Il l’avait dit lors de son entrée en fonction. Le ministre Dupont voulait renouer avec « la base », les enseignants, sur le terrain. Il a donc passé ces six derniers mois à rencontrer les différents acteurs de notre système éducatif, pointant les forces mais aussi les faiblesses de notre enseignement.
Interrogé vendredi par Philippe Berkenbaum, journaliste au Soir, il dresse un premier bilan et dévoile ses priorités pour la fin de la législature1.
1. Lutter contre le redoublement. Le ministre juge (il n’est pas le premier et nous ne pouvons lui donner tord) que ce dernier n’a aucune valeur remédiatrice. Il faut selon lui « inviter » les enseignant à enfin travailler ensemble. Le manque de continuité dans le passage d’un enseignement à un autre et même d’une année à l’autre est inacceptable. Les professeurs feraient « la fusée Ariane » chacun dans leur coin alors qu’un bon résultat ne peut être atteint que s’il est le fruit d’un travail collectif. M. Dupont n’envisage pas de nouvelles réformes mais penche plutôt pour « une profonde réflexion qui implique tous les acteurs et fasse remonter des solutions d’en bas ». Il invite aussi les enseignant à pratiquer davantage, et plus tôt, la remédiation (tenter de nouvelles techniques d’apprentissage, passer le témoin à un collègue dans une autre classe). D’abord pour éviter le décrochage de l’élève et ensuite pour éviter toute marchandisation de l’échec scolaire.
2. Une meilleure formation des enseignants. Christian Dupont en est convaincu, la formation des professeurs devra à terme passer de trois à cinq ans. Il mettra l’accent cette année sur la formation continue des enseignants qui, selon lui, est nettement insuffisante et peu cohérente. Un tri des formations proposées et des différents marchés s’impose…
On ne fera pas de la qualité ni de l’excellence sans donner aux enseignants la possibilité de réfléchir, de souffler, de se voir proposer un certain nombre d’alternatives pédagogiques.
3. Le recrutement de 1 200 enseignants. Marie Arena les avait promis. Ils sont prévus dans le décret sur l’enseignement différencié et devraient permettre de venir en aide aux élèves en difficulté. Si le texte n’est pas encore prêt – le ministre souhaite encore rencontrer les directeurs et enseignants des écoles en discrimination positive – Christian Dupont l’affirme : on le fera ! Répétant qu’il est indispensable de recruter de nouveaux enseignants, le ministre déclare ceci :
Moi, je veux l’excellence pour tous, c’est-à-dire chacun à 90 % de ses talents. Je ne peux me résoudre à ce scandale, ce gaspillage humain qui hypothèque l’avenir de la Communauté Wallonie-Bruxelles.
4. Éviter la sélection précoce qui oriente vers des filières moins « valorisées ». Le ministre continuera de communiquer sur l’importance du CEB (Certificat d’études de base) et la nécéssité de continuer les évaluations externes qui sont un précieux outil diagnostique.
Le ministre pointe encore le sport à l’école dont il veut renforcer la grille (passer à 3 heures d’éducation physique au lieu de 2 dans le primaire) et les liens entre les parents et l’école. A la FAPEO qui réclame un décret pour régler les relations parents-écoles, le ministre dit être bien conscient de l’importance du rôle des parents et prévoit même de donner des cours de langue de l’enseignement aux parents qui en ont besoin, pour qu’ils comprennent les bulletins et autres documents parfois obscurs pour les non-initiés.
Notons encore qu’il ne déplairait pas au ministre de rempiler pour un nouveau mandat après les élections de 2009.
Je suis là pour travailler sur le long terme, même si mon terme sera peut-être court.
En attendant, il reste quelques mois… et quelques décrets à faire passer au plus vite !
- Source : Le Soir – 30.08.08 [↩]
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Et 1.500 € de prime pour les enseignants débutants.
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/08/27/01016-20080827ARTFIG00420-enseignants-debutants-euros-de-prime-.php
Pas de chance, c’est en France
« Christian Dupont en est convaincu, la formation des professeurs devra à terme passer de trois à cinq ans »
Voilà la mort des Hautes Ecoles pédagogiques et des milliers d’enseignants sur le carreau. Tout pour les univs et les gens des campagnes obligés de casquer pour se rendre en ville. En tant qu’habitant de la province de Luxembourg, je vais demander le rattachement à la France ou au Grand-Duché vu que dans quelques années, il n’y aura plus de Haute Ecole en Luxembourg. Merci au PS, je m’en souviendrai en juin 2009.
« Éviter la sélection précoce qui oriente vers des filières moins “valorisées”. »
La sélection fait partie de la nature, humaine ou animale d’ailleurs. Tout le monde ne peut pas résoudre des intégrales ou à contrario savoir monter un mur droit. Le problème est à prendre à l’envers : valoriser comme en Flandre les filères techniques et surtout professionnelles pour donner le goût aux enfants plus manuels de se lancer dans le bâtiment, la mécanique, la menuiserie. C’est paradoxal que les entreprises et les indépendants pleurent pour trouver des ouvriers du bâtiment, des plombiers, … n’en trouvent pas et préfèrent dès lors faire appel à de la main d’oeuvre souvent illégale à l’Est.
Quand les politiques vont-ils comprendre que certains de nos jeunes n’ont rien à cirer des math, du français, des sciences et qu’il faudrait au contraire leur proposer des formations en entreprise où ils pourraient non seulement prendre goût avec ce type de travail mais se rendre utiles, eux qui considèrent l’école comme inutile. Les centres CEFA sont une solution mais il faudrait généraliser ce système pour TOUS les élèves du professionnel au lieu de les laisser errer dans des écoles où ils s’ennuient comme des rats morts. Et au contraire du ministre, je pense que cette sélection doit se faire le plus tôt possible, ainsi ils auraient déjà une longue pratique de leur futur métier. Garder ce type d’élèves dans les écoles coûte non seulement très cher mais en plus la plupart ne terminent quand même pas le cycle secondaire. C’est absurde !
« Marie Arena les avait promis. Ils sont prévus dans le décret sur l’enseignement différencié »
Encore une grosse fumisterie. J’ai examiné la grille de 1re différenciée et j’ai failli m’étrangler en voyant que ces élèves vont devoir suivre un cours de langue (3h). Ils ont souvent bien du mal à parler français et on va leur compliquer l’existence avec des cours d’anglais de néerlandais ou d’allemand ! Le ministre Dupont est un ancien prof mais c’était il y a longtemps apparemment parce qu’il a sûrement jamais dû donner cours en 2e professionnelle avec 10 Portugais, 3 Français, 2 Luxembourgeois et 2 Belges. Je souhaite bonne chance aux profs de langue et ils ont intérêt à être polyglottes. La seule bonne mesure est évidemment le renforcement en français et en math même si l’on peut craindre qu’il ne soit malheureusement déjà trop tard pour eux. C’est en 1re et 2e primaire qu’il faudrait instaurer ce système pour des enfants de milieux défavorisés ou de parents étrangers. C’est là où tout commence et un mauvais départ est très difficile à rattraper. Début du secondaire, c’est trop part… souvent.
Je pense que si la formation devait passer de 3 à 5 ans, les enseignants se verraient proposer une équivalence contre une formation/remise à niveau.
La formation continue, c’est ça aussi, non?
A l’ouest..rien de nouveau! Et élections en vue.
Une priorité que le ministre devrait ajouter à sa liste: l’éducation citoyenne.
Un article du Soir: http://www.lesoir.be/actualite/belgique/enseignement-le-professionnel-2008-09-01-633645.shtml
Mes commentaires: http://echocynique.blogspot.com/2008/08/triste-constat-nos-jeunes-ne-savent.html
A Franufle
« Quand les politiques vont-ils comprendre que certains de nos jeunes n’ont rien à cirer des math, du français, des sciences et qu’il faudrait au contraire leur proposer des formations en entreprise où ils pourraient non seulement prendre goût avec ce type de travail mais se rendre utiles, eux qui considèrent l’école comme inutile. »
A nuancer fortement.
Les intégrales, d’accord, mais les bases des maths?
J’ai donné cours à des peintres du bâtiment.
J’ai passé deux heures à leur expliquer comment passer d’un prix TVAC à un prix HTVA.
Pour eux « 2+1 gratuit », c’était une réduction de 50%
Et que dire alors de la formation citoyenne!
En réponse à echocynique
Tout à fait d’accord, c’est d’ailleurs le principe des centres CEFA, trois jours en entreprise et deux jours de cours avec essentiellement les bases de math et de français et des activités CONCRETES comme celle que vous décrivez.
« Le redoublement n’a aucune valeur remédiatrice »
Pourquoi nos élèves ne savent-ils pas lire en sortant de 6ème primaire ? Peut-être parce qu’ils n’ont pas redoubler leur 1ère ou leur 2ème ???
Est-ce si malsain de redoubler ? De recommencer une année car les compétences minimales exigées pour passer dans la classe supérieure n’ont pas été atteintes ? Qu’on arrête de se chatouiller pour se faire rire… On tente désespérément de mélanger le « vieux système » avec les pédagogies modernes… Abération dans le système belge…
Pourquoi les Scandinaves y arrivent et pas nous ? Peut-être parce que le budget et la manière d’organiser les choses sont complètement différents peut-être ?
Qu’on arrête de fusiller l’enseignant qui fait ce qu’il peut avec une classe de 20 gosses devant lui… 20 gosses sur une période de 50 minutes cela équivaut à environ 2,3 minutes à accorder par élève, sans compter l’arrivée en classe et la préparation du matériel (cahier, stylo, etc…)
Voilà le pourquoi de l’échec de notre enseignement…
Engager plus d’enseignant, c’est réduire les exigences en matière de NTPP, changer le mode de calcul. Engager plus d’enseignant, c’est les motiver d’une manière ou d’une autre (revalorisation sociale, revalorisation salariale conséquente (et pas 4 malheureux pourcents d’augmentation sur 65 ans ^^),…). Engager plus d’enseignant c’est leur donner les moyens de vraiment différencier leur enseignement en leur fournissant le vrai matériel nécessaire rapidement,…
Pleureur et faire des réformes bout de ficelle, ça ne sert à rien, mis à part tous les faire fuir !!!
Il n’y a pas d’argent pour ça ? peut-être faudrait-il revoir la manière de fonctionner de nos gouvernements, en gérer les cabinets, les personnels, les frais de fonctionnements, les … de nos ministères, peut-être on en gagnerait de l’argent !
Oui, un vaste refinancement serait peut-être une partie de la solution mais il faudrait d’abord arrêter la gaspillage engendré par la multiplicité des réseaux. Des écoles de réseaux différents distantes de quelques centaines de mètres parfois qui organisent le même type d’enseignement avec bien souvent une grande convergence des options ! Je pense qu’il faudrait harmoniser l’offre pour éviter ce genre de doublon ô combien fréquent. Mais on sait qu’un certain réseau refusera ce genre de démarche… dès lors…
Franufle, essayez déjà de ne faire qu’un réseau avec la Province, la CF et le Communal et vous verrez que rien n’est simple !
Qui a eut l’occasion d’effectuer une lecture du programme (allez voir sa dernière date de parution!)? Là aussi, on trouve aisément quelques réponses au décrochage scolaire actuel (Tracé de bissectrices, médiatrices…les fractions complexes…les natures de mots et les fonctions dans la phrase composée (les phrases emphatiques, ça vous dit quelque chose?)… et j’en passe.
Quand il faut donner un cours de géographie à une classe composite, alors que la matière à voir est complètement différente, c’est du sport!! Mais évidemment, ce sera encore l’incompétence de l’enseignant que l’on mettra en avant si le programme n’est pas bouclé en fin d’année…
Ce n’est pas l’octroi d’enseignants supplémentaires qui va résoudre le problème comme par magie!
Il faut savoir que les heures d’aide auxquelles les écoles ont droit sont fractionnées entre plusieurs personnes et finalement, c’est l’enfant qui en pâtit.
En plus de mon horaire presque complet dans mon degré, je dois prester les 4 heures hebdomadaires manquantes dans les 2 autres niveaux, dans 3 écoles différentes en tout et c’est ça que l’on entend par « enseignants supplémentaires »? Merci pour les préparations à domicile, j’ai 2 fois plus de travail qu’avant!
Et moi, qui va m’aider?
“Christian Dupont en est convaincu, la formation des professeurs devra à terme passer de trois à cinq ans »
Il y a déjà une pénurie d’enseignants, en agissant de la sorte, les jeunes se tourneront vers des études universitaires…
S’ils ont le choix entre médecine (5 ans d’université) et enseignement (5 ans de Haute Ecole), ils opteront pour le salaire qui est le plus élevé… Et donc, le manque de professeurs ne fera que s’accroître!
Et à quand la dépolitisation, qui met actuellement en place aux postes importants (inspection, direction, conseillers pédagogiques, proviseurs) uniquement ceux qui ont la « bonne carte ». Et parmi ceux-là, quelques incapables de haut vol dont la seule ambition est double: fuir la classe tout en ayant un titre ronflant et un salaire plus élevé.
A quand des désignations sur base du dossier pédagogique et supervisées par des personnes indépendantes?
Ok Joelle,
Je note, tout en vous en laissant la responsabilité, que vous considérez que l’on choisit l’enseignement parce que les études sont courtes…
Expliquez moi alors pourquoi des licenciés enseignent-ils?
à Michel
Oui bien sûr il y a là aussi un grand gaspillage d’énergies, de forces et d’enthousiasmes même si ce n’est pas la cause unique des problèmes que nous vivons (il n’y a d’ailleurs jamais de cause unique mais des conjonctions accidentelles qui conduisent à ce qu’on nomme après coup des « nécessités ».) Nier cependant ce que vous soulignez relèverait de la mauvaise foi. J’ai vu cela partout. Encore une chose malgré tout : ce n’est pas de « dépolitisation » ou de « politisation » dont il faudrait parler, mais de privatisation, privatisation de « Familles » qui considèrent la fonction publique comme leur pré carré. La politique concerne le bien de tous, la privatisation le bien d’un seul ou de quelques uns. Cette « privatisation » s’est frayée un chemin dans les méandres obscurs et tortueux de ce qu’ils osent nommer « politique » (les mêmes qui font de la « citoyenneté responsable » un slogan de marketing « politique »). Déprivatisons donc.
« Est-ce si malsain de redoubler ? »
Oui parce que cela diminue la confiance en soi des élèves. Il est prouvé au Nord (notamment en Suède) que les élèves réussissent davantage lorsqu’en étant faibles dans une matière ils suivent des cours en plus petite classe avec un prof qui a davantage de temps pour eux. A contrario laisser passer des élèves avec des lacunes en les reléguant dans des sections où il n’apprennent que le minimum c’est les féliciter et les encourager à ne pas faire d’effort pour évoluer!
Tout à fait d’accord de revaloriser les options techniques et professionnelles nous en avons cruellement besoin! Mais former des ouvriers ouverts, cultivés et réfléchis cela est tout à fait possible! Pourquoi vouloir cloisonner ces filières? On ne peut pas être manuel et intellectuel? Notre cerveau serait programmé pour une seule fonction?
Je veux aussi répondre que je suis choquée de voir qu’on voudrait qu’un enfant ou jeune ado décide de son avenir le plus tôt possible! L’avenir serait ainsi muré et n’essayons même pas d’éveiller un quelconque intérêt pour une autre matière que ce dont ils ont besoin pour monter un mur ou faire la cuisine! Et la culture générale, et apprendre à réfléchir, apprendre à s’ouvrir sur le monde et déconstruire des préjugés pour essayer de vivre ensemble avec plus d’harmonie, et apprendre à voter en connaissance de cause, comprendre son contrat et sa fiche de paie, écrire une lettre convenablement, connaître son corps, communiquer avec les deux autres populations de ce pays? Bref, apprendre à être un citoyen à part entière et non un citoyen pour certaines parties de la vie! Doit-on toujours apprendre aux élèves le moindre effort et rester centré sur leur propre vie et propres intérêts? L’Ecole a d’autre fonctions non?