui organise régulièrement des conférences sur les nouveautés. L’occasion de rester au courant des dernières technologies et de les appliquer en classe.

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