Le w-e dernier, le MR organisait ses Estivales à l’Abbaye de Stavelot. L’occasion pour les libéraux de donner le coup d’envoi d’une année qui, avec à l’horizon les élections régionales de 2009, promet d’être riche en « petites phrases » et autres vacheries. Au programme de la rentrée : l’enseignement.
Le ton est très vite donné. Pour les réformateurs, le bilan de la Communauté française en matière d’éducation est plus que décevant. Et les éléphants du parti d’avancer leurs pistes et autres solutions pour améliorer l’éducation de nos enfants. Ainsi, Pierre Hazette, ex-ministre de l’enseignement :
Je pense… en imposant, et je pèse mes mots… en imposant (sic) un horaire à la maison ou en étude dirigée qui intègre un temps de travail à domicile, qui prolonge l’effort fait à l’école.1
Un effort qui serait également à fournir en matière de mobilité des étudiants universitaires. Le MR souhaite que l’enseignement supérieur dégage davantage de moyens pour permettre aux jeunes de partir se former dans un autre pays.
Le CDH a lui lancé ses « Assises de l’enseignement« . Un vaste programme de réflexion fait de rencontres et de débats à travers toute la Wallonie. Objectif (non) avoué? Défendre le bilan de cette législature qui a vu le CDH partager le pouvoir avec le PS en Communauté française. Le « Contrat pour l’école » initié par Marie Arena sera au centre de nombreuses discussions. La présidente du CDH, Joëlle Milquet n’a pas caché que son parti rempilerait bien jusque 2012. Mais le parti « chrétien-centriste » peut compter sur Didier Reynders et le MR pour ne pas lui faciliter la tâche.
Il reste encore quelques mois aux ministres Dupont et Simonet pour montrer qu’ils ne sont pas doués que pour les discours.
- Source : JT RTBF – 14.09.08 [↩]
La rentrée est toujours propice aux poilades diverses et variées : le monde politique s’y rappelle l’existence de l’enseignement…
Je serais assez en accord avec le propos de Pierre Hazette : que ne l’a-t-il fait lorsqu’il était lui-même ministre, même si je dois reconnaître qu’il ne fut certes pas le pire ? Quant à la mobilité des étudiants universitaires, elle me semble être un effet de mode, un colifichet très tendance : j’aurais préféré un retour en pointe de nos universités, par un financement décent de la recherche par exemple…
Quant à la ministre Simonet, c’est toujours un plaisir de rire un peu face à une pétaudière : déformation du projet initial de l’évaluation qualité, cas des reçus-collés, etc. Il était donc urgent de créer une énième commission pour enterrer sous la logorrhée la vacuité des actions.
A bientôt.
Et l’enseignement fera même partie du plan Marhall 2.0
http://www.lesoir.be/actualite/belgique/politique-demotte-un-plan-2008-09-20-640619.shtml
Avec des « petites phrases » intéressantes :
« Vous savez, j’entends souvent que l’on devrait rejoindre la « moyenne »… La moyenne, c’est la médiocrité. Nous devons avoir l’ambition d’être parmi les meilleurs »
? Et donc accepter que certaines écoles aient des meilleurs résultats que d’autres? Accepter que des élèves puissent « être meilleurs » que d’autres à l’école (parce que les autres peuvent être « meilleurs » dans d’autres domaines)
« Le plan Marshall n’est pas un plan du Politburo wallon ! »
Ou plutôt « ne devrait pas être ». Si l’enseignement fait partie du plan, demanderez-vous vraiment l’avis des enseignants qui savent aussi ce qui est bien pour leurs élèves?
« Changeons de registre… Moi, je veux une génération positive »
Bravo. Et cette génération positive dépend aussi de la qualité de l’enseignement. Le décret « mixité » a eu comme effet pervers de diminuer l’image positive de certaines écoles: cette qualité a été mesurée, à tort, par la longueur des files. Avec le nouveau décret, les élèves mesureront cette prétendue qualité par le nombre de noms sur la liste d’attente.
Enfin ce décret empêchera certaines écoles de conserver leur niveau. Que ce niveau soit haut ou moyen.
De qui sont les citations? Rudu Demotte. Ce n’est pas Arena qui aurait parlé comme cela.
Euh on fait pas de nouveau marche arrière là? Il me semble qu’il y a quelques années on disait que le travail à la maison c’était « le mal » et maintenant il faut l’imposer?
franchement ils feraient bien de se mettre d’accord les ministres!!!!!!!
@ Prof
« Je serais assez en accord avec le propos de Pierre Hazette : que ne l’a-t-il fait lorsqu’il était lui-même ministre »
Parce que les socialistes et Cdh n’en voulaient pas!
C’est malheureusement cela la politique. On ne vote pas contre un texte parce que l’on n’est pas d’accord mais parce que l’on fait partie de l’opposition (sauf exceptions qui font alors grand bruit).
Ensuite si je me rappelle bien, l’idée du ministre Hazette était un peu différente et selon moi meilleure. Il voulait organiser une épreuve non certificative avec comme objectif de donner des indications aux élèves et peut-être aux profs. Par exemple sur la probabilité de réussir en supérieur. Indications meilleures que des « évaluations définitives » car je suis convaincu que comme moi vous avez connu des élèves qui ont obtenu leur diplôme de secondaire « de justesse » (grâce à la délibé et la levée d’un ou de plusieurs échecs) et qui ont ensuite fait de superbes études supérieures.
Les avantages d’un tel système?
1. Pas de « bachotages ».
2. Une responsabilisation de l’élève. Le message est « selon le test, tu as des lacunes. Si tu commences des études supérieures, sois en conscient et fais ce qu’il faut pour y remédier »
3. Une indication pour les enseignants et les écoles. Si ce test a lieu avant les délibés de fin d’année, cela pourrait être une aide à la décision.
Ce à quoi il faut, AMHA, faire attention:
1. Que l’épreuve soit une évaluation des compétences et pas des connaissances.
2. Que l’épreuve soit construite de telle façon que l’on n’ « avantage » pas une filière ou une autre. Tâche d’ailleurs presqu’impossible, mais « presque » seulement.
3. Que la communication des résultats soit professionnelle: telle compétence est atteinte, telle autre ne l’est pas. A mon avis, il n’est pas nécessaire de donner une moyenne finale, les évaluations des compétences sont suffisantes. (10/10 pour une compétence et 4/10 pour la deuxième vaut-elle 14/20 comme pour celui qui a eu 7/10 aux deux compétences?)
Donc, l’idée est excellente. Il faut s’assurer que les objectifs soient atteints.
@ Xavier
L’excuse des socialistes et des CDH qui ne veulent pas est très mignonne : elle ne tient guère le route puisque, normalement, l’opposition est minoritaire. A moins que vous nous révéliez, aujourd’hui, que le Ministre Hazette fut membre d’un gouvernement minoritaire. Je vous suggère plutôt d’aller vous enquérir du côté des P.O. divers et variés ainsi que de leurs pratiques de terrain. La résistance peut également s’expliquer par le marché, de plus en plus étendu, des cours particuliers, parfois organisés au sein même de l’école avec une pression maximale pour que les parents y inscrivent leurs gosses…
Le reste de votre commentaire me semble davantage ressortir à un autre post mais, ô stupéfaction, je serais plutôt d’accord, avec quelques grosses nuances
Ainsi, par exemple, le gros oubli des filières qualifiantes : prendra-t-on le temps de créer le test pour les techniciens et, surtout, pour les élèves de l’enseignement professionnel, cette filière de relégation permanente ? Fi des Tess dans ce domaine : si les cours généraux ne reçoivent pas l’appui bien concret des profs d’atelier, les délibés deviennent des séances d’escamotage d’échecs. Et là, ce n’est vraiment pas un pari positif sur le futur de l’élève…
Bien à vous…
@ Prof
Je crois me rappeler que le MR n’était pas seul au Gouvernement
Cela étant dit, je crois que vous avez peut-être raison.
Une méchante langue dirait certainement: « un prof a avantage à ce que ses élèves ne comprennent pas tous au cours, cela lui permet de donner des cours particuliers très lucratifs ». mais je ne suis pas une méchante langue.
J’espère que le ministre Dupont va réfléchir et proposer des solutions innovantes.
Quelques réflexions:
1. 50 % ou presque de nos élèves accusent un retard d’au moins un an. Ce chiffre est effarant. Si aucun élève n’était en retard, toutes autres choses étant égales par ailleurs, nous aurions un prof pour 4 élèves et des classes deux fois moins nombreuses.
2. Si nous arrivons à diminuer ce nombre à 25%, on pourrait alors consacrer des heures du NTTP (disons 15 % les autres 10 % servant à dédoubler certains cours) à des remédiations.
3. Rénovons (j’aime bien ce mot) les examens de passage. Aujourd’hui, c’est absurde: comment un élève qui n’a pas réussi après 10 mois de cours, avec son prof, pourrait-il réussir après deux mois sans cours. Le penser signifie soit que l’on reconnait l’inutilité du prof (non, je ne le crois pas), soit que l’on accepte que seuls les élèves qui peuvent se payer un prof particulier a le droit de réussir.
Je proposerais que le prof qui donne un examen de passage donne 3 semaines de cours pendant les vacances. Et pourquoi pas payées? On pourrait proposer aux profs de diminuer l’horaire hebdomadaire et de faire prester ces heures pendant les vacances.
4. Valorisons les écoles qui ont une réelle valeur ajoutée.
Vous généralisez la qualité de l’enseignement technique et professionnel. J’ai eu le plaisir de donner cours dans ces filières. Et quelques écoles (trans)forment les élèves de manière remarquable. C’est donc possible.
J’encourage donc le ministre Dupont à aller voir pourquoi cela fonctionne dans certaines écoles et de généraliser les facteurs de succès. Plutôt qu’un décret qui ne résout rien.
Voilà, j’ai refait le monde, je vais travailler maintenant.
Xavier dit : »Rénovons (j’aime bien ce mot) les examens de passage. »
Tout à fait d’accord. Mais il faudrait surtout supprimer le redoublement qui coûte cher, qui est pédagogiquement inefficace, qui accentue le rejet envers l’institution scolaire.
Les pays qui obtiennent les meilleurs résultats aux évaluations PISA ne proposent pas le redoublement dans leur système scolaire. Evidemment, ils organisent des REELLES structures de remise à niveau (avec des vraies heures !) pour les élèves en difficulté.
@Franufle
Puisse le ministre Dupont lire ce que vous écrivez
« Evidemment, ils organisent des REELLES structures de remise à niveau (avec des vraies heures !) pour les élèves en difficulté. »
S’il résolvait ce problème, il aurait enfin montré qu’un ministre de l’enseignement peut être utile.
@ Xavier
Je suis parfois une méchante langue
A propos de vos réflexions, je me permettrai de commenter
1. et 2. Le problème dur retard scolaire subsistera tant que l’on retardera la mise en oeuvre de mesures efficaces contre les lacunes basiques dès qu’elles se présentent, et pas des années après. Pourquoi pas la mise en place d’études dirigées dès le primaire, par exemple, au lieu de cette réforme du premier degré qui me semble (puisque je n’ai que les « grands ») tenir du cataplasme sur une jambe de bois avec son aspect de jeu de l’oie kafkaïen ? Par ailleurs, peut-être pourrait-on enfin investir dans une réserve d’enseignants disponibles afin d’assurer les remplacements de collègues malades ou en formation ? Ceci permettrait sans doute de juguler les effets désastreux de de la discontinuité pédagogique qu’implique cet absentéisme inévitable…
3. L’idée me semble intéressante aussi parce qu’elle permettrait peut-être de ne plus prendre pour point de référence la sacro-sainte moitié, y compris pour les socles de compétence, ce qui relève de la pure aberration.
4. Sur l’enseignement qualifiant, je préciserai que je remets en cause un système de relégation (les fameuses attestations B qui tiennent parfois de l’automatisme, ou la règle scandaleuse des 35% en fin de 4P) et l’existence de certaines filières qui tiennent de la fumisterie (la section « Tourisme », par exemple). En outre, pour être davantage explicite, l’action du professeur de cours techniques reste prépondérante dans ces options : s’il est compétent et rigoureux, la formation des élèves s’en trouvera valorisée. Par contre, la situation inverse entraîne également ses conséquences directes… Pour vous rassurer, j’ai aussi donné cours durant des années dans les filières qualifiantes et j’ai connu majoritairement des collègues techniciens soucieux de la réussite de leurs élèves : c’était d’ailleurs un plaisir de collaborer avec eux.
Je partage votre conclusion sans réserves.
Bien à vous.
Vous me faites rire avec le refus du redoublement « qui ne résout rien ».
Que proposez-vous d’autres ?
Des attestations B de restriction ? Et pour ne pas « rater un an », les élèves passent du général au professionnel en moins de trois ans !
J’ai un fils en filière technique, par goût. Chaque année, sa classe voit arriver des élèves « qu’on n’a pas voulu faire doubler » et qui s’imaginent -à tort- que cela sera plus facile (c’est oublier un peu vite que les programmes de français, math, langues, sont quasiment les mêmes et les exigences aussi).
Il serait peut-être bon de redonner le goût de l’effort aux jeunes et ne pas leur laisser croire que les enseignants sont là pour les faire réussir. C’est avant tout à eux de travailler pour y arriver !
Je ne pense pas que les dernières mesures mises au point pour éviter le redoublement ou aider les élèves à combler leurs lacunes soient vraiment efficaces. Parfois, elles font pire car trop peu rigoureuses.
Si on prend l’exemple de la 1S – classe devant permettre à un élève en difficulté en fin de 1e, d’acquérir les bases avant d’aborder la 2e – elle permet aussi, sur base des résultats et de l’avis du conseil de classe, de se diriger vers une 3TQ (voire une 3G, ce qui pour moi est une aberration). Certains ont donc déjà compris comment contourner l’obstacle.
J’ai en 1S des élèves qui, pour éviter une 2e où ils auraient dû cravacher pour s’en sortir, ont tout fait pour se retrouver en 1S. Et l’an prochain, ils seront en 3TQ ! Sans avoir doubler, et en ayant passé une année « plus cool ». Pourquoi s’en priveraient-ils ? De toute façon, l’avis du conseil de classe de fin d’année n’est qu’un conseil en 1S. Il ne fait pas autorité !!
Et on s’étonnera que les filières qualifiantes sont dévalorisées… A qui la faute ?