Deux quotidiens belges pointent respectivement des phénomènes pourtant bien liés en Belgique francophone : le taux de redoublement est très élevé et la relégation de l’enseignement général à l’enseignement qualifiant comme échappatoire est courant.
Du redoublement …
Sur les 350.000 élèves du secondaire, plus d’un sur trois (36,4% en 2005 pour le réseau de la Communauté française) a été astreint à présenter un examen « de passage ». 13,2% en moyenne doivent redoubler. A l’heure de terminer les études, un élève francophone sur deux a pris au moins un an de retard et ce taux s’accentue en fonction du niveau d’études :
- 30 % des élèves du général ont doublé,
- 62% dans le technique de transition,
- 72 % pour le qualifiant,
- et près de 78 % dans le professionel.
Source : Le Soir
Comment peut-on expliquer une telle situation ? Les élèves qui fréquentent le professionnel sont-ils moins intelligents que ceux du général ? Le type d’enseignement influence-t-il l’échec ? Le système éducatif ne favorise-t-il pas, in se, une relégation des élèves et un cloisonnement dans certaines filières ?
… au type d’enseignement
Dans quelle mesure les élèves font-ils un choix positif pour l’enseignement qualifiant, dans la mesure où les attestations qu’on leur délivre (20 % des élèves en 2ème secondaire) AOB leur suggère soit de recommencer leur année, soit d’éviter un retard scolaire en passant dans un autre type d’enseignement ? Près de 4 élèves sur 5 procèdent alors à un choix négatif : ils préfèrent passer à un enseignement qualifiant que de redoubler. Seuls un tiers des élèves de l’enseignement qualifiant y vient de manière motivée ou déterminée. La conséquence est logique :
La dévalorisation de l’enseignement qualifiant, principalement constitué d’élèves en difficulté et ne manifestant, souvent, aucun intérêt à priori pour les matières. [...] Cette orientation négative n’est sans doute pas étrangère aux taux impressionnants de redoublement relevés dans ces filières.
Source : un avis de la Commission de Pilotage étudié par La libre
Trois types d’attestation existent actuellement pour un élève :
- une AOA en cas de réussite ;
- une AOB en cas de réussite avec restriction dans le secondaire ;
- une AOC en cas d’échec = redoublement.
L’AOB est une attestation de réussite, non perçue comme telle ni par les parents, ni par les élèves, ni souvent par les professeurs et les CPMS. L’AOB est mal perçue à juste titre parce qu’elle est dévoyée, mal utilisée, inexpliquée aux élèves et aux parents. [L'AOB prend parfois] l’allure d’une exclusion déguisée. [...] Il relève davantage de la sanction des études que de l’orientation, elle n’est pas un conseil. De plus, il y a confusion entre sanction pédagogique et action positive d’aide à l’orientation
Pour une revalorisation de l’enseignement qualifiant
Il y a là un énorme chantier (entamé notamment par le renforcement du socle commun) pour éviter une relégation prématurée de l’élève, qui s’apparente un peu au toboggan de l’enseignement qualifiant : on s’y laisse tomber pour éviter un redoublement dans le général. Et l’élève enfoncé dans le sable de la démotivation peine à donner sens à ce choix négatif… Chantier qui passera par une amélioration de la formation (initiale et continuée d’ailleurs) des enseignants, par un renforcement du statut du CPMS, et par une meilleure information des parents, élèves ET professeurs de l’importance que revêt ce type d’orientation restrictive.
Etant enseignant dans le technique et plus particulièrement en TQ, je fais le même constat que votre article. Nous nous efforçons dans notre école de ne jamais dire que l’élèvé "Descent" en TQ ou en professionel, mais nous constatons que ce langage n’existe pas dans les école "générales". Ce qui est bien dommage car ils (nos collègues du général!!) n’imaginent pas que des études techniques (TR, TQ ou professionelles) ne sont Absolument pas plus facile que des études générales.Une information concrète (avec visite d’autres écoles) aiderait, nous pensons, à résoudre ce problème et bien d’autres !!!.
Je travaille dans toutes les formes d’enseignement en tant que professeur de mathématiques.
Jamais je n’ai eu l’impression de reléguer un de mes élèves, ni quand je proposais un redoublement, ni quand je proposais une orientation technique ou professionnelle.
Il semble que mes élèves n’ont pas cette impression négative, eux non plus. La plupart s’épanouissent lorsqu’ils arrivent dans l’enseignement qualifiant de mon école.
Le vrai problème, ce sont les écoles peuplées de gens qui ne veulent rien faire et qui parasytent le système de l’obligation scolaire. L’autre vrai problème, ce sont les futurs gangster qui terrorisent une partie de la jeunesse.
Chez nous, rien de tout cela ! Et le qualifiant mérite son nom ! Mais il faut dire que nous sommes loin des villes et de tout ce qu’elles comportent comme problèmes que personne ne veut résoudre.
Ma fille, dans une école du réseau libre se voit refuser, même en recours interne l’attestation AOB par l’équipe éducative car disent-ils, elle n’aurait pas sa place là elle n’en a jamais émis le souhait et sa place est dans l’ordinaire,, il vaut mieux qu’elle double Pour la faire doubler, ils ont même typexé des notes, dans trois cours, ils lui mettaient un R ou R avec une barre sous le R, ce qui signifie réussi ou réussi mais certaines compétences ne sont pas acquises, ces notes ont été changées en E, qui signifie échec. Même la remarque du prof de latin, un "mériter la réussite" devient un "frôler la réussite".
Comment voulez-vous, avec de tel agissement que le secondaire qualifiant, technique ou professionnel soit "reconnu" par la société ?
J’entre dans ma sixième année d’enseignement secondaire et, force est de constater que le redoublement est une catastrophe! Surtout dans le second et troisième degrè… ben oui, on réussit quasi directement la 1A (sauf si 1Bis disponible au sein de l’école)et en deuxième, le chemin est pour ainsi dire le même; réussir ou "passer" dans un niveau moindre! Bref, nos têtes blondes PERDENT l’habitude de travailler et ne la récupèrent que très rarement…
Avis à nos ministres!!!
Rétablissez le redoublement en 1A car ce système de cycle n’est que trop peu souvent efficace!!!
Tous les élèves n’ont pas la même forme d’intelligence.
J’enseigne dans le technique et le professionnel. Je ne dis jamais non plus qu’un élève descend en technique ou en professionnel. C’est une autre filière, une manière d’apprendre différente. Les exigences des programmes en TQ sont aussi grandes qu’en général. Mais l’apprentissage est tout autre. La manière dont les profs abordent les élèves aussi. Supprimer l’une des 3 filières existentes serait une erreur. Mais l’attrait des économies à faire semble être le plus fort. En effet, si la CF arrivait à refiler l’enseignement professionnel au privé, ce serait tout bénéfice. Madame Arena disait encore sur les ondes ce 4 septembre que l’ens. technique coûtait très cher en raison du coût des machines !
Quand donc aurons-nous des ministres de l’enseignement qui se préoccupent davantage de l’avenir des jeunes, de la formation… que des économies à réaliser !!!
J’enseigne moi aussi dans le professionnel. Même si certains de mes élèves ont fait un choix positif de filière, beaucoup d’entre eux ont été relégués chez nous par manque de suivi dans les autres filières. Nous nous retrouvons avec certains élèves qui ne veulent plus rien faire et qui empêchent certains élèves volontaires de travailler. Nous nous retrouvons aussi avec des élèves qui ont une image si négative d’eux-mêmes que cela fait peur. Pourtant, dans notre école non plus, personne ne parle de descente en professionnelles. Mais c’est bien comme tel que les élèves le ressentent.
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