Après l’analyse d’Ides Nicaise sur les causes structurelles de l’inégalité sociale, Bernard Rey a enchainé sur les facteurs de différenciation qui se produisaient à l’intérieur des classes. L’échec de la Belgique dans les questions égalitaires tiendrait autant dans des raisons macrostructurelles que dans des facteurs plus pédagogiques. L’école exigerait une certaine façon de penser faisant en sorte que les élèves de milieux populaires comprennent moins bien le sens de certaines activités. C’est du moins le point de vue qui a été développé par Bernard Rey (ULB) lors du colloque de l’APED. Analysons brièvement six comportements concrets d’enseignants qui pourraient conduire à créer des différences sociales entre élèves :
Six facteurs de différenciation

L’interprétation des erreurs comme marques d’une carence
Certains enseignants interprètent, selon le chercheur, l’erreur commise par l’élève comme l’expression d’un manque (de travail, d’effort, de connaissances, d’attention, voire un manque d’intelligence), ce qui crée chez les enfants des classes populaires le sentiment de ne pas être digne du fonctionnement de l’école.
Il serait plus intéressant d’expliquer les erreurs en montrant à l’élève par l’organisation mentale qui l’y a mené. L’enseignant devrait donc supposer que cette erreur vient a priori d’une logique, et son but serait de démonter cette logique.
Le rapport entre activités et savoirs
On le sait, les activités qui ont pour but de mener les élèves au savoir sont monnaie courante. Il suffit de lire les programmes des différents réseaux pour s’en rendre compte (les fameuses situation-problème ou tâche-problème). Or, si les élèves des classes défavorisées voient bien le but de l’activité, ils n’ont pas toujours une vision claire du savoir qui est inhérent à celle-ci[1].
La pédagogie du projet
Intéressante pour les enseignants puisqu’elle motive les élèves, la pédagogie par projet comporte le risque, comme pour les activités, que les élèves soient orientés vers la réalisation du projet et non vers les apprentissages. Dans la réalisation d’une lettre au bourgmestre par exemple, le piège à éviter serait de confier la rédaction de la lettre à l’élève qui écrit le mieux.
Réduction des exigences
Pour éviter les crispations des élèves en difficulté, l’enseignant aurait tendance à proposer des activités que les élèves savent déjà faire ou purement occupationnelles.
« La culture de l’échec »[2]
Inconsciemment, l’enseignant aurait une tendance inconsciente à fabriquer de la différence, en choisissant d’ailleurs les épreuves d’évaluation en fonction d’une courbe de Gauss. Pour étayer son propos, Bernard Rey prend pour argument la déconsidération (aux yeux des parents, de ses collègues, de sa direction) dont ferait l’objet un enseignant qui ferait réussir tous ses élèves.
Le (fameux) redoublement
Sujet sensible qui oppose enseignant et opinion publique aux chercheurs, le redoublement frappe près d’un élève sur cinq avant son entrée en secondaire. Il y a un attachement psychologique des enseignants au redoublement, symbole d’un certain pouvoir mais aussi d’une seconde chance « offerte » à l’élève. Or les recherches tant quantitatives que qualitatives montrent que le redoublement n’est pas un bon intrument.
- Quantitativement, les pays qui instaurent un système de redoublement ne sont pas les pays les plus efficaces
- Si le doubleur est en effet meilleur que lors de sa première année (donnant l’illusion d’une efficacité de la méthode), un suivi sur plusieurs années montre que celui-ci retrouve des difficultés plusieurs années plus tard. Par ailleur, lui faire recommencer les mêmes démarches, avec les mêmes moyens didactiques mis en oeuvre et la même personnalité professorale n’est certainement par une bonne solution aux yeux du chercheur de l’ULB.
De plus le redoublement n’est toujours que relatif : on ne redouble qu’en comparaison avec les autres élèves de sa classe : deux élèves qui ont le même niveau à des épreuves externes peuvent très bien avoir des parcours scolaires complètement différents.
Il s’agirait plutôt de s’attacher à comprendre les raisons (les facteurs multiples) de l’enfant et travailler principalement sur cet aspect-là.
Conclusion
Le point de vue apporté par Bernard Rey est intéressant : la ségrégation ne vient pas uniquement des structures, mais aussi de l’attitude de certains enseignants dans leur classe. Comme le précise Bernard Rey, il n’y a pas de méthode pédagogique « magique » pour mettre à égalité les élèves, il y a simplement des « précautions » à prendre. Si le chercheur semble critique par rapport aux activités contextualisantes, c’est probablement plus par rapport à l’utilisation de celles-ci que pour leur principe (on se rappelle en effet que Bernard Rey avait proposé la rédaction d’un « mode d’emploi » des compétences[3])
Notes
[1] Bernard Rey prend l’exemple de cet enseignant qui, pour travailler l’expression orale, demande aux élèves d’expliquer le trajet qui les mène de l’école à la gare. Ce à quoi un élève répond : « mon père peut vous y emmener »
[2] Marcel Crahay
[3] Lire l’article le glas des compétences
L’APED est une association d’extrême gauche. Comme tous les extrémistes, l’extrême gauche est dangereuse, vicieuse et néfaste. Laissez donc l’enseignement en paix.