Un mariage contre nature
En avril dernier, suite à l’affaire Joe Van Holsbeeck, le gouvernement s’était engagé à créer des points de contact policiers pour les écoles. Le ministre de l’intérieur s’est donc fendu d’une circulaire encourageant la police locale à créer des « partenariats » avec les établissements scolaires. En ligne de mire : l’absentéisme et le racket.
La circulaire était discrètement passée durant les vacances d’été, à l’heure où les profs étaient occupés à préparer la nouvelle année scolaire. Elle avait reçu l’aval de la ministre-présidente de la Communauté française et ministre de l’éducation Marie Arena.
Aujourd’hui, les profs et la plupart des comités éducatifs montent au créneau (quarante-trois associations ont signé une lettre ouverte à Marie Arena demandant l’annulation de la circulaire) et dénoncent ce mariage forcé entre l’école et la police, mariage qui aurait d’abord dû être débattu avec les syndicats représentant le corps professoral. Pour Marc Payen, secrétaire adjoint de la CSC enseignement « la violence à l’école est un problème, il ne faut pas le nier. Mais les faits graves sont exceptionnels. Cette circulaire, c’est le réflexe facile ! » Pour Khaled Boutaffala, du Service droits des jeunes de Bruxelles, cette circulaire est « terriblement stigmatisante. Elle assimile le jeune en décrochage scolaire à un délinquant et va à l’encontre d’une politique d’éducation et d’émancipation ! »
Mais toutes les voix qui s’élèvent ne vont pas contre la circulaire PLP41. Certaines associations, dont la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel, voient même d’un bon œil cette réponse aux demandes souvent répétées de nombreux établissements scolaires confrontés à de sérieux problèmes de violence.
Cependant, va-t-on régler tous les problèmes de violence en faisant intervenir la police au sein de l’école ? Les profs vont-ils devenir des indics au service des commissariats de quartier ? Qui représentera l’autorité à l’école ? Le prof ? L’éducateur ? Le policier ? Est-ce que ignorer le dialogue, essentiel à toute résolution de conflits, pour la répression n’est pas une fausse solution ?
Bien que tous les observateurs du monde scolaire constatent une augmentation de la délinquance juvénile, il est bon de se demander si ce mariage contre nature ne va pas contribuer à stigmatiser encore les jeunes et mettre l’accent sur leur caractère « turbulent ».
La solution ? Un vrai débat avec tous les acteurs du monde de l’éducation.






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