La science n’attire pas assez les jeunes. Le secteur de la recherche en Communauté française a besoin de davantage de capital humain. C’est la conclusion de BioWin, le pôle de compétitivité santé wallon et de son président Jean Stéphenne.
On parle volontiers de cette économie de la connaissance sur laquelle doit s’appuyer le renouveau industriel wallon, mais elle ne peut se développer sans matière première. C’est-à-dire sans ces chercheurs, ingénieurs ou techniciens de laboratoire dont manquent nos entreprises.
Pourquoi?
Le refrain est connu. Le constat, cruel. Mais la question qui demeure est la suivante : pourquoi, alors que le secteur des sciences offre une garantie incontestable en matière d’emplois et de débouchés, les jeunes préfèrent-ils les sciences humaines ou la littérature – aux perspectives d’emplois bien plus relatives – aux mathématiques, à la biologie ou à la chimie? Les entreprises, les industries, comme l’enseignement, réclament depuis des années de jeunes scientifiques.
Alors quoi?
Une étude à ce sujet a été commandée à l’équipe du professeur Marc Romainville, directeur du département Education et Technologie aux Facultés universitaires de Namur. Sa conclusion est la suivante :
Si les études scientifiques peinent à attirer les jeunes, c’est qu’il y a déséquilibre entre le coût qu’ils leur prêtent et le sens qu’ils leur accordent.
Raisonnement des jeunes : « pourquoi passer autant d’années à poursuivre des études aussi difficiles alors qu’on ne voit pas à quoi elles serviront ?«
On observe une grande ignorance des débouchés des diplômes S&T et de la variété des métiers auxquels ils donnent accès.
Pour beaucoup de jeunes, la science ne déboucherait que sur la recherche fondamentale et l’enseignement…
Des carrières souvent rébarbatives aux yeux des jeunes, qui y associent conditions de travail difficiles, revenus faibles ou insécurité de l’emploi.
A tord, car aujourd’hui, l’industrie propose des emplois fort attrayants et des salaires comparables à ceux des cadres.
La faute à l’enseignement?
L’étude de Marc Romainville pointe du doigt les écoles qui donneraient une image négative des sciences. L’élitisme de nombreux enseignants serait aussi en cause, eux qui catalogueraient trop vite certains élèves comme « inaptes au raisonnement scientifique ».
La faute aussi à la pédagogie. La démarche déductive (partir de la théorie pour arriver à la pratique) reste encore la référence dans nos écoles alors que la démarche inverse – la démarche inductive – qui insisterait elle sur l’expérimentation et la pratique, serait mieux perçue par les élèves et porteuse d’une image plus positive des sciences, une science plus proche de l’élève, plus accessible.
Mais cette démarche a ses limites : le matériel qui fait défaut dans de nombreux établissements et le manque de formation des professeurs et des instituteurs. L’étude révèle que si beaucoup hésitent à expérimenter en classe, c’est par crainte de ne pas pouvoir maîtriser suffisamment la matière et de ne pas pouvoir répondre aux questions des élèves.
Selon Marc Romainville, « il faut repenser l’enseignement des sciences du primaire au secondaire, en y familiarisant les jeunes dès leur plus jeune âge et en plaçant l’expérimentation au cœur de l’apprentissage. Il faut ensuite repenser les programmes pour « redonner du sens » à la démarche, au raisonnement scientifique.«
Ce serait ensuite au monde de l’entreprise et aux universités de prendre le relais, créant des interactions avec les écoles secondaires – stages, visites de « professeurs invités » issus de l’entreprise, etc.
La science est plus que jamais au cœur de nos sociétés. Elle touche au social, à l’éthique, à l’environnement… des enjeux cruciaux et incontournables… aujourd’hui et demain. Les jeunes en sont-ils conscients?
Les sciences à l’école…tout un programme ! : locaux inadaptés, peu de matériel, classes trop nombreuses pour que chaque élève puisse manipuler, programmes trop rigides …
Marc Romainville dit vrai : « il faut repenser l’enseignement des sciences… »
Un désintérêt pour les sciences ? Pas si simple que cela. Force est de costater que tout ce qui demande rigueur et sens de l’effort souffre une désaffection certaine. Tant que « découvrir » s’apparente à « jouer », pas de problème, quand il s’agit de formaliser les connaissances acquises (ou à acquérir), nous nous trouvons confrontés à des difficultés plus réelles.
Quant à l’organisation des cours, il s’agit de choix d’Ecoles : 27 à 28 élèves par classe dans les options scientifiques du deuxième degré de l’enseignement général ne permettent pas de travailler dans les meilleures conditions qui soient. Si ce n’est pas le mtériel qui manque, c’est la sécurité, l’efficacité et le manque de temps qui sont mis en cause.
Enfin le contenu des programmes, tant quantitatif que qualitatif demande une refonte complète à certains niveaux. Il serait temps que ce qui est demandé aux élèves soit mis en corrélation avec les autres matières (math par exemple) d’un même niveau d’études.
Pour revitaliser le secteur scientifique de l’enseignement, il me paraît indispensable de s’en donner les moyens tant pratiques (normes d’encadrement préférentielles, retour à l’organisation de séances de laboratoire) que financiers (achat de matériel, équipement de laboratoires).
C’est le prix à payer si « On » veut que nos élèves « osent » s’aventurer dans un secteur exigeant et porteur d’avenir.
Les sciences à l’école, c’est vrai que c’est pas facile à gérer.
Du matériel pour 26 élèves cela demande de grandes armoires.
Et puis faudrait pas que la Direction ou l’Inspection passe juste au moment où les Es expérimentent avec de l’eau
quand il y en a autant sur le banc que dans leurs bocaux …
Car faut pas croire, il faut les habituer à utiliser du matériel, ces petiots …
Déjà que quand ils doivent s’organiser entre eux, c’est pas vraiment silencieux …
Cela fait 7 ans que j’enseigne les sciences à l’école primaire et que je gère des débordements
en tout genre car entre la préparation de leçon et la pratique, y parfois un flop …
Je ne pense pas que les instits soient préparés à donner ce genre de cours et que cela fait peur
de mettre en route cette démarche même si on trouve à partir d’Internet beaucoup d’outils de travail et de sites de référence,
Formée comme régente en Sciences, j’ai dû moi-même sortir du cours traditionnel que l’on m’a appris à donner.
Quand j’étais intérimaire en secondaire, mon matériel se limitait souvent à des craies et un tableau.
Et j’expliquai la structure de la cellule … Passionnant autant pour les élèves que pour moi…
Parfois, je trouvais une armoire avec du matériel : soit on ne trouvait plus la clé de l’armoire
soit le matériel était incomplet.
Et en secondaire, travailler des pots de yaourt, faut oser …
Néanmoins, il y a des profs de secondaire qui enseignent avec du matériel simple en vous donnant le goût des sciences.
Ma fille en a rencontré un en 1ère. Elle en a choisi l’option sciences en 3ème .
Maintenant, ne croyez pas que je sois une privilégiée …
Les sciences a l’école, c’est tellement important, que l’an prochain, le cours est suspendu.
Il y a d’autres priorités.
J’ai donc lancé ma candidature pour continuer à enseigner les sciences en primaire.
J’ai eu quelques réponses : mon curriculum est très intéressant, ma démarche pédagogique formidable,
mais comment me payer ? sous quel statut ? car il n’ y pas vraiment de poste de professeur de science en primaire …
C’était une particularité de mon école, en complément à mon travail d’ »adaptatrice » ( rémédiatrice)
J’en profite donc pour lancer une bouteille à la mer ….
N’hésitez pas me contacter en passant par le blog si ma candidature vous intéresse…
Je suis scientifique et j’enseigne au 1er et 2ème degré du secondaire en région liégeoise. Nos programmes ont été complètement remanier vers l’inductif, bien avant les désidérata de M. Romainville. L’expérimentation est à présent au centre de nos cours. Ne me faites pas croire que nous sommes seuls, en C.F., à travailler de la sorte! Ce serait dingue, non ?
M. Romainville ne nuance pas ses propos; il semble oublier que la réforme est en marche, mais que seuls les professeurs qui VEULENT changer leurs méthodes désuettes pour cette approche bien plus valorisante feront avancer le navire. Trop d’enseignants sont contre ce virage radical car il les oblige à retravailler leurs cours. C’est intolérable. Notre meilleur atout est l’aspect vivant et non-figé de notre discipline. Si certains ne l’ont pas compris,ils se sont trompés de voie. Ils freinent nos élèves et brident leur curiosité, qui est selon moi la première qualité d’un(e) scientifique. Mon établissement se donne les moyens d’y arriver, par l’intermédiaire d’une équipe éducative dynamique où l’interdisciplinaire fait son trou. Certes, nos classes sont parfois surpeuplées comme partout, certes le passage du « jeu de la découverte » à la rigueur et au formalisme méthodologique demande du temps et de la ténacité dans notre chef, certes nous ne sommes pas tous d’accord avec l’abandon de certains éléments-clés du programme ( en physique, notamment ), mais au moins, nous sommes ACTEURS de ce changement radical, et non pas spectateurs comme beaucoup! Le goût de l’effort existe encore chez nos jeunes, au professeur à trouver le moyen de le faire rejaillir le plus tôt possible. La facilité est entrée dans les moeurs sociaux, mais les jeunes ont depuis toujours cette faculté de rupture avec leur société. A nous de raviver cette flamme de l’effort qu’il n’ont pas encore éteinte.
N.B. … pour ma part,j’y suis arrivé après maintes tentatives infructueuses. c’est une question de persévérance. Voilà l’exemple scientifique à donner!
Je suis ingénieur industriel chimiste et par choix je suis enseignante au secondaire supérieur en chimie et biologie. Je suis d’accord en partie avec Joye B car j’essaie au maximum d’impliquer les élèves et de faire des expériences pour les motiver; mais cette année en 5ème j’ai 31 élèves, je n’ai pas le temps de voir le programme et de les faire manipuler! Pourquoi? ce n’est pas une question de matériel; j’ai trouvé et mis au point une série de petites expériences faciles et rapides mais je les fais moi-même; car je n’ai pas des yeux partout, parce qu’ils ne respectent pas toujours les règles de sécurité, parce qu’ils ont envie de mélanger n’importe quoi; parce qu’ils ne se rendent pas toujours compte des dangers même si je leur explique le tout avant, etc. Dernier point à ce sujet, je fais énormément de formation (pour avoir un bagage de petites expériences, de trucs à faire passer, de simplifications,etc.)surtout pendant les vacances ou les congés et parfois les week-end; je n’arrive pas à concilier matière et expériences. Je pense que ce n’est pas une question de ne pas VOULOIR mais par le nombre d’élèves d’être submergé et découragé des résultats que vous pouvez obtenir. Je n’ai pas d’heures de labo de chimie mais j’ai 2 heures de labo de bio; tout est mis en place, j’ai même par activité des grilles d’évaluation mais j’ai été obligée de proscrire scalpels, couteaux, paires de ciseaux(surveillées), mais ils utilisent les microscopes et j’imagine des expériences ou je cherche des activités « sans danger »!
J’ai 30 ans d’expérience, je pense être motivée comme au premier jour; ai-je loupé quelque chose quelque part? N’oubliez pas que je forme de futurs universitaires mais des bacheliers aussi donc la matière doit être vue! Que puis-faire dans ces conditions pour m’améliorer et « passer » à l’action(les faire manipuler). Je vous rappelle en sciences fortes 2H/semaine de chimie!!
Avez-vous des idées?
Puisque c’est l’enseignement qui est en cause, j’ai des idées mais pas de temps suffisant et trop d’élèves en classe!
Petite statistique, parmi mes élèves 60% ,en gros, continuent des études scientifiques. Je pense que ce n’est pas si mal. J’ai oublié de dire, ils les terminent!
Merci Viviane pour ton clin d’œil. Je te renvois la pareille, même si ton rôle est assez différent du mien.
On lit dans tes mots une envie marquée, une volonté criante et une obstination digne des vrais enseignants; ceux qui tirent des « enseignements » de leurs vécus et de leurs essais pour remettre leur travail sur l’ouvrage et améliorer leurs cours. Bravo de le faire. Cela se perd. Je te tire donc un énorme coup de chapeau! /:-)
Il me semble que beaucoup devraient s’inspirer des problèmes de chacun, car nous avons souvent les mêmes obstacles. Les plus téméraires les ont déjà surmontés, et ce n’est qu’en mettant nos idées en commun et en tirant tous à la même corde que les choses s’amélioreront. Avec une base de travail plus adaptée, comme notre programme, par exemple, on a déjà une colonne vertébrale sur laquelle viendront se greffer nos expériences personnelles, nos attentes, nos finalités, afin de rencontrer la réalité de la vie active.
Rester dans son coin, à regarder dans le rétroviseur et espérer que le passé (« …Ah, il y a 10 ans, on n’avait pas ces problèmes!… et patati, et patata… ») revienne au galop, ce sont des attitudes indignes de notre profession.
Donc, un seul mot d’ordre: la volonté de progresser AVEC nos élèves. Un scientifique qui ne progresse pas s’est trompé de choix d’option !
Sans nos étudiants, nous n’existons pas. Tout n’est pas simple à résoudre, et rien ne sera jamais comme on le voudrait, mais au moins, faisons tout notre possible pour les motiver et les amener à « s’approprier notre magie »! A vous de choisir le peloton de tête ou le peloton de queue. Dans ce dernier cas, gare au camion-balai !
A méditer … puis à acter !
J’aime toujours lire les enquêtes de nos politiciens et les solutions qu’ils proposent et qui ne cessent de remettre en cause notre pédagogie et nos démarches face aux étudiants. C’est tellement plus simple ainsi! Mais au lieu de taper toujours sur le même âne, apte et volontaire, que nous sommes , ne trouveraient-ils donc plus juste de diminuer le nombre d’élèves par classe pour le cours de sciences, n’engageraient-il pas plutôt plus de professeurs ou mêmes de techniciens pour les cours de pratiques qui serainet donnés en parallèle, n’augmenteraient-ils pas le nombres de locaux dans les écoles et ne feraient-ils pas mieux de laisser de côté le motif de « matériel performant absent » car les pédagogues incapables que nous sommes n’ont pas vraiment besoin de sophistication pour travailler les bases. Quant au problème du désinterêt de la jeunesse, je crois, pour ma part, que c’est bien le surnombre qui en est la principale cause…