Lutte contre l'échec scolaire : la fin de la discrimination positive ?

Argent-enfantNe dites plus discrimination positive, dites encadrement différencié et renforcé. A partir de la rentrée 2009, les écoles seront financées selon le type d’élèves qui la fréquentent

Définition de la discrimination positive

Apparu le 30 juin 1998, un décret « visait à assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale, notamment par la mise en œuvre de discriminations positives« . Les écoles étaient définies telles en se basant sur les caractéristiques socio-économiques des quartiers dont sont issus les élèves qui fréquentent les écoles visées. Il s’agissait principalement d’ « aides à accorder à des établissements ou implantations d’enseignement ordinaire fondamental et secondaire, susceptibles de promouvoir dans ces établissements ou implantations des actions pédagogiques destinées à assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale (art. 2)  »1

Financement différencié

40 millions d’euros s’ajouteraient à la manne des 20 millions d’euros déjà consentis pour la discrimination positive. Pour faire quoi ?

  1. Pour intégrer plus d’écoles dans le processus : 330 000 élèves, soit près de 40% des écoles qui seraient concernées, alors qu’on dépasse les 12% dans le système actuel de la discrimination positive. La priorité ira dans un premier temps à l’enseignement fondamental et au premier degré de l’enseignement secondaire. Une progression pour les écoles devra être constatée, mais pas d’obligation de résultats.
  2. Pour 1200 enseignants en plus qui viendraient renforcer les rangs … Sans savoir si ce sera pour réduire le nombre d’élèves par enseignant ou pour faire une pédagogie qui serait elle aussi différenciée, avec remédiation adaptée, etc. ?
  3. Pour 70 agents CPMS en plus

Globalement donc : plus de moyens pour plus d’écoles pour plus d’élèves … Le programme semble intéressant à première vue …

L’extension de la « D+ » pose question

Marie Arena a donc rejoint les propositions des autres partis pour un financement différencié des établissements scolaires. L’opposition (MR-Ecolo) s’interroge cependant toujours sur les modalités de ce financement : Marcel Cheron estime qu’en passant d’un critère territorial (voir plus haut) à un critère basé sur l’indice socio-économique de l’élève, on n’élimine toujours pas les incertitudes des seuils de financement (cela risque d’éliminer certains écoles d’une année à l’autre). M. Borus se demande lui où Marie Arena va trouver les 40 millions d’euros supplémentaires et avec quel objectif seront engagés les 1.200 enseignants.

La Ministre de l’Enseignement répond en partie aux interrogations : en réduisant l’échec scolaire, des moyens additionnels seront dégagés et réinvestis dans le processus d’encadrement différencié pour en amplifier encore les effets (elle estime à 150 millions d’euros d’économie si le taux de redoublement diminue en Communauté française).

Question(s) naïve(s) pour conclure … : Est-ce que ce grand coup de reins qui commence à la rentrée 2009 visera à réduire, à moyen terme, ce pourcentage élévé de 40% d’élèves touchés par le décret afin de ne pas grever les budgets de la Communauté française ? Est-ce que les enseignants supplémentaires seront formés aux techniques spécifiques de remédiation ? Enfin: est-il normal que notre système scolaire génère autant d’élèves en nécessité de remédiation … ?

  1. M DEMEUSE ; La politique de discrimination positive en Communauté française de Belgique : une méthode d’attribution des moyens supplémentaires basée sur des indicateurs objectifs ; Cahiers du Service de Pédagogie expérimentale – Université de Liège ; Janvier 2000. []

Commentaires

  1. Bigmoustique dit :

    Si c’est comme nos 20 élèves par classe en P1P2 on attend toujours. Dans les faits mon école à droit à 6 heures de cours supplémentaires… Est-il normal que notre système scolaire génère autant…. ? La réponse; bien sûr que oui. Il suffit de voir la pauvreté intellectuelle dans certaines familles, les difficultés sociales, la lecture remplacée par le tout à la télé, la pauvreté langagière, le manque d’activités physiques, le manque d’implication de certains parents, les changements d’école pour des raisons obscures, l’école à la carte sans motivation… et avec cela vous rajoutez dans certains cas (il faut être honnête et faire preuve d’introspection), des enseignants dépassés par les changements sociaux, ne voulant modifier leurs méthodes pédagogiques, nommés et indéboulonabes, pensant que c’est aux enfants à s’adapter et pas à l’enseignant. Rajoutez une Communauté française complètement noyée par une bureaucratie détachée du terrain. Des circulaires votés sans concertation (en Belgique, on fait les lois puis on les contourne voire on les modifie après… logique)–) des circulaires qui vont détruire les petites écoles, qui vont dénaturer le geste de l’inscription (on n’y va plus pour un projet, on y va pour une place et une réputation)… Bref bientôt on inscrira par internet. Je vous propose quelques choses, puisque certains estiment que l’école n’est pas capable de fonctionner d’elle-même, supprimons là. Proposons des cours par internet et faisons passer les CEB au Heyzel dans les palais 11 et 12 avec un numérus clausus évidemment. Comme cela on accélerera la destruction de notre société,nous aurons de gentils moutons qui suivront les directives d’une minorité d’Hommes de pouvoir qui s’enrichiront encore plus sur le dos des travailleurs… Bon j’arrête je débloque mais je viens de suivre une réunion concernant le nouveau décrêt des directions. Nouveau mot au dictionnaire: arena= nom commun,fém.sing est employé pour désigner une personne arriviste incapable de gérer efficacement l’avenir de notre société (nos enfants sont les acteurs de demain, ce n’est pas çà que l’on dit!!!)

  2. Xavier dit :

    « 40 millions d’euros s’ajouteraient à la manne des 20 millions d’euros
    1200 enseignants
    Est-ce que ce grand coup de reins »

    Euh, ne tombons pas nous aussi dans le panneau des chiffres fallacieux.

    40 millions d’euros? 40 euros par élèves!, à peine 1 % du budget.
    1.200 profs? 1 % de profs en plus. Si ton école compte 50 profs, un mi-temps de plus.

    M’énerve ces chiffres qui essayent de tromper.

    Alors désolé, mais ce grand coup de reins est plutôt un frémissement du petit doigt

    Xavier

  3. Varlez Laura dit :

    Et ces emplois de « spécialiste formés en différenciation » ça me fait bien rire… Qui preste nos périodes d’ALE ?? Des enseignants à bout de souffle qui ne veulent plus être ou qu’on ne veut plus titulaires classes… quel bon en avant pour nos primos!!…

  4. Jean dit :

    Le concept de « Discrimination positive », expression inventée par l’inoubliable Laurette O., est une ineptie dès lors que favoriser les uns signifie ipso facto discrimination négative pour les autres. Au-delà de l’idiotie du terme, ce n’est qu’une tentative pitoyable de colmater les voies d’eau dans une coque qu’on l’a sciemment laissé pourrir. Quand les enseignants réclamaient des vraies mesures pour sauver ce qui pouvait encore l’être, la dame de fer rouge a préféré les désavouer et les discréditer aux yeux des élèves et de leurs parents, précipitant ainsi la chute d’un système éducatif qui n’avait vraiment pas besoin de ça. Résultat, une quinzaine d’années plus tard il faut construire de nouvelles prisons.

  5. Pierre dit :

    Mais enfin, va-t-on être réaliste? Prenons ce qui nous est donné, employons-le au mieux, utilisons notre énergie efficacement au lieu de la placr dans la critique….Une idée: que tous ceux qui ne sont pas d’accord à chaque fois qu’une amélioration de la situation de nos écoles est accordée changent de profession….Alors, qui le fait? Moi je dis merci, à chacun son avis que je respecte!

  6. Audrey dit :

    Est-il normal que notre système génère…? NON! Bien sûr que non, ce n’est pas NORMAL! Ca peut être expliqué par différents facteurs, mais jamais je ne trouverai ça NORMAL!
    Lorsque je rentre dans des salles des profs et que je vois la motivation (ou peut-être devrais-je dire le manque de motivation) de la plupart des professeurs, je trouve que c’est honteux! Comme le dit Bigmoustique, les enfants sont les acteurs de demain! Quelle magnifique chance que celle qui nous est donnée de les former à leur avenir!
    Je pense, comme Pierre, qu’il est temps de réagir en prenant ce qui nous est donné, et en faisant le meilleur que l’on puisse en faire…
    Peut-etre suis-je trop utopiste… mais j’aime mon métier!

  7. vivi01 dit :

    30ème année scolaire! J’en ai vu des réformes! Des BONNES (eh oui!) des beaucoup MOINS BONNES etc.
    La plupart de mes collègues (moi compris) se sont adaptés, ils ont aussi beaucoup travailler. Pourquoi croyez-vous? tout simplement parce qu’ils AIMENT leur métier! Mais nous rouspétons facilement et c’est ce que tu entends en salle de profs Audrey. Sur le terrain en tout cas je vois mes collègues(et nous ne sommes pas les seuls!) se démener pour réaliser le maximum de choses avec ce que l’on nous donne et surtout avec notre imagination. Je suis dans une école secondaire générale en discri + et je donne cours (entre-autres) de labo bio à 31 élèves (en même temps); je fais avec car je sais que l’organisation de l’école ne peut faire autrement et de plus certains collègues sont moins bien loti que moi!
    Bref, il y a des dizaines de choses à améliorer mais restons OPTIMISTE, nous avons des enfants et des adolescents à conduire le plus LOIN et le plus HAUT possible; en fonction de leurs possibilités mais surtout en fonction de leurs DÉSIRS d’avenir. COURAGE, tous ensemble nous y arriverons!

  8. baudichau dit :

    je suis encouragée à la lecture de vos commentaires…la question est vaste et il y a lieu que chacun à son niveau, au lieu de critiquer l’autre et de différer son action, fasse ce qu’il doit faire et le mieux possible….les élèves sont parfois découragés par des profs rigides qui ne placent leur buts que dans l’autorité et la répétition « ad integrum » de leur « enseignement ».
    on parle d’activités sportives…les enfants en ont-ils le temps? les we sans doute…mais le plus souvent cela se fait en semaine….moi je crois que l’action, la vraie, elle est dans le quotidien de chacun…pas seulement dans le vaste monde des décisions politiques et autres….

  9. Fab dit :

    { Le concept de “Discrimination positive”, expression inventée par l’inoubliable Laurette O., …
    Au-delà de l’idiotie du terme, ce n’est … }

    Laurette n’a rien inventé.
    C’est aux Etats-Unis au début des années 60 qu’est apparue pour la première fois la notion de discrimination positive sous le terme de « affirmative action ». Celle-ci concernait des mesures proposées par l’administration de John Fitzgerald Kennedy afin de favoriser l’intégration d’étudiants noirs de peau ou d’origines hispaniques à l’université.

    MAINTENANT, l’application …………………. !!!!!!!!!!!

  10. PIT dit :

    Il est vrai que notre système éducatif n’est plus ce qu’il était. Comment ce fait il qu’il y a 50 ans nos écoles fonctionnait bien dans le sens où les jeunes sortaient avec des notions de respects, du mérite, du travail et que maintenant ils ont juste la notion de droits d’anarchisme et d’irrespects ? Tout en notant que les moyens de l’époque ne valent en rien ceux d’aujourd’hui! Éduquer c’est former les jeunes à la vie de société avec les valeurs vertueuses que nous connaissaient nos grands pères et ce de gré ou de force !! On n’a jamais vu qu’un gamin remettant en question l’autorité et les bonnes pratiques! Si on n’en sort plus, que l’on rétablisse ces gamins dans des internats où ils travailleront en plus pour faire subsister l’institution qui les éduque ! (ca c’est un pavé non ?)
    Mais aussi donné aux professeurs les droits qui leurs sont nécessaires pour un travail correct et que ceux ci soient protégés lors de crise pédagogique parents- professeurs !!

    L’éducation est un Pilier de notre société, et aujourd’hui il se fissure méchamment !

  11. Médinou dit :

    Les enfants, les adolescents, les jeunesn si mal-aimés ne sont pas des monstres! Il ne sont pas né « comme ça », irrespectueux, anarchique, …. ce sont des adultes, leurs parents (de 50 ans peut-être) qui les ont éduqués! Ils ne sont que le fruit de l’éducation plus ou moins bonne qu’ils ont eu la chance d’avoir ou pas! Le travail de prévention et d’accompagnement auprès des parents (et surtout des mères qui sont la plupart du temps le plus concernées) devrait être une priorité et pris en charge par le système scolaire de la maternelle jusqu’au 1er degré de l’enseignement secondaire au moins.
    Le taux de suicide chez les jeunes(2ème cause de mortalité après les accidents de voiture)ne cesse d’augmenter. Cela signifie bien que nos jeunes (surtout ceux en difficultés) sont malheureux. Et il ne sont pas responsables de cette société « déglinguée » d’aujourd’hui, ce sont leurs aînés qui l’on rendues ainsi. Soyons donc tous responsables envers nos enfants, notre quartier, notra ville,… Si tout le monde s’y met et cesse de penser qu’à soi, nous y seront tous gagnants à long terme.
    Une mère, une citoyenne.

  12. hedwige dit :

    Sur le principe de donner plus à ceux qui en ont besoin, je suis 100% d’accord. Là où je le suis moins (même beaucoup moins) concerne le décret visant le 1er degré (qui va de paire avec ce décret d+).
    On veut soi-disant garder les profs, leur rendre une image valorisante… et ce décret sous-entend que les profs sont nuls car trop d’échecs. Si échec il y a, c’est à cause de tous ces décrets du premier degré et en primaire qui empêchent l’apprentissage de base, qui favorise le nivèlement par le bas. Comment apprendre à des élèves en humanité à travailler quand en primaire on a surtout jouer les GO? Quand en plus, les dits-élèves savent que même en ne fouttant rien, en collectionnant les échecs ils passeront dans une classe supérieure (ado, B ou autre nom ridicule). Le jour où le travail fourni est à nouveau valorisé, les élèves bosseront à nouveau, les profs resteront dans les écoles. Car tenir des gosses qui ne veulent pas travailler dans un tronc commun alors qu’ils n’aspirent qu’à autre chose…. Je comprends que les jeunes collègues fuient au bout 3-5ans. Il y a de quoi, nous sommes des gardiens et non plus des enseignants.

    JE ne comprends pas comment les profs, les préfets, les parents n’aient pas encore exprimé leur ras le bol vers cette école à deux vitesses, vers cette descente aux enfers à venir.

  13. Caroline dit :

    Bonjour!
    Je suis étudiante en langues germaniques aux FUNDP de Namur. Dans le cadre du cours de linguistique nous sommes ammenés à faire une enquête sur les motivations d’élèves de 6ème secondaire à apprendre le Néerlandais. J’aimerais tourner cette enquête plus particulièrement vers les motivations qu’ont les jeunes provenant d’écoles à discrimitation positive. Où puis-je trouver une liste d’écoles secondaires dites à discrimination positive? Pensez vous que les jeunes répondront à un questionnaire sérieusement?

    Merci.