
La mixité sociale et l’inégalité de l’école sont des questions importantes qui touchent non seulement les enseignants, mais aussi les citoyens. Récemment sous les feux de l’actualité par l’important débat sur le décret inscription, la question de l’hétérogénéité a soulevé des tensions vives, à la fois politiquement et au sein de la société. Les chiffres indicateurs de l’enseignement présente statistiquement le manque de mixité sociale, mais est-ce que cela affecte réellement les performance des élèves ? Plusieurs travaux l’ont déjà montré, que ce soit sur le plan économique avec la thèse de Robert Deschamps ou les diverses études de l’OCDE (PISA par exemple) sur le plan de l’efficacité, l’organisation de l’enseignement en Belgique ne joue pas en notre faveur.
Or ces mêmes études indiquent que plus un état régule (les inscriptions, l’offre d’enseignement), plus il lutte efficacement contre les inégalités sociales. Analysons les différents éléments structurels qui créent, en Belgique, un enseignement inégalitaire :
Le quasi-marché renforce les inégalités[1] :
Le marché scolaire se caractérise par une liberté de choix des parents, une liberté d’enseignement (contenus), une subsidiation par élève, l’état étant le tiers payant. La concurrence s’organise alors sur base de la réputation (le nombre d’élèves et la qualité du contenu dispensé).
Et le cercle vicieux peut commencer [2] :
Petite recette pour créer une école d’élite
- Prendre un lieu géographique favorable, ce qui crée un avantage naturel social
- La demande se fera forte, beaucoup d’élèves se présenteront
- Sélectionner alors à l’entrée les meilleurs éléments lors de l’inscription
- La réputation de l’établissement augmentera ce faisant
- Laisser reposer et la pâte de votre établissement (sa réputation, et donc son attrait) lèvera au fil des années.
Le phénomène de quasi-marché renforce donc les inégalités géographiques sociales.
La question des réseaux
Né de la guerre scolaire de 1954, le Pacte scolaire inscrit constitutionnellement la création des réseaux ainsi que leur autonomie. S’il n’était pas destiné à organiser un marché, ce pacte a de facto créé une concurrence entre les écoles. La Belgique présente un enseignement parmi les plus libéraux qui existent, rappelle Ides Nicaise. Comme le signalait Michel Vrancken, un des problèmes consiste en l’autonomie très forte des PO et des réseaux. Il insiste également pour sortir du clivage traditionnel catholique versus officiel : l’officiel subventionné est lui aussi concerné par ces questions
. Au regard des propositions de l’APED, il avance l’idée d’un réseau qui soit public, unique mais surtout pluraliste.
- unique : seul moyen de créer de la cohérence et une réduction des différences ;
- public : seul le pouvoir public peut forcer la mixité sociale ;
- pluraliste : pour amener à un enseignement « pluraliste » et non « laïc ».
la Belgique comme exception
Avec les Pays-Bas et l’Irlande, la Belgique est un des seuls pays où les choix des parents ont une telle liberté, ce qui concourt également au phénomène de marché et donc de concurrence. On le sait, retirer des libertés n’est jamais bien perçu par la population, et le timide décret inscriptions en a d’ailleurs fait les frais.
Les filières
Selon les études de l’OCDE, plus un enseignement est stratifié, plus il est inégalitaire. L’Allemagne est l’exemple parfait d’un enseignement où les élèves peuvent choisir très tôt leurs filières. Résultat : les inégalités sociales se retrouvent très tôt, et à 15 ans, on assiste à un enseignement dual.
Comment stopper cette « cascade sociale » ?
L’avis d’Ides Nicaise est tranché :
- changer la valeur symbolique des filières en revalorisant les métiers ? Quand on voit le nombre de jeunes qui exercent un autre métier que celui pour lequel ils avaient été formés, ce n’est pas la bonne solution.
- organiser une meilleure orientation des élèves ? Cela augmente encore la ségrégation.
- supprimer les différences de niveau effectives entre les filières en créant un tronc commun.
Pour améliorer les performances de nos élèves, il y a une réelle nécessité d’une plus grande régulation. Pour limiter le marché, il faut à la fois limiter le choix et limiter la liberté d’enseignement, en prenant respectivement des mesures instaurant un système de « quotas »[3] mais aussi des mesures comme les bassins scolaires, afin de limiter le marché au niveau des parents. Si l’on veut réussir pour une qualité d’enseignement plus homogène, il faut, selon Ides Nicaise, davantages de mesures empêchant les ségrégations, en mélangeant les bâtons (système de quotas par exemple) et les carottes (un soutien financier et pédagogique plus grand doit être accordé aux écoles pratiquant la mixité sociale). Certains décrets vont dans cette direction (décret inscription), mais ces avancées sont trop timides pour porter réellement leurs fruits selon le chercheur flamand.
Notes
[1] Notre développement présente principalement le raisonnement d’Ides Nicaise développé ce samedi lors du colloque de l’APED
[2] présentant ce qu’on appelle un effet Matthieu
[3] Le décret GOK en Communauté Flamande impose des quotas obligeant les écoles à être socialement mixtes. L’école ne peut refuser des élèves allochtones que s’il a atteint un pourcentage minimum au sein de son établissement.
On favoriserait financièrement les écoles qui favoriseraient la mixité sociale ?
Combien de temps ?
J’enseignais dans une école à discrimination positive. Cela a duré deux ans. Puis sans crier gare, le nom et l’aide financière nous ont été retirés, faute de moyens à la CF !!
Mais notre population scolaire n’a pas changé d’un iota !!!!
De qui rit-on ?