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mai  08
19

Décret mixité adopté

Il ne s’agit plus d’un projet de décret1 mais d’un décret tout court. Il sera appliqué dès la prochaine rentrée scolaire.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’accouchement fut laborieux, les présidents Di Rupo et Milquet ayant même dû intervenir pour forcer l’accord en fin de semaine.

Un « détail » divisait encore le PS et le CDH : la question des écoles adossées, c’est-à-dire la possibilité pour une école secondaire de signer une convention avec une école fondamentale donnant une priorité d’inscription aux élèves qui en sont issus. Les socialistes n’en voulaient plus alors que les humanistes s’y accrochaient fermement. La poire a finalement été coupée en deux : ok pour les écoles adossées mais pour un nombre plus limité d’établissements et seulement pour les cinq prochaines années.

Terminées les files de parents – c’est du moins ce que disent les ministres PS et CDH – devant les écoles, dans le froid. Le premier arrivé ne sera plus le premier servi. Place aux critères, aux quotas, à l’inscription en trois phases… Petit hic, si le décret est sans doute plus juste, il est aussi diablement plus compliqué. Les dates se succèdent, les phases s’enchaînent… Il est probable que les parents n’y verront pas tout de suite clair. Gageons que le ministère saura communiquer intelligemment afin de leur d’expliquer, à eux et aux élèves, les enjeux et étapes du nouveau décret.

L’opposition est satisfaite

Ecolo se réjouit du retrait du « décret inscriptions » et accueille avec plaisir la suppression de la logique chronologique, la prise en compte de critères objectifs (proximité géographique, indice socio-économioque…) et le retour à une certaine autonomie pour les établissements chargés de définir leurs critères de sélection.

Le MR est du même avis mais pointe tout de même quelques faiblesses.

  1. Le décret précédent a créé un « climat de psychose » qui, selon les bleus, ne va disparaître avec le nouveau décret. Le risque de files n’est donc pas totalement écarté et, si le sentiment de pénurie devait à nouveau apparaître, les parents pourraient revenir camper devant les écoles. Et cela malgré le « saucissonnage » de la procédure d’inscription en trois phases.
  2. Les quotas voulus par le ministre Dupont risquent de stigmatiser certaines écoles et, du même coup, leurs élèves. Le MR déplore que l’on ne dispose pas, à l’heure actuelle, de critères objectifs pour déterminer ce qu’est une école ou un élève moins favorisé.
  3. La suppression des écoles adossées est une erreur car, en agissant de cette manière, on supprime également le continuum pédagogique de l’élève.

Il faudra attendre l’année prochaine pour voir si Christian Dupont a eu le nez plus fin que son prédécesseur Marie Arena et si son décret peut vraiment prétendre à renforcer la mixité dans nos écoles.

  1. Source : Le Soir-17.05.08 []

4 commentaires à propos de “Décret mixité adopté”

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21 mai2008
Pat

« La sociologie progressiste qu’incarnait particulièrement l’œuvre de Pierre Bourdieu met au cœur de l’inégalité scolaire la violence symbolique imposée par toutes les règles tacites du jeu culturel qui assurent la reproduction des « héritiers » et l’auto-élimination des enfants des classes populaires.
Mais elle en tire, selon la logique même du progressisme, deux conséquences contradictoires. D’un côté elle propose la réduction de l’inégalité par l’explicitation des règles du jeu et la rationalisation des formes d’apprentissage. De l’autre, elle énonce implicitement la vanité de toute réforme, en faisant de cette violence symbolique un processus qui reproduit indéfiniment ses conditions de possibilité.
Les réformateurs gouvernementaux ne tiennent pas à voir cette duplicité propre à toute pédagogie progressiste. De la sociologie de Bourdieu, ils tirèrent donc un programme qui visait à réduire les inégalités de l’Ecole, en y réduisant la part de la grande culture légitime, et en la rendant plus conviviale, plus adaptée aux sociabilités des enfants des couches défavorisées, c’est-à-dire, pour l’essentiel, des enfants issus de l’immigration. Ce sociologisme réduit n’en affirmait malheureusement que mieux le présupposé central du progressisme, qui commande, à celui qui sait, de se mettre « à la portée  » des inégaux et confirme ainsi l’inégalité présente au nom de l’égalité à venir. »

« La pédagogie traditionnelle de la transmission neutre du savoir et les pédagogies modernistes du savoir adapté à l’état de la société prennent toutes deux l’égalité comme but, c’est-à-dire qu’elles prennent l’inégalité comme point de départ.
Toutes les deux surtout sont enfermées dans le cercle de la société pédagogisée. Elles attribuent à l’Ecole le pouvoir fantasmatique de réaliser l’égalité sociale ou, à tout le moins, de réduire la « fracture sociale ». Mais ce fantasme repose lui-même sur une vision de la société où l’inégalité est assimilée à la situation des enfants en retard. Les sociétés du début du 19e s avouaient l’inégalité et la division en classes. L’instruction était pour elles un moyen d’instituer quelques médiations entre le haut et le bas : de donner aux pauvres la possibilité d’améliorer individuellement leur condition et de donner à tous le sentiment d’appartenir, chacun à sa place, à une même communauté.
Nos sociétés sont loin de cette franchise.
Elles se représentent comme des sociétés homogènes où le rythme vif et commun de la multiplication des marchandises et des échanges a aplani les vieilles divisions de classes et fait participer tout le monde aux mêmes jouissances et aux mêmes libertés. »

Jacques Rancière

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4 juin2008
Daouda

L’école ne fait qu’entériner une situation sociétale dans laquele elle est elle-même inscrite.
Si parfois, pour certains individus particuliers, l’école peut consister en ce fameux « ascenseur social », elle ne sera jamais qu’un médium utilisé par quelques personnes remarquables qui ont décidé de « réussir » leur vie malgré une origine sociale modeste. L’école a au moins ce mérite : elle sert à quelque chose pour ces individus particuliers, voire exceptionnels, qui acceptent de jouer le jeu de l’école et qui acceptent de croire en elle et dans les perspectives d’avenir qu’elle offre.
Dans la majorité des cas, l’école n’empêche pas les schémas familiaux de se répéter. Les enfants d’universitaires iront très probablement à l’université. Dans certaines familles (du côté de Charleroi, pour faire dans le stéréotype) on pointe depuis trois ou quatre générations …

3

6 juin2008
Brouyère Jacqueline

Je trouve amusant le lien obligé que l’on fait entre réussite scolaire (dans une « bonne école » s’entend)et réussite sociale. Au lieu de vouloir à tout prix transformer tous les enfants en Einstein, pensez donc à ceci.
Pour remettre un joint d’étanchéité à votre robinet qui fuit, le plombier vous demande 75 € + 30€ de déplacement. Coût de la rondelle 0,02€, durée du travail 12 min. Une coupe de cheveux vous coûte en moyenne 50€.Un simple entretien de votre voiture vous coûte minimum 300€.
Par comparaison, une visite chez le médecin vous coûte 19 € (dont12,88€ vous seront remboursés), un cours particulier vous coûte 25 € pour une heure(aucun prof n’osera vous comptabiliser en plus l’heure qu’il a passée à préparer le cours ni celle qu’il passera à corriger les exercices, ni son déplacement …. comparez avec le plombier !!!),un chercheur à l’université gagne moins de 2000 € par mois.
Voilà pour les gens ordinaires, mais que dire des « talents » ! Un sportif de renommée gagne autant en un match qu’un prix Nobel en une vie (l’argent de ces prix étant redistribué pour la recherche), et il en va de même pour les vedettes de la chanson et du cinéma.
Alors, pourquoi ne pas permettre aux enfants de s’épanouir pleinement en fonction de leurs possibilités réelles, que celles-ci soient sportives, techniques,artistiques ou intellectuelles, plutôt que de vouloir uniformiser l’enseignement par décret, et ainsi interdire le développement des talents individuels quels qu’ils soient ?

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