Tricheries au lycée Jacqmain

Le décret inscriptions de Marie Arena s’apprête à faire bientôt une nouvelle victime. Petite originalité, ce ne sera ni un élève ni un parent. Eric Deguide, préfet du lycée E. Jacqmain à Bruxelles1, est en train de comprendre qu’on ne plaisante pas avec la loi. Voici un petit résumé de cette pièce en quatre actes.

Acte 1

Rentrée scolaire 2007-2008. Alors que les pré-inscriptions sont, en théorie, interdites, le chef d’établissement a tout de même accepté d’inscrire 78 élèves dans son école, bravant du même coup l’autorité de sa ministre. Les parents, presque tous au courant de la « magouille », ne bronchent pas.

Acte 2

Décembre 2007. Finalement informée, la ville de Bruxelles s’empresse de convoquer le préfet récalcitrant. Face à son échevine de tutelle, ce dernier ne nie pas les faits et assume ses actes. On lui suggère de prendre sa prépension? Il balaie l’idée d’un revers de la main et se dit droit dans ses bottes.

La réaction de l’autorité ne se fait pas attendre. Début mars, il reçoit une convocation au conseil communal du 21 avril. On parle d’un blâme… et même d’une rétrogradation. Le pouvoir organisateur, seul habilité à prendre une sanction (le lycée ne fait pas partie de l’enseignement organisé par la Communauté française) est bien décidé à faire un exemple de ce cas, pour le moment, unique… Et à la Communauté, on encourage la ville à prendre ses responsabilités. Le ministre Dupont est, sur ce point, on ne peut plus clair :

Un pouvoir organisateur qui ne prendrait pas de mesures à l’encontre d’un chef d’établissement dépendant de son réseau ne respectant pas un décret, s’exposerait à une suppression de subsides.

Acte3

Le 21 avril 2008, soir du conseil communal. Le préfet arrive à l’hôtel de ville accompagné de ses supporters, parents et enseignants2. Ils sont une centaine à le soutenir. Les ultras ont même lancé une pétition qui a déjà recueilli près de 2000 signatures. Prétextant ne pas avoir eu assez de temps pour étudier le dossier, le conseil d’Eric Deguide obtient le report de son audition. Il s’expliquera le 5 mai.

Le préfet a souhaité mettre les point sur les i : oui, il n’a pas respecté le décret. Oui, il mérite une sanction. Mais il espère que cette dernière sera proportionnée à la faute.

On ne retire pas le permis de conduire de quelqu’un parce qu’il a brûlé un feu rouge.

Un raccourci douteux, jugent ses détracteurs qui appellent à une sanction exemplaire. Mais c’est du côté de l’opposition que le préfet sur la sellette à trouvé un allié de poids. Les conseillers MR, dont on connait la haine corse qu’ils vouent au décret Arena, estiment que la réprimande serait la seule sanction « juste ». Mais il est peu probable qu’ils soient suivis par les autres membres du collège. L’échevine de l’instruction publique, Faouzia Hariche (PS), juge les propos du MR « d’une démagogie crasse« . Et elle n’est pas la seule à vouloir « aller jusqu’au bout« , ainsi, ce membre du collège de la ville, qui a aussi passé la nuit aux portes d’un établissement de la ville pour inscrire son fils :

Je ne suis pas complètement en phase avec le décret Arena, mais l’attitude du préfet de Jacqmain est scandaleuse par rapport à ceux qui ont suivi la règle.

Si elle ne devait pas sanctionner durement la politique de M. Deguide, la ville craint que cela ne donne des idées à d’autres chefs d’établissement, dont la majorité sont parfaitement disposés à jeter ce décret à la corbeille. L’opposition y verrait aussi un signe que la majorité (PS-CDH) reconnaît que le décret Arena est boiteux et peut (doit?) donc être remanié… ou abrogé. On comprend mieux pourquoi la Communauté attend un « geste fort ».

Conscient de se retrouver au milieu d’un jeu politique complexe, Eric Deguide a indiqué ne pas souhaiter être instrumentalisé. Mais déjà on sait qu’il n’est plus le centre des discussions…

Comme souvent dans de pareils cas, le dossier ayant éclaté, les langues commencent à se délier… Certains parents lésés dont les enfants avaient été refusés ou ayant passé la nuit devant l’établissement pour inscrire leur progéniture, auraient écrit à la ville pour indiquer qu’ils se réservaient le droit de porter plainte. Une nouvelle épée de Damoclès pour le préfet rebelle. Rendez-vous le 5 mai pour l’acte 4 et l’épilogue. En espérant que les scénaristes de cette mauvaise comédie n’aient pas l’idée d’allonger la pièce.

  1. Source : Le Soir-15.04.08 []
  2. Source : Le Soir-22.04.08 []

A lire également




Vos commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Connect with Facebook

*

  1. Xavier dit :

    3 mois de suspension de salaire.

    Selon Le Soir, qui relaye des bruits de couloir, la sanction a été prise majorité contre opposition. c’est dire la valeur de cette décision qui n’est que politique.

    Suis curieux de voir si on va l’obliger à rester chez lui ou si on reconnaîtra que c’est un homme de valeur qui doit rester au poste.

    Pauvre C F (parce la B….)

  2. Vanderstappen Nicolas dit :

    Les rédacteurs de cet article publié sur un site web, qui prétend d’après son titre vouloir « partager pour mieux enseigner », n’ont peut-être pas saisi que le point de départ de tout bon enseignement est l’objectivité, qualité dont manque me semble-t-il le rédacteur de cet article qui semble courageux pour prendre des positions – se dissimulant derrière des sources incomplètes-, moins pour mettre son nom (alors que le réagissant doit le faire!!!)
    Comme je l’ai souvent dit aux détracteurs de mon ancien préfet, « venez voir le Lycée », vous serez surpris de sa multiculturalité que vous semblez lui dénier. Tout le monde est accepté au lycée, la seule chose qu’on demande, c’est de travailler.
    Si le rédacteur désire paraphraser le programme du Parti Socialiste, ou de l’ex-ministre présidente Arena, qu’il ait la courtoisie de le faire sur un blog personnel.
    Enseigner mieux, avec plaisir. Mais je ne pense pas que le nivellement par le bas soit la solution dont notre enseignement a besoin.
    Et d’attendre 2009 avec impatience…

  3. JonathanF dit :

    Cher monsieur,

    Je prends ici la liberté de vous répondre puisque vous mettez directement mon objectivité en cause. Vous semblez être convaincu de mes opinions mais vous seriez surpris si je vous livrais le fond de ma pensée sur ce dossier.

    Mon travail est d’abord de me faire le relais scrupuleux du travail des journalistes de terrain. Je ne suis pas journaliste ni grand reporter et je ne travaille pas pour un quelconque quotidien. J’essaye simplement, avec beaucoup de soin, de relayer les informations que je traque dans tous les journaux et autres médias. Et, à partir de là, d’en offrir une synthèse pertinente aux nombreux lecteurs de ce site. Il faut sans doute croire que le résultat est honorable puisque les avis négatifs ne sont pas légion. Mais c’est bien eux qui font progresser et c’est pourquoi je prends un soin tout particulier à vous répondre.

    L’avis général était que votre ancien chef d’établissement avait transgressé la loi. Ce qui est irréfutable et je ne pouvais pas ne pas le noter. Il s’est mis dans son tord, peut-être pour défendre ce qu’il pense être un enseignement de qualité, mais il méritait une sanction.

    Je veille toujours à ne pas donner « une seule direction » à mes articles et vous verrez qu’ici, je rapporte autant les propos de la majorité que de l’opposition. M. Deguide s’étant peu exprimé, je regrette de n’avoir pas eu plus d’éléments à présenter…

    Je serais ravi de venir visiter votre lycée. Si vous m’y invitez, je vous assure que ce serait un plaisir pour moi de venir y découvrir sa population et rencontrer ses enseignants. J’ai entendu beaucoup de bonnes choses sur cet établissement.

    Vous écrivez « la seule chose qu’on demande, c’est de travailler ». Je suis convaincu que c’est en inscrivant « avant l’heure » des enfants triés sur le volet et donc en fermant la porte à d’autres qui attendent le jour J fixé par la loi que vous travaillerez mieux. Du moins, vous aurez sous la main un public « choisi »… et donc aucune excuse. Je reste plus dubitatif sur l’intérêt que vous portez à la mixité sociale… Et même si vous parlez de multiculturalité, je ne suis pas certain que ce genre de méthodes l’enrichira.

    Alors, oui, ces pratiques ne rencontrent en rien les valeurs pour lesquelles des milliers d’enseignants se battent chaque jour. Cette discrimination qui ne dit pas son nom n’honore pas ceux qui la pratiquent et ce n’est pas manquer d’objectivité que de dire qu’il n’est pas honnête d’attaquer un article lorsque ce dernier se fait le défenseur de ces élèves dont certains lycées aimeraient éviter l’inscription.

    je suis contre le nivellement par le bas. Mais ce genre de pratique est-il vraiment du nivellement par le haut? Mettre sur le côté des élèves au profit d’autres est-ce vraiment relever le défi d’un enseignement de qualité pour tous? C’est justement en agissant ainsi que l’on condamne ces enfants.

    C’est mon avis. Vous voyez que mon article est plus que « light » à côté. :-) Et si je respecte M. Deguide en tant qu’homme de convictions, même si je ne souscris pas au décret inscriptions tel qu’il se présente aujourd’hui, je ne peux accepter que chaque école procède à son propre système de tri sélectif. J’ai la naïveté de penser que les élèves ne sont ni des ordinateurs ni des bouteilles en plastique…

    Pour terminer, sachez que je signe mes articles d’un pseudonyme (qui n’en est pas vraiment un, au fond) mais que je ne me cache nullement puisque je suis renseigné sur le site.

    Bien à vous,

    Fischbach Jonathan,
    Administrateur enseignons.be
    Responsable Actualité

  4. annelouise dit :

    tout à fait d’accord avec Jonathan F, j’ai du mal à penser que des enseignants puissent défendre ce préfet hors la loi qui décide d’appliquer ses propres règles. un peu de distance par rapport à vos « amitiés » et de considération pour les autres enseignants. Ceux qui eux accepteront les élèves laisés pour compte pour que d’autres puissent niveller par le haut.
    J’enseigne dans une école de bon niveau, dans une zone privilégiée et nous faison tout pour être en ordre avec la loi plus par souci de solidarité et de loyauté que par conviction prsonnelle je pense. je crois en la diversité intellectuelle et culturelle et il faut qu’elle s’applique on aura ainsi peut-être la chance de ne plus être fin de peloton dans les enquêtes (et dans la réalité) Pisa et autres. Prendre nos responsabilités d’enseignant c’est aussi s’informer de ce genre de choses pour être tous plus performants aujourd’hui dans nos classe.