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13 Juin 2018

Le MR possède la clé du Pacte d’excellence

On l’avait senti lors d’une des dernières commissions Éducation au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le MR est bien décidé à jouer sa partition au cours des prochains mois, qui seront décisifs pour l’avenir du fameux Pacte d’excellence. Pourquoi? Parce que les libéraux sont mathématiquement indispensables à la majorité PS-cdH, si celle-ci souhaite enfin voter la création d’une coupole autonome qui administrerait le réseau officiel (appelé aussi Wallonie-Bruxelles Enseignement ou WBE), jusqu’ici placé sous l’autorité de la Ministre de l’Éducation. Une majorité des deux tiers est requise… et les 52 sièges socialistes et humanistes ne suffiront pas. Les écolos ne sont pas assez nombreux, Défi non plus… Ce sont les 30 députés bleus qui sont appelés en renfort.

En finir avec la double casquette ministérielle – qui est aussi pouvoir régulateur des réseaux libre et officiel subventionné – et redéfinir la structure du réseau de la Fédération Wallonie-Bruxelles est une vieille ambition. Pensez, on en parlait déjà il y a plus de vingt ans. A l’époque, les maux dont souffre WBE (mauvaise gestion, image floue auprès du public, politisation, centralisation excessive… et donc autonomie presque nulle du côté des chefs d’établissement, etc.) faisait déjà grincer des dents. On attendait Marie Arena sur ce dossier… puis Marie-Dominique Simonet… C’est finalement MM’S qui est la plus proche d’aboutir aujourd’hui.

Tous les signaux sont au vert. Une nouvelle génération de préfets arrive dans les écoles et souhaite davantage de liberté pour recruter et dynamiser leur équipe pédagogique. La mise en place des futurs plans de pilotage suppose aussi que chaque réseau soit traité sur le même pied et jugé par un pouvoir régulateur objectif… qui ne serait pas, également, pouvoir organisateur. Sur ce point, le SeGEC s’était montré ferme… Pas de découplage, pas de Pacte!

Reste que les contours de l’entité appelée à gérer WBE restent mal définis. On sait qu’il s’agira d’une structure distincte de l’administration, un organisme d’intérêt public doté d’une personnalité juridique propre. Et c’est là que le MR est inquiet. La coupole se composerait de deux étages, l’un central, l’autre zonal… et appelé à répondre aux besoins des écoles sur le plan local. Mais les libéraux craignent un transfert massif d’agents actuellement employés au sein de l’administration. C’était le 15 mai, et Françoise Bertieaux, chef de file MR, s’adressait à la Ministre de l’Éducation :

« Je tiens quand même à vous mettre en garde quant à ces bruits relatifs à un mastodonte de 120 équivalents temps plein. Nous ne jouons pas là-dedans! Nous ne voulons pas de ces structures que l’on crée à tour de bras pour caser des gens. Retournez voir vos partenaires si telles sont les conditions du marché, et allez leur dire dès à présent que nous ne pourrons pas participer. »

Le message était clair. Si les autres réseaux parviennent à être performants et efficaces avec moins de ressources, WBE et ses 120.000 élèves (environ 15% de la population scolaire) peut également y arriver. D’autant que le MR n’ignore pas que l’administration reste fortement politisée (avec une écrasante majorité de cadres et fonctionnaires étiquetés PS). Qui prendrait la tête de la nouvelle coupole? La direction sera-t-elle pluraliste?

Les libéraux attendent donc des garanties. Même si Françoise Bertieaux est évidemment favorable à une scission entre le pouvoir organisateur et le pouvoir régulateur du ministère. Elle et ses troupes la réclament depuis longtemps. Mais apporter ses voix à la majorité suppose aussi – globalement – soutenir le Pacte d’excellence… et là, ça coince! Le PS veut son tronc commun? Le MR aimerait ne plus en entendre parler. Et à quelques mois des élections, la tentation est grande de laisser trainer les choses. Avec quels résultats?

Dans un an, un tiers des écoles devra avoir rédigé ses plans de pilotage. Mais le travail législatif reste important et ne permet pas, pour l’heure, aux directions de travailler sereinement. Elles attendent des consignes précises… qui n’arrivent pas. Le MR le sait.

Une majorité d’enseignants reste encore opposés au Pacte et les syndicats sont récemment entrés en guerre contre le gouvernement pour défendre la charge de travail du personnel dans les écoles. Le MR le sait.

En 2019, les cartes seront rebattues et une nouvelle majorité pourrait se mettre en place. PS-MR? Probable… La question du tronc commun pourrait à nouveau être posée… ou pas. Ce qui sera négocié dans les prochaines semaines va donc au-delà de la simple gouvernance. Elle engagera les libéraux sur le Pacte jusqu’en 2024 au moins. Et ça, le MR le sait aussi.

 

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