Note2be. ce nom ne vous dit peut-être rien. Sachez pourtant qu’il a provoqué, il y a quelques mois, une mini-révolution chez nos voisins français. Né des oeuvres d’un certain Stéphane Cola, chef d’entreprise, Note2be est à l’élève ce que le bulletin est au professeur… Entendez que sur ce site Internet, les élèves peuvent évaluer à leur tour leurs professeurs, les gratifier d’un sévère zéro ou d’un élogieux vingt sur vingt… tout cela sur base de différents critères comme «intéressant», «clair», «disponible», «équitable», «respecté» ou «motivé». Les professeurs avaient également la possibilité d’entrer dans un top 5 et leur établissement dans un top 10.
Le succès avait été au rendez-vous. En mars dernier, le site enregistrait 100 000 connexions par jour, selon les responsables, et comptait près de 50 000 professeurs évalués.
La communauté enseignante s’était émue que l’on livre ainsi les professeurs en pâture.1 Claudie, enseignante de SVT (sciences de la vie et de la terre), avait été « surprise et agacée » de découvrir ses notes : «Un 14 en clarté» et «un 9 en disponibilité». Ajoutez à cela que les noms et les affectations des fonctionnaires étaient affichés sur le site et visibles par tous, qu’aucun droit de réponse n’était offert et vous comprendrez aisément le courroux de nos collègues français.
Voilà le type-même de décision irresponsable et démagogique. Un élève est un être en devenir. Sa fonction est d’apprendre. Par définition, il ne peut être en situation de juger celui qui lui enseigne ce savoir. Cette énième soumission au jeunisme est la porte ouverte à toutes les dérives. Un professeur n’est pas un « prof », il n’a pas à être « sympa », ni drôle, ni cool, et encore moins sexy. Et s’il doit être apprécié et respecté par ses élèves, c’est uniquement pour la maîtrise de sa matière, ses exigences et ses aptitudes pédagogiques.2
Patrice Wach est prof de maths. Cette histoire de site ne l’a pas perturbé.
Que les élèves n’aiment pas les profs, il n’y a rien de nouveau. Le seul aspect gênant, c’est la trace écrite. Tout le monde est d’accord pour évaluer les professeurs ; le problème c’est comment le faire. Le système d’inspection n’est pas au point. Quant à l’avis des élèves, il n’est pas nul, même s’il ne peut être un élément déterminant pour savoir si tel ou tel est un bon prof.
Et les élèves? A lire leurs réactions, le concept ne suscite pas chez eux un enthousiasme débordant. Certains font même preuve, sur la question, d’une maturité plutôt étonnante.
Un prof, ça ne se note pas. D’ailleurs, on ne voit pas trop l’intérêt. On sait qu’un prof est digne de l’être parce qu’il a passé un concours , l’a réussi et a donc déjà été évalué.3
C’est un peu lâche. Je ne vois pas trop à quoi cela va servir. C’est limite « débile » comme procédé. Les profs, on en parle assez entre-nous dans les couloirs, on va pas en plus les noter sur Internet.
Reste que tous ne pensent pas ainsi. La journaliste Catherine Walgenwitz a enquêté dans différentes écoles de la région marseillaise. Il ressort que les élèves les plus critiques seraient plutôt issus de catégories dites favorisés. Ainsi, un établissement catholique privé a récolté un nombre important de votes d’élèves qui ont littéralement massacré leur prof de sciences de la vie et de la terre.
Le débat était donc lancé… fallait-il étendre cette initiative? Allait-on laisser aux jeunes le soin de procéder à ce que beaucoup d’enseignants ont vécu comme un lynchage?
Les tribunaux n’ont pas attendu que la question soit creusée avant d’ordonner la suspension du site. Rapidement saisis par des centaines de professeurs en colère, ils ont condamné «l’utilisation de données nominatives d’enseignants aux fins de leur notation et de leur traitement ainsi que leur affichage sur les pages du site.4» Note2be est alors entré en hibernation, le temps de procéder à un rapide toilettage et de revenir, il y a quelques jours, sous une forme nouvelle. Plus de recherches par professeurs et les données antérieures au jugement effacées. Le site est à nouveau fonctionnel et prêt à recevoir la visite de tous les collégiens et lycéens de France. Certaines améliorations sont même à l’étude comme la possibilité d’offrir un droit de réponse aux enseignants notés…
non, putin, se cite est a nou et les profs on nen veu pas ici.kan ils nou note nou on conteste pa alor il ne peuve pa constesté no note. Vive note2bi !!!!5
Je pense que les profs devrait avoir le droit de répondre, à près tout même dans un tribunal ou il y a un accusé (ce qui n’est pas le cas ici) peut se défendre, il ne sagirait donc pas forcement de se défendre vu qu’ils ne sont pas accusés mais au moins peut étre expliquer e qui pourait causer certaines notes.6
Récemment, la RTBF évoquait la possibilité de voir naître semblable initiative chez nous. On peut imaginer que pareille liberté laissée à leurs voisins français a donné des idées à nos élèves. Comment se présentera cet outil? Comment les enseignants belges réagiront-ils? Verra-t-on un site wallon, un site flamand et un site bruxellois ou les proffesseurs seront-ils jugés au sein d’un même site belge? Quid des différents réseaux? Une chose est sûre, chez nous, terre de surréalisme, le (peut-être futur) pendant belge de Note2be va faire du bruit…
- Source : Libération – 4.03.08 [↩]
- Source : http://blogs.alsapresse.com [↩]
- Source : http://journal-lamarseillaise.net/new/index.php [↩]
- Source : Libération – 4.03.08 [↩]
- Source : Jecce – http://www.note2be.com/forum/topic/2 [↩]
- Source : Alexkastler – http://www.note2be.com/forum/topic/2 [↩]
Imaginez un instant l’inverse ! Que nos commentaires de bulletins et conseils de classe soient public sur Internet. Quel tollé cela déclencherait !!
Sinon, sur le fait de demander l’avis des élèves, pourquoi pas. C’est la publicité qui me déplait.
Bonjour,
Personnellement ce qui me dérange c’est de noter les profs plutôt que les cours qu’ils donnent. Que le prof soit un gros idiot, on s’en doute (surtout du côté élève
et ça n’apporte rien de le signaler, par contre que ce cours en particulier n’ait pas été compris, cela me semble beaucoup plus intéressant.
De plus, venir avec de tels slogans comme « buse ton prof! ». C’est déjà mal parti… surtout pour la rentrée
Bonne journée.
Phano.
Cela existe déjà depuis 2007 aux Pays Bas
http://www.beoordeelmijnleraar.nl