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déc  06
17

Un mariage contre nature

En avril dernier, suite à l’affaire Joe Van Holsbeeck, le gouvernement s’était engagé à créer des points de contact policiers pour les écoles. Le ministre de l’intérieur s’est donc fendu d’une circulaire encourageant la police locale à créer des « partenariats » avec les établissements scolaires. En ligne de mire : l’absentéisme et le racket.

La circulaire était discrètement passée durant les vacances d’été, à l’heure où les profs étaient occupés à préparer la nouvelle année scolaire. Elle avait reçu l’aval de la ministre-présidente de la Communauté française et ministre de l’éducation Marie Arena.

Aujourd’hui, les profs et la plupart des comités éducatifs montent au créneau (quarante-trois associations ont signé une lettre ouverte à Marie Arena demandant l’annulation de la circulaire) et dénoncent ce mariage forcé entre l’école et la police, mariage qui aurait d’abord dû être débattu avec les syndicats représentant le corps professoral. Pour Marc Payen, secrétaire adjoint de la CSC enseignement « la violence à l’école est un problème, il ne faut pas le nier. Mais les faits graves sont exceptionnels. Cette circulaire, c’est le réflexe facile ! » Pour Khaled Boutaffala, du Service droits des jeunes de Bruxelles, cette circulaire est « terriblement stigmatisante. Elle assimile le jeune en décrochage scolaire à un délinquant et va à l’encontre d’une politique d’éducation et d’émancipation ! »

Mais toutes les voix qui s’élèvent ne vont pas contre la circulaire PLP41. Certaines associations, dont la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel, voient même d’un bon œil cette réponse aux demandes souvent répétées de nombreux établissements scolaires confrontés à de sérieux problèmes de violence.

Cependant, va-t-on régler tous les problèmes de violence en faisant intervenir la police au sein de l’école ? Les profs vont-ils devenir des indics au service des commissariats de quartier ? Qui représentera l’autorité à l’école ? Le prof ? L’éducateur ? Le policier ? Est-ce que ignorer le dialogue, essentiel à toute résolution de conflits, pour la répression n’est pas une fausse solution ?

Bien que tous les observateurs du monde scolaire constatent une augmentation de la délinquance juvénile, il est bon de se demander si ce mariage contre nature ne va pas contribuer à stigmatiser encore les jeunes et mettre l’accent sur leur caractère « turbulent ».

La solution ? Un vrai débat avec tous les acteurs du monde de l’éducation.

9 commentaires à propos de “Un mariage contre nature”

1

23 décembre2006
Bruyere

Bonjour,
L’école n’est pas un lieu de non droit. Il ne faut donc pas qu’elle soit interdite de police! Si des faits graves s’y produisent, comme partout ailleur même au sein d’une maison familliale, la police doit y jouer son rôle. Vous citez le racket : il a souvent lieu en dehors de l’école, mais il est dénoncé dans l’école. Idem pour l’absentéisme. Pas de présence permanente de la police, mais une saine collaboration citoyenne!

2

23 décembre2006
Panthotal

Bien évidemment, la police est la bienvenue dans ma classe, si besoin réel s’en fait sentir. Une de mes élèves a été assassinée l’année dernière, de trois balles de revolver. Des confidences avant-coureuses du drame m’avaient été faites par cette élève, qui s’était aussi ouverte à d’autres collègues. Quel dommage que nous n’ayons pas eu l’occasion de nous muer, comme l’écrit si élégamment notre collègue (?), en "indics au service des commissariats de quartier"! Claire vivrait peut-être encore… Un autre de mes élèves a agressé un de ses condisciples en le frappant, par derrière, avec une clé anglaise, et il a manqué de peu de le tuer… Ces deux drames ont eu lieu hors de l’école, certes, mais tous leurs tenants et aboutissants étaient, à tout le moins, connus entre ses murs. J’enseigne pourtant dans une école dite du "haut de gamme" à Bruxelles. Il est grand temps que l’on stigmatise le comportement des jeunes, en décochage scolaire ou pas, quand ils sont devenus des délinquants ! Les présupposés rousseauistes de l’article ci-dessus sont d’un aveuglement total… et d’un ridicule consommé !

3

24 décembre2006
hibou-be

Je suis pour à 100%, les services de police sont en place pour maintenir l’ordre public, aider les citoyens, plus jeunes les enfants comprendrons que sont des "tuteurs" de la société, plus tôt ils apprendrons à pouvoir compter sur eux.
Un jeune en détresse, DOIT savoir sur qui il peut compter et à qui il doit s’adresser en toute confiance, en cas de problème.

4

26 décembre2006
Olivia

L’école n’est pas et ne peut pas être un univers coupé de la réalité. Je ferais la même réflexion à l’attention des responsables d’établissement.
En tant qu’ancienne intérimaire, j’ai conu des écoles où le problème de la vente de drogue était ignoré, nié. J’ai connu une école où ce même problème était connu et affiché. A tel point, que le directeur a appelé à l’aide étudiants et parents. C’est la responsabilité de tous qui est engagée lorsque des faits graves se déroulent. La démarche est la même dans une entreprise .
Via les contrôles ratés, via les examens de repêchages, l’école offre une 2° voire une 3° chance de corriger les erreurs. Le monde réel en offre-t-il souvent autant? L’agression, la drogue sont des faits graves…il ne faut, à mon sens, jamais les banaliser.

5

26 décembre2006
Boule

Pour !
L’école fait partie de la société. Certains faits commis par des élèves dépassent les compétences liées à l’enseignement,la police doit intervenir tout comme elle le ferait dans d’autres situations hors contexte scolaire. Peut-être que la présence de la police pourrait être adaptée à l’environnement ; optons pour un apparat discret mais visible…
Je tiens également à dire que c’est triste d’en arriver là mais il y a un moment où il faut agir ; c’est déjà un peu tard pour certaines victimes !!!

6

27 décembre2006
Nachau

Contre!!!!
Les éleves ont déjà assez de "pression" sur la tête. Ils vivent dans un monde difficile et pour eux rien n’est clair.Si en plus la police entre dans l’école……….
Je pense que ce sont les parents et les enseignants qui devraient arrêter de se mettre des bandeaux devant les yeux et des casques sur les oreilles !!!!! Agissons à temps et les problèmes se règleront plus vite. Arrêtons de croire que l’on se "mêle" de ce qui ne nous regarde pas. Tirons à temps la sonnette d’alarme.

7

15 janvier2007
Jeune prof

Pour
La collaboration bien comprise peut éviter des drames et l’envenimement de situations difficiles.
Un partenariat est toujours mieux qu’un investissement des lieux par la police (fait vécu récemment) à la recherche d’un jeune qui, ayant eu un comportement déplacé dans le bus, faisait l’objet d’une plainte de la TEC. En quoi l’école était-elle responsable ? Pourquoi ne pas interpeller le jeune à son domicile ? S’il y avait eu partenariat, discussion, accord, on aurait évité cette arrivée massive (6 policiers armés) dans les couloirs de l’école.
Je ne pense pas qu’on se voile la face. Peu d’écoles osent encore nier les problèmes qu’elles connaissent. Certaines évitent juste d’en faire la publicité.

8

24 janvier2007
Benoît (prof)

Quel progrès extraordinaire et inattendu ! N’arrêtons pas en si bon chemin : surveillance et sécurité partout. Que la police punisse l’élève qui rend un devoir insuffisant, et le prof qui n’a pas suffisamment préparé son cours, qui ne "tient" pas sa classe avec assez de fermeté. Puis aussi pour vérifier l’exactitude des notes sur le bulletin. Ensuite, invitons également la police à intervenir si les parents de l’élève n’imposent pas à la maison un climat austère, propice au travail bien fait. Qu’ils soient punis s’ils ne mettent pas à disposition de leur enfant un local chauffé et aéré, une bibliothèque étoffée. Mais on n’aura fait que la moitié du boulot si on ne demande pas aussi à la police de vérifier que les élèves et parents ainsi remis sur le droit chemin ne sont ni malmenés, ni traités sans humanité. Ensuite, il restera à confier à la police la surveillance des salles de rédaction des journaux, afin d’éviter les inconvenances, et éventuellement sanctionner les fautes d’orthographe des journalistes…
Restons sérieux : l’école est parfois un lieu de tensions, peut-être exacerbées par la surveillance et la punition, alors qu’elle a pour mission l’émancipation et la responsabilisation des jeunes qui lui sont confiés. Lacan affirme que la violence, c’est de la parole non aboutie. On n’est pas obligés de devenir tous lacaniens, loin s’en faut, mais ce serait peut-être intéressant d’essayer, donner la parole à ces élèves qu’il s’agit d’éduquer à la citoyenneté. Pas à la soumission, ni à l’exclusion. Pour rappel, 1500 jeunes sont exclus chaque année de leur école, rien que pour l’enseignement organisé par la Communauté Française, puisqu’on ne connaît pas les chiffres de l’enseignement subventionné. Qui, moi y compris, accepte avec sérénité l’exclusion, sans nourrir, même minuscule, un sentiment d’injustice, un désir de règlement de compte, ou au moins un très amer souvenir ? Autrement dit, pour une fois, cherchons la solution en amont du problème, et avant de les inviter à l’école, prions les chantres de l’ordre et de la sécurité de balayer devant leur porte. La police n’est pas si rassurante que ça, finalement… peut-être parce que l’école, faute de moyens, faute d’imagination, n’a pas pu donner à ceux qui la peuplent l’envie d’apprendre pour eux-mêmes au lieu d’éduquer, à leur façon, la société.

9

30 janvier2007
Jeune prof

Benoit,
penses-tu toujours de même après l’agression du direction de l’institut Cousot ?

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