Philo Vs Sport : Tarabella s'explique

C’est une petite bombe. Le PS a peut-être trouvé son Destexhe en la personne du ministre de la Jeunesse. L’idée de Marc Tarabella de supprimer les cours de religion et morale pour les remplacer par des heures d’éducation physique à secoué le monde de l’enseignement. De nombreux professeurs de cours philosophiques se sont émus que l’on puisse envisager de toucher à ce qu’ils considèrent comme un des derniers espaces où le jeune peut être formé à la citoyenneté critique. Les citoyens, eux, ne considèrent pas la « chose » comme taboue. Les sondages Internet ont montré ces derniers jours qu’un internaute sur deux est plutôt favorable à cette idée. Ce chiffre monte à 75% sur le site du quotidien (catholique) Vers l’Avenir. Le débat est ouvert…

Penser ou courir? Faudra-t-il bientôt choisir?

Interrogé par Vincent Peiffer pour le Télémoustique, le ministre s’explique. Et nuance1.

Selon lui, il n’est pas obligatoire de supprimer ces cours. Même dans des horaires qui ne sont pas extensibles, il est toujours possible de trouver quelques heures de fourche ou des heures dites « d’étude » à consacrer au sport. L’Allemagne, par exemple, a prévu de consacrer les matinées des élèves aux cours afin de dégager des heures de sport l’après-midi.

Ce qui gêne M. Tarabella dans les cours philosophiques tels qu’ils sont donnés actuellement (et tels qu’ils ont toujours été donnés), c’est que, selon lui, la religion comme la laïcité (!) relèvent du domaine strictement privé. Ces cours devraient idéalement être dispensés ailleurs.

En revanche, le ministre se dit en faveur d’un cours de philosophie à l’école… ou un cours d’éducation civique, au choix (le ministre suggère une heure d’instruction civique par semaine puis deux heures de philo dans le supérieur). Et en promouvant le sport, Marc Tarabella veut mettre en avant des valeurs comme le dépassement de soi, la solidarité, le respect des autres et de l’autorité. Il n’en démordra pas : le physique et l’intellect sont liés.

Le cours de religion, facteur de division?

Je ne suis pas un antireligieux. Mais j’aimerais que jeunes laïcs, catholiques, musulmans ou autres aient un cours de philosophie générale et d’histoire des religions en commun, qu’ils sachent ce qu’est la religion de l’autre. Ce serait une école d’écoute de l’autre, de tolérance. Or, aujourd’hui, les cours de religion installent une division entre jeunes dès l’entrée à l’école.

On imagine aisément que les professeurs de religion ne partageront pas l’avis du ministre. D’autant que son idée pourrait relancer la guerre scolaire… Le réseau libre a déjà fait savoir qu’il ne voulait pas en entendre parler. Qu’à cela ne tienne, M. Tarabella propose de commencer par le réseau officiel… laissant ainsi le choix aux parents : instruction civique puis philo dans l’officiel, ainsi que de nombreuses heures de sport… ou religion dans le libre.

Si l’idée continue à faire son chemin, notre pays pourrait bien ranger les cours de religion et morale au placard, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays comme la France,  l’Allemagne ou les Pays-Bas. Chez nos voisins francophones, où le grand principe de l’enseignement est la laïcité, l’éducation civique est déjà au programme dès l’école primaire jusqu’à la fin des études obligatoires. Les jeunes français y apprennent les règles du comportement en société mais sont aussi initiés à la problématique des Droits de l’Homme, de la Justice et à la philosophie.

Une conception de l’enseignement laïque que partage le collectif R.A.P.P.E.L (Réseau d’action pour la promotion d’un État laïque). Bien avant la sortie du ministre de la Jeunesse, ces citoyens engagés, philosophes, pédagogues, enseignants, médecins… mais aussi catholiques, musulmans, athées… mais tous laïques, se sont déjà prononcés pour un enseignement débarrassé des dogmes, traditions et particularismes culturels … qui découlerait naturellement d’une laïcité politique dans la Constitution belge et dans les dispositifs légaux des entités fédérées. Partisans de la suppression des cours philosophiques, qu’ils jugent dépassés, les membres du R.A.P.P.E.L défendent plutôt un cours de philosophie où « la méthode scientifique et libre exaministe prévaudrait sur les spécificités culturelles, philosophiques et religieuses de chacun.2 »

Nous avons souhaité avec l’avoir l’avis de celle qui a créé le R.A.P.P.E.L, Nadia Geerts, philosophe et professeur de morale. Une exclusivité « enseignons.be« .

Que pensez-vous de cette proposition de notre ministre?

J’y vois du bon et du moins bon. Le bon, c’est qu’il jette un pavé dans la mare en proclamant, à raison selon moi, que les convictions religieuses et philosophiques n’ont pas à être enseignées à l’école. Le moins bon, c’est qu’il en déduit qu’il faut supprimer les cours dits « philosophiques » pour les remplacer par des heures de sport. Or, pour moi, la formation philosophique est quelque chose d’essentiel. J’entends par là non pas l’enseignement de l’histoire de la philosophie, mais l’enseignement d’une pratique philosophique, ce que Michel Tozzi définit par conceptualiser, problématiser et argumenter.

Pourquoi le cours de morale est-il encore important?

Le cours de morale est important en ce qu’il développe la capacité de penser, de s’interroger, de remettre en question ses certitudes, par le biais de la confrontation aux idées d’autrui (autrui pouvant être un auteur comme un élève). C’est un espace de débat avant toute chose, et nos élèves manquent déjà cruellement de formation au débat, à l’argumentation, à la confrontation intellectuelle.

Cela dit, j’ai déjà dit et je répète que les cours dits « philosophiques », à mon sens, sont un reliquat de la Belgique du 19ième siècle qui n’ont aucun fondement rationnel. Il serait infiniment plus porteur de réunir dans une même classe des élèves de convictions différentes que de rassembler les élèves en fonction de leurs convictions religieuses ou philosophiques.

Le ministre a-t-il raison lorsqu’il pense que la laïcité ne devrait pas avoir sa place dans la sphère publique?

Je crois me souvenir qu’il a dit que les religions, ou les convictions philosophiques et religieuses, n’avaient pas leur place dans la sphère publique. En cela, je suis d’accord avec lui: l’école, selon moi, a à transmettre des savoirs et des compétences, en aucune manière des dogmes ou des croyances. L’éducation religieuse ne devrait donc pas se faire à l’école, mais à la maison ou au catéchisme. Rien n’empêche en revanche d’enseigner le phénomène religieux, son symbolisme, son histoire, son esthétique, etc.

Et la religion? Doit-elle, elle, rejoindre la sphère privée? Deux poids, deux mesures?

Comme je l’ai expliqué précédemment, pour moi, les convictions (qu’elles soient d’ailleurs religieuses, philosophiques ou politiques) n’ont pas à être enseignées à l’école. C’est exactement comme si on donnait un cours à option où les élèves pourraient choisir entre un cours de socialisme et un cours de libéralisme. Non ! On peut leur expliquer, à tous (quelle que soit leur sensibilité politique) ce que sont le socialisme et le libéralisme, mais pas leur apprendre à en être.

Cela dit, je ne parlerais pas de laïcité, mais d’incroyance. L’incroyance est une conviction au même titre que la croyance en tel ou tel Dieu. En revanche, la laïcité est un principe d’organisation politique de séparation des Eglises et de l’Etat, donc du droit et de la foi. Ce principe est fondamental et n’empêche en rien la croyance en un Dieu. Pour moi, l’Etat belge devrait donc être laïque, et les écoles respecter ce principe de laïcité. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai créé le R.A.P.P.E.L.

Vous êtes donc pour un cours de morale dispensé à tous les élèves, quelles que soient leurs convictions? Ou à tout le moins, un cours de pratique philosophique?

Oui, je suis favorable à un cours unique pour tous, qui selon moi pourrait parfaitement reprendre à peu près le contenu de l’actuel cours de morale, mais qu’il faudrait évidemment rebaptiser pour éviter qu’il soit associé à l’ancien cours de morale.

Selon nous, il devrait être possible de « recycler » les professeurs de morale et de religion (ou du moins nombre d’entre eux) par le biais d’une formation permettant à tous de donner le futur cours, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques personnelles.

Les cours philosophiques sont condamnés à évoluer, à court et moyen terme. Reste à voir si notre système éducatif est prêt à faire le pas et si nos politiques oseront prendre le risque de bousculer notre fameux système de réseaux scolaires.

  1. Source : Télémoutsique – 6.09.08 []
  2. Source : http://rappel.over-blog.net/article-19229103.html []

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27 réponses à Philo Vs Sport : Tarabella s'explique

  1. echocynique dit :

    C’est beau les équipes socialistes en Wallonie.

    Tarabella, ce n’est pas le ministre (in)compétent de la jeunesse de la Région?

    Coup bas au ministre Dupont.

    La place des cours philosophiques est tout autre, c’est l’ensemble de la vision de l’enseignement qui doit être repensé.
    Par exemple les résultats de l’étude de l’Aped qui montre à quel point nos élèves sont loin d’être des citoyens responsables, les brochures financés à grand frais pour la promotion de la gauche avant les élections (http://echocynique.blogspot.com/2007/10/lextrme-droite-la-cible-cest-toi.html), les brochures sans sens critique sur l’homosexualité dans laquelle la communauté française a même retiré deux pages, des programmes de cours qui privilégient la vision de gauche, le guide du respect qui fait l’apologie d’une vision de la sexualité qui est partisane, et j’en oublie certainement.

    Bien sûr qu’il faut revoir les cours « philosophiques ». Bien sûr qu’il faut éduquer nos jeunes au sens critique.

    Mais notre ministre de l’enseignement le veut-il?

    Car alors les élèves rigoleront bien quand ils liront que « 1.000 profs supplémentaires » ne font que 1%, que le ministre Daerden ment ou se trompe quand il dit que 80 millions cela fait 400 euros par chacun des 40 millions de ménages wallons (http://echocynique.blogspot.com/2008/08/le-ps-vous-trompe-vive-le-ps.html)

    Pauvre CF

  2. rigaton dit :

    Je préfère ne faire qu’un commentaire succinct : licencié en philosophie, je n’ai jamais donné cours de philo (que j’adorais). Ils sont bien souvent bloqués par des relations de connivence et des connexions amicales. Il est vrai que le concept aristotélicien de « philia » n’est pas fait pour le chien de Diogène.

  3. pat dit :

    « Chaque jour, on tend à supprimer un peu plus de liberté individuelle. Et on en trouve toujours pour applaudir. » in Candide 1939

  4. Alain Destexhe dit :

    J’ai beau chercher je ne vois pas de lien entre Tarabella et moi. Alain Destexhe

  5. JonathanF dit :

    Le côté franc-tireur peut-être. ;-)

  6. Quotide dit :

    L’Ecole, dans la plupart des pouvoirs organisateurs, interdit tout signe ostensible d’appartenance à une religion par peur de prosélytisme… mais elle accepte que ces mouvements religieux soient représentés dans l’enseignement officiel par actuellement six cours distincts délivrés à raison de deux période par semaine. Cherchez l’erreur!

    Sans oublier que bien réconfortées par le nombre grandissant de leurs adeptes, d’autres religionns frappent à la porte de la Communauté française afin d’en être reconnues et de pouvoir offrir les mêmes avantages: les bouddhistes, les témoins de jéhovah, l’église de scientologie… en attendant d’autres sûrement… Bonjour l’organisation !

    L’arme absolue dressée contre la suppresssion providentielle (ben oui …) de ces cours philosophiques est que la Constitution belge a accordé les droits inhérents à cette situation qui devient ubuesque.

    Mais la Constitution n’est pas intangible. Il suffirait de déclarer le prochain parlement élu « constituant » et de s’accorder sur les articles à modifier.

    Messieurs les parlementaires, au boulot !

  7. franufle dit :

    « C’est beau les équipes socialistes en Wallonie. »

    C’est vrai qu’avec les libéraux, on serait sauvé. Avec Hazette et son école de caïds genre modèle américain. Son idée du bac qui n’apporte rien, surtout quand on constate les dérives du bac français que tout le monde obtient ou presque. Reynders qui vendrait sa mère pour devenir premier ministre. Belle équipe aussi ! Et je précise que je n’ai pas ma carte PS, je serais plutôt RWF ! Je ne savais pas que ce site était une tribune politique. Evitez ce genre de propos partisans qui ne font pas avancer le schmilblic, on est tous dans la même galère !

    “Chaque jour, on tend à supprimer un peu plus de liberté individuelle. Et on en trouve toujours pour applaudir.” in Candide 1939

    « Le côté franc-tireur peut-être. »

    Ce serait plutôt le genre à tirer dans le dos !

    La liberté, c’est d’abord le respect des croyance de chacun, ce qu’une certaine Eglise a mis 2000 ans par admettre (et encore…). Etre tolérant avec les intolérants ? Non, merci.

  8. echocynique dit :

    A franufle
    lol

    Je ne commencerai pas un débat politique. j’ai un blog pour cela.

    Je mettais en avant le fait que je ne comprends pas pourquoi le ministre Tarabella prend une initiative qui n’est pas de son ressort mais bien d’un ministre d’un autre exécutif mais de son propre parti. Merci de m’expliquer.

    Quant aux brochures imprimées à grands frais, distribuées partout mais utilisées avec parcimonie (c’est peu dire), lisez moi et dites moi si c’est un exemple d’objectivité et de présentation honnête des choses.

  9. Jeune prof d'EP dit :

    Tout à fait pour…

    Etant jeune professeur d’éducation physique ne trouvant pas de boulot, et étant surtout athée…

    M’enfin, je vais arrêter de rêver ça ne se fera pas…

  10. mel dit :

    Assez incroyable cette propension des ministres socialistes et de leurs équipes à forger une société où sinous les écoutions, nous n’aurions plus de problèmes de réflexions car un seul cour de philosophies (j’imagine lequel!), un seul réseau scolaire (donc plus de provincial ni de communal, ni bien entendu du catholique), un seul syndicat d’enseignant (plus facile à convaincre sans doute), une seule fédération de parents de préférence subventionnée (donc assez docile) et un niveau assez bas pour passer de niveau (donc plus de redoublement mais sans nécessairement avoir les connaissances suffisamment établies pour réussie dans le niveau supérieur), etc etc…

    Et pendant ce temps, un sbire de l’administration (ou pire plusieurs donc loi des séries) laisse publierau Moniteur Belge le nouveau décret inscription avecen annexe 1, la fiche technique présentée par le MR lors du débat en Commission parlementaire et en annexe 2, une liste d’écoles saturées au 1er septembre, liste qui ne cite que 15 écoles, en annonce 16 dans le titre mais ne tient pas compte de minimum une autre dizaine d’autres établissements secondaire qui sont également pleins mais non cités. Certain que ce fonctionnaire ou contractuel a été engagé par tirage au sort ;^-°) .

    Mr Dupont fait des efforts pour revenir à plus de sérénité et de professionnalisme, sans mauvaise foi mais que font ses collègues et ses confrères parlementaires. N’ont-ils pas compris que l’heure n’est pas à l’idéologie mais aux actions concrètes et complémentaires. Les résultats de nos enfants ne permettent pas de d’attendre de vains combats d’idées. Il faut laisser agir les professionnels et les évaluer; les guider mais pas leur diminuer leurs marges de manoeuvre, parce que les enfants sont comme la société, multiples et qu’ils n’ont pas tous besoins des mêmes méthodes au même moment et n’ont sans doute pas envie de suivre un parcours 100% identique pour se former…

    Mr Tarabella, soutenons Mr Dupont, ne brisons pas ses efforts.

  11. viviane dit :

    Je suis pour à 100%! Cela renflouerait les caisses et permettrait de désengorger certaines classes.
    Dans notre école, les classes sont dédoublées jusqu’en troisième et à partir de la quatrième, cela s’échelonne de 34 à 28 élèves par classe! Lors des cours philosophiques, lorsque épuisés et tenant nos piles de corrections, nous croisons 3 maîtres spéciaux (quand ils sont là )prendre en charge notre classe, nous ne pouvons être que découragés ! Cela dit, ils portent bien leur nom vu leurs nombreux privilèges!
    A Eux tous, ils comptabilisent 28 périodes càd un enseignant supplémentaire, ce qui permettrait de dédoubler complètement la quatrième année de 34 élèves et de renforcer l’encadrement en 5ème!
    De plus , ces maîtres spéciaux pour la plupart ont des qualifications qu’ils pourraient réinvestir ailleurs. Ils sont régents en math , en français ou instituteurs! Ils en manquent , je pense!
    Qu’attendent donc nos ministres pour enfin prendre le taureau par les cornes!

    Ce « réformateur », je l’attends avec impatience! Une titulaire ….
    Personnellement, je me fiche de mes 2 heures de fourche que me procurent ces heures! Je préfèrerai donner 26 heures de cours à un groupe moindre que 28 à 34 élèves! Et ne vous inquiétez pas pour ce qui est de faire réfléchir mes élèves au sens de la vie, au respect, etc…. Je m’en chargerai!

  12. arthur dit :

    Bonjour à tous.
    Je reviens vous lire après une période d’absence…
    Je tenais à réagir à nouveau, d’une part aux propos de Mr Tarabella : « …la religion divise et le sport rassemble… » , d’autre part, à la verve et la détermination rageuse de certains « enseignants » à jeter le discrédit sur une partie de la profession, mais également réagir à l’absence de réaction des politiciens compétents.
    Je suis en effet surpris qu’on laisse discréditer toute une profession par de tels propos et qu’aucun ministre responsable n’ait « remis les pendules à l’heure », sauf peut-être une allusion prononcée du bout des lèvres…En effet, je suis horrifié de constater les critiques de certains, se définissant comme « profs », à l’encontre de leurs homologues. A l’heure où l’on a besoin d’un enseignement où tous se serrent les coudes et travaillent en « Communauté » afin de permettre aux futures générations de s’épanouir et d’apprendre dans le respect de l’Autre, on ne constate qu’une profusion de critiques inutiles et non-constructives. Aujourd’hui l’on diabolise la présence des cours philosophiques au sein de notre enseignement et demain, à qui le tour ???Dès lors, c’est toute notre société qui vacille sur ses fondements !Alors réfléchissons et construisons intelligemment…
    Lorsque je lis toutes ces critiques inutiles je m’estime heureux d’avoir quitté l’enseignement de plein exercice et laissé ainsi ce lourd panier de crabes ; et que ces individus ne s’étonnent pas si personne ne vient prendre leur défense le jour où cela s’avérera utile.

    Un prof qui enseigne à présent dans le privé !

  13. agnès noël dit :

    Les cours philosophiques doivent faire partie des arts martiaux : dès qu’on touche aux convictions, un ring ou un tatami s’installe !!!
    Je suis prof de religion dans l’enseignement de la communauté : par choix. Je n’aime pas l’enseignement « privé » et j’ai toujours considéré qu’un lieu laïque et pluriel était l’espace d’apprentissage d’une citoyenneté responsable.
    J’ai des collègues qui ‘se la coulent douce » et d’autres qui travaillent beaucoup : ils sont parfois profs de cours philosophiques, mais aussi profs de math, de maçonnerie ou instituteurs ou …! Réfléchir en terme de : « je connais des gens qui … » est spécieux et ne rend pas justice à une réflexion posée, raisonnable, … philosophique ? Etes-vous satisfait d’un argument comme :  » tous les immigrés sont des profiteurs, mon voisin est au chômage et il est Arabe ? » Je dirais que vous auriez besoin de regarder un peu moins de foot et de suivre un cours philosophique !
    Sérieusement, je ne pense pas que la religion relève exclusivement de la sphère privée. Surtout en ces temps où l’intégrisme remontre le bout de son nez. Recevoir un enseignement sérieux, contrôlé, dans un espace ouvert au dialogue et à la confrontation est un gage de paix civile. Si vous reléguez l’apprentissage de la culture religieuse à la sphère privée, elle sera monopolisée par le clergé et cela est de beaucoup plus inquiétant, car cela leur laisse un espace « royal » sans contradiction !!!
    C’est vrai pour les Musulmans, comme pour les Juifs, les Catholiques et les Protestants.
    Les programmes des cours de religion ( je connais bien le catholique et le protestant) sont axés sur la connaissance de la culture – notamment la relativisation des injonctions morales simplistes que véhiculent les médias qui vont trop vite. Ce sont des espaces, de discussion, de prise de position personnelle et d’apprentissage du dialogue – même interconvictionnel ( cela m’arrive souvent de partager mes cours avec les collègues) -
    Il est possible que ce soit un luxe … mais à l’heure où les « conflits de loyauté » empoisonnent parfois les cours et les écoles, se priver d’un espace d’éducation des phénomènes religieux qui soit respectueux des sensibilités culturelles serait, à mon avis, une perte importante de démocratie.( Car une religion ce n’est seulement les symboles, les « idées » débitées de manière tellement simplistes qu’elles en deviennent stupides !)

  14. echocynique dit :

    Arthur écrit:
    « qu’aucun ministre responsable n’ait « remis les pendules à l’heure »,

    Si, si.

    le ministre Dupont a bien dit que Tarabella était incompétent pour l’enseignement (est-il compétent en quelque chose, suffit de voir Cyberclasse) et qu’il ferait mieux de s’occuper de ses affaires, à savoir offrir à la « Jeunesse » des infrastructures sportives convenables.

    Bon, il a dit cela plus poliment, parce qu’il est poli le ministre Dupont

  15. echocynique dit :

    Viviane écrit: « Je suis pour à 100%! Cela renflouerait les caisses et permettrait de désengorger certaines classes. »

    Et puis on s’étonnera que nos élèves sont tout sauf des citoyens responsables.
    http://www.ecoledemocratique.org/spip.php?article486

  16. Bigmoustique dit :

    Ps ou autres l’idée est intéressante.
    à Arthur: Je ne pense pas que le débat doit se situer sur la critique des profs de religion. Comme dans toutes les professions, il y a des bons et des moins bons. Le souci est qu’il est impossible de gérer (je parle du fondamental) 8 profs (je parle de mon école,certains pour 2 élèves)qui ont des exigences justifiées (locaux, matériel). Malheureusement, je n’ai pas les locaux ni le matériel nécessaire.C’est plutôt le système qu’il faut sévèrement critiquer. Le calcul est simple: 8 profs pour 4 classes: 2 très gros groupes, 1 moyen et plusieurs petits. A cela se rajoute, la psychomotricité, les logopèdes, la psy une fois semaine, les concertations plus tous les aléas d’une vie dans une collectivité. Alors je me dis, pourquoi garder ce système qui ne fonctionne pas sur l’idée d’un pacte scolaire qui a plus de 30 ans? Pourquoi je dois nommer des personnes pour lesquelles je n’ai aucun droit de regard (emploi du français dans les cours, avoir une certaine tolérance vis-à-vis d’une société qui vit dans le 21 ème siècle et qui évolue, lecture des cahiers afin de voir ce qui y est écrit, les choix des sujets à aborder avec les enfants,…)? Pourquoi n’est-il pas possible de faire bouger les choses dans l’enseignement. Si on aborde le sujet de façon pragmatique, la solution me parait (à mon avis et ce n’est que le mien) évidente. Les cours de religion doivent évoluer vers des cours de philo (ou de citoyenneté) avec des professeurs qui en ont la maitrise. Quand vous parlez de réflexions et de construction, nous sommes en plein dedans. Le système scolaire belge est rétrograde, ce n’est pas à coup de circulaires, d’effet d’annonce budgétaire que l’on va avancer. Il faut oser poser les questions qui fâchent. celle-ci en est une et soulèvera toujours des critiques. Et bien moi, je dis bravo à ce ministre. Il a peut-être calculé son coup, c’est surement une mesquinerie politique ou que sais-je encore? La question est là,elle a le mérite d’être sur la table. Mais je vous rassure, elle restera là car on ne changera pas ce système. Le Belgique est bien trop conservatrice et engluée dans son histoire géo-politique. Nous n’avons jamais été le centre du débat, l’enseignement n’aura jamais la place qu’il mérite dans notre société. Même si je garde encore l’espoir qu’un jour :-) Pourtant, je pourrais travailler dans le privé. Que voulez-vous, il y aura toujours des passionnés dans votre « panier de crabes » (ceci est insultant par contre:n’est-ce pas jonathanF ;-) pour essayer d’avancer.

  17. pat dit :

    Il y a certes des choses à améliorer dans l’organisation de l’enseignement en Belgique. Mais notre enseignement a le mérite d’être pluriel et ce serait vraiment dommage de ne pas garder cette spécificité.
    Sans vouloir faire de politique, je ne peux que m’étonner, d’abord des propos d’un homme politique supposé être au service de tous, ensuite des applaudissements d’enseignants prêts à enterrer -un peu vite- une partie d’entre eux ! Je m’étonne aussi de cette volonté farouche qui cherche à gommer toutes les différences (le cours de latin hier, les cours philosophiques aujourd’hui, et demain ? le français en Flandres, sans doute…)dans son enseignement tout en déclarant se battre pour une société multiculturelle, tolérante et ouverte !
    Cessons de croire qu’en coupant les têtes qui dépassent, on arrivera à une unicité porteuse d’avenir pour le pays !
    Les idées courtes n’ont pas lieu d’être ! « La religion divise » et bien banissons-la afin d’ériger une société libérée de ses carcans… à l’instar de la Chine sans doute… ou de bien d’autres !
    J’ai parfois honte d’être des vôtres quand je lis ce genre de propos alors que nous devrions tous enseigner l’esprit critique et la tolérance !

  18. samuel dit :

    Père de famille, j’ai choisi de mettre mais enfants à la Communauté française à peu près pour les mêmes raisons qu’Agnès Noël y enseigne. Et ce, malgré mes convictions religieuses.
    Je suis heureux que mes enfants reçoivent un cours de religion catholique (de qualité, je peux en attester) tout en étant confronté à la diversité, à la multiculturalité, à d’autres enfants aux idées autres.
    La vraie richesse d’une société, elle est dans sa diversité bien comprise et bien gérée et non dans l’uniformité.
    Si demain, on devait remplacer les cours de religion et morale par un cours de philo, je choisirais pourtant sans hésiter de mettre mes enfants dans le libre. Là, les musulmans, les athées suivent bien le cours de religion sans y trouver à redire. C’est donc sans doute que la tolérance et le respect de l’autre y sont réellement présent et que l’on n’érige pas la différence en suspicion ou danger de division !!!
    Ayant de la famille « maîtres spéciaux », je suis également désolé et choqué de lire le mépris que certains affichent envers eux. Pour avoir un horaire complet, certains se rendent dans 4 écoles ! Je me demande donc bien où sont leur avantage et leurs privilèges !!!

  19. samuel dit :

    mes enfants ! Sorry !

  20. viviane dit :

    Je suis vraiment bien déçue…de voir que le sort des maîtres spéciaux faisant 4 écoles pour avoir un horaire complet émeut autant de personnes mais que le sort de titulaires de classe de plus de 30 élèves laissent la plupart sans aucun avis et ne soulève aucun tumulte!!!!
    Merci encore à nos politiciens, syndicats, enseignants , parents !

  21. Benoît dit :

    Pour Viviane…

    C’est certain que les classes surchargées ne favorisent pas des conditions de travail correctes pour l’apprentissage de tes jeunes élèves. Comme prof de cours philosophiques, avec 200 élèves (dans le secondaire) j’ai du mal à avoir un horaire complet, je dois courir d’une implantation à l’autre après 1 heure de cours, et cette année je devrai probablement cumuler plusieurs établissements pour obtenir un horaire complet. Et je ne parle pas des classes regroupées (je pense aux classes de techniques et de professionnelles), des groupes qui tournent autour de 25 élèves (si ça peut te remonter le moral, je n’ai jamais de classes avec 2 ou 3 élèves)…
    Cependant, même si je trouve que ces conditions de travail ne sont pas idylliques, contrairement à toi (dans ton premier commentaire), je ne souhaite pas « éliminer » certains de mes collègues pour en obtenir de meilleures… Et tu te dis capable de parler du sens de la vie avec tes élèves ou de donner de la philo… Belle mentalité, en effet… Après l’élimination de tes collègues des cours philosophiques, qd tu jugeras que ton salaire est trop faible, tu prôneras l’élimination des pensionnés pour récupérer de l’argent et améliorer tes conditions salariales ??? Dis-moi vite où tu travailles stp, que je ne te confie jamais mes enfants ;) Merci de mettre de tels commentaires, tu justifies l’utilité du cours philosophique auprès des élèves, qu’ils entendent au moins de la bouche d’autres profs, qu’il est possible de construire une société dans laquelle l’homme n’est pas un loup pour l’homme. Une société dans laquelle chacun peut avoir sa place et œuvrer à l’épanouissement de tous…

  22. Lucy dit :

    Madame,
    Si votre sort ne soulève aucun tumulte, comme vous dites, c’est peut-être parce que nous vivons tous la même chose. Enseignante en professionnel, je donne cours à des classes de 25 élèves ! Ce n’est pas plus léger que 34 enfants de 5e primaire, croyez-moi !
    Mais jamais il ne me viendrait à l’idée de jeter l’opprobre sur mes collègues d’autres sections ou d’autres cours pour autant !
    Je ne peux concevoir ni accepter les injures que je lis ici envers les professeurs de cours philosophiques, car c’est bien d’injures qu’il s’agit : fainéants, absents, mauvais profs, spécialistes de la vidéo, tire-au-flan… et j’en passe.
    Sans doute, en période d’examens, vous en prenez-vous à « ces paresseux profs de gym » qui n’ont même pas une copie à corriger !
    Je suis vraiment outrée par les propos lus ici et plus bas concernant ce sujet. Il n’est même plus question de la matière enseignée mais bien de ceux qui l’enseignent.
    Et on s’étonne que l’enseignement va mal ? Avec un tel égocentrisme chez les profs, et un tel manque de civisme, ce n’est pas étonnant.

    Comme le dit Pat, j’ai parfois honte d’être des vôtres.

    Un prof de cours philosophiques parmi d’autres :(

  23. Anna dit :

    Il est bien connu que « charité bien ordonnée commence par soi-même ».

    Sous prétexte de classe surchargée, certains vilipendent sans vergogne leurs collègues considérés comme mieux nantis.

    C’est à désespérer des profs s’ils sont tous ainsi !

  24. echocynique dit :

    Pour diminuer le nombre d’enfants par classe: 1 moyen simple: les faire réussir.

    Si tous les élèves réussissaient, nous aurions 40 % d’élèves en moins!

  25. audrey dit :

    stop ! aux cours de philo vu une brève année en supérieur…
    Les jeunes devraient aborder la philo dès le plus jeune âge de manière adaptée évidemment.

  26. Surmont dit :

    Si Monsieur le Ministre s’était penché sur les cours de religion et de morale, il aurait appris qu’on ne l’a pas attendu, nous, les profs de religion et de morale pour être en phase avec le Décret Missions et la formation à la citoyenneté! Cela fait des années que l’ensemble de ces cours a été refondu. Les nouveaux programmes qui sont obligatoires dans les Ecoles de la Communauté française (où je suis) sont disponibles via les sites de la Communauté fr. Les a-t-il parcouru, sinon lu avec l’attention que l’on est en droit d’attendre d’une ministre au service de tous ? J’en doute quelque peu pour ma part. Il est vrai que tout estbon pour faire parler de soi à l’aube de certaines élections. J’ai fait l’essentiel de ma carrière (commencée en 1980) avec des angoisses concernant les cours de religion te de morale. De quoi l’année suivante sera faite ? A quelle sauce veut-on nous manger … D’année en année,tout a été dit et son contraire concernant les cours « philosophiques »… « mais qu’on nous foute une bonne fois la paix ! » Y en a marre de ces ministres aux phrases assassines. Lescours de religion et demoralke telles que je les connais,via les programmes connus et édité par la CF valent ce qu’ils valent. Croire que les cours de religion sont des cours d’apprentissages liturgiques ou des dogmes est une de ces conneries dont on nous rebat constamment les oreilles. Ce sont toujours ceux qui n’yconnaissent rienqui en parlent le plus … Croire que les élèves pensent tous de manière identique dans un cours de religion relève une fois deplus de ladémagogie: comme si on pouvait attendre des adolescents une pensée unique, surtout à nos cours où la liberté de conviction est première. Chaque élève se doit de se construire par lui-même à un moment particulièrement instable de sa vie.
    A tout hasard, Tarabella, cherche sur Restode, le serveur pédagogique de l’enseignement organisé par la CF (tu connais ?) et tu y trouveras les programmes des cours de religion et de morale. Lis-les avant de parler « en public ».
    C’est quoi ton ministère au fait?
    Je ne te connais pas mais j’ai pas très envie de te connaitre.
    Professeur de religion protestante en CF et sportif (aussi)
    Patrick Surmont

  27. Surmont dit :

    Allez, juste une brève pour convaincre les plus rétifs : je la tire de ma besace ;)

    « L’apprentissage du dialogue avec les autres religions et courants phiulosophiques, la tolérance, l’éducation à la citoyenneté, l’éveil à un questionnement philosophique, le regard critique porté sur ses propres données textuelles,culturelles et traditionnelles, l’éveil aux racines historiques du protestantisme et l’apprentissage de ses développements historiques et sociologiques, l’ouverture sur l’actualité et la culture contemporaine et l’exploitation de nouvelles techniques d’information et de communication ne sont pas des objets d’apprentissage constitutifs de la catéchèse ecclésiale, même si certain d’entre eux peuvent parfois s’y retrouver. Par contre,ils sont essentiels dans l’enseignement de la religion protestante en milieu scolaire. »

    – réf. Programme d’études du cours de religion protestante, 346/2007/240 Ministère dela Communuaté française. AGERS. Service générla des Affaires pédagogiques et du Pilotage du réseau de l’enseignement organisé par la CF. Enseignement secondaire ordinaire de plein exercice; page 7.

    – PS. Le Programme tient en 164 pages A4. L’ancien programme n’en avait que 8 et « a tenu » pendant 30 ans voire plus, si je ne m’abuse.

    Commentaire strictement personnel:

    Plutôt que de nous rentrer dans le lard…, donnez-nous, Monsieur le Ministre, les moyens de la mise en oeuvre de ce beau programme en aidant vos collègues concernés vraiment par l’Education!

    Exemple vécu:
    le Programme nous demande d’utiliser les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). Fort louable, n’est-ce pas ? les Inspecteurs relaient cette info à qui mieux mieux ! Je passe les détails et suis en partie d’accord avec eux bien que je ne les aie pas attendu pour m’y mettre.
    Lors du dernier CoCoBa (// Copaloc ou CE pour d’autres), j’ai précisé que tous mes cours sont sur mon PC portable. Mais comment exploiter ce support moderne que j’ai acheté de mes propres deniers ? Même la prise de courant (vous savez, le truc à 220 V ? ) n’existe pas dans ma classe ! Dans une autre, elle est tellement loin qau’ilfaut une rallonge que l’école ne peut me fournir. Bon, l’école a le WiFi. Très bien, me direz-vous, mais le hic du NTIC est qu’il est sécurisé et que seule la direction y a accès et ne veut pas , pour des raisons que je peux comprendre(des élèves y ont mis leur grain de sel et un peu plus l’an dernier, lorsqu’il était accessible) donner le code, fût-ce à des profs. !
    Bonjour la confiance !
    Mais c’est ça la réalité du terrain pédagogique !
    En attendant, comment je fais, moi ou d’autres collègues qui utilisent habituellement les NTIC.?

    Autrement dit,derrière tout ce beau Bla Bla Bla des Programmes entendus depuis des lustres, le prof continue la culture papier et doit plonger dans ses propres poches avec des manbuels inexistants ou dépassés… Bref… passons.

    J’évite le support papier par principe, mais que de reproches de la part des directeurs à ce sujet ! Oui, et comment projeter le cours sans prise… ?
    La culture papier a encore de beaux jours et est encore bien ancrée dans les esprits de nos écoles parce qu’on n’a pas les moyens d’un bureau de Ministre, avec ou sans douche…
    Ceci est évidemment le fait d’un prof, époux, père et grand-père, qui est sur le terrain « entant qu’acteur pédagogique » (beau, hein ?)et qui fait de l’éducation sa vie et non des spéculations en Cabinet.

    Rassurons-nous cependant, les profs du Baby boom vont finir par disparaitre… encore une ou deux paires d’années, Monsieur le Ministre, avant la quille où, sportivement, je passerai le relai à un(e) plus jeune plein d’illusions sur le métier, malléable car inexpérimenté et « temporaire pendant 9 ou dix ans », donc corvéable à merci.

    Salut !
    Patrick Surmont, e-prof de religion protestante en CF (enfin, j’essaye)