Hier, on parlait de supprimer leurs cours. Aujourd’hui, on pense à leur demander de dispenser quelques heures par an à tous les élèves de leur établissement, histoire de les initier à « à la connaissance des différentes religions et conceptions philosophiques dans un esprit de tolérance et de respect des autres ». L’objectif est clair : favoriser la compréhension mutuelle et le « mieux-vivre ensemble » entre des élèves issus de cultures parfois très différentes. On parle d’un « tronc commun citoyen« . A l’heure des replis identitaires et du radicalisme, ils sont nombreux à penser que cela ne serait pas du luxe.1
Exit donc l’idée de supprimer les cours philosophiques. Place au professeur de religion (et de morale) qui, en plus de ses heures, enseignerait à tous les élèves les fondements et traditions du catholicisme, du judaïsme, etc. L’idée n’est pas neuve, l’ancien ministre MR Richard Miller avait déjà rédigé un décret dans ce sens en 2006. Marie Arena s’était alors saisi du dossier qu’elle avait transmis pour avis au Conseil consultatif des cours philosophiques, une instance créée en 2005 pour promouvoir les échanges entre ces cours. Rendu il y a quelques mois, son avis vient d’arriver entre les mains des élus… et il est plutôt positif. Le conseil se dit en faveur de « la mise en œuvre de projets interdisciplinaires rassemblant des élèves de cours philosophiques différents et s’inscrivant dans la perspective d’une éducation permanente à la citoyenneté responsable ».
Cependant, pas question de laisser les enseignants opérer sans garanties. Le Conseil recommande d’encadrer ces collaborations par un décret et donc de leur donner force de loi. Les formations inter-réseaux devront aussi être renforcées, de même qu’un référentiel de compétences communes pour l’ensemble des cours devra être défini, histoire de se mettre d’accord sur les valeurs citoyennes auxquelles les élèves seront sensibilisés.
Le ministre Christian Dupont, qui a déjà rencontré son président, participera bientôt à la prochaine assemblée du Conseil. Son cabinet est formel : l’homme veut avancer vite. Reste que si le réseau officiel pourrait accueillir favorablement cette nouvelle initiative, les réactions du libre confessionnel seront sans doute moins positives.
A suivre donc…
- Source : Le Soir – 25.09.08 [↩]
Très bonne idée, j’adhère à 100 %.
peut-être dans le futur, remplacement total des cours philosophiques par UN cours philosophique commun.
Une question: « Reste que si le réseau officiel pourrait accueillir favorablement cette nouvelle initiative, les réactions du libre confessionnel seront sans doute moins positives. » est-ce un avis ou une info?
mon expérience personnelle n’est pas celle-là.
Il faut OSER mettre en place une nouvelle politique des cours dits « philosophiques ».
REMPLACER les cours de morale et de religion par 2h communes à tous les élèves : apprentissage de la citoyenneté, civisme, philosophie,… les sujets ne manquent pas.
Quand on sait les énormes (et le mot est faible) difficultés que cette mosaïque de cours apporte à la confection des horaires…
Au lieu de remplacer les cours philosiques par un cours de civisime-philo. De plus, les cours d’histoire ouvre les esprits à propos des religions.
Et j’aimerais voir mes élèves suivre des cours donnés par un rabbin….
« De plus, les cours d’histoire ouvre les esprits à propos des religions. »
Je suppose que selon le programme, oui.
A condition alors
1. Que le programme soit neutre
2. Que le prof athée puisse expliquer les avancées que la religion a permises
3. Que le prof musulman puisse expliquer les raisons pour lesquelles les chrétiens croient en la divinité de Jésus
4. Que le prof protestant puisse expliquer pourquoi le Pape parle au nom de Dieu
5. Que le prof catholique puisse expliquer les raisons du protestantisme
etc…
Cela me semble presque impossible et il faudrait que les profs soient formés pour pouvoir expliquer pourquoi certains croient à la Création, que d’autres refusent la contraception, que d’autres acceptent la polygamie…
Mais tout à fait d’accord avec Benoît.
Quand on voit comment les « gens » comprennent l’actualité aujourd’hui! Que même certains qui s’informent continuent de croire que la crise est dû au « capitalisme », je me dis qu’un cours pour expliquer ce qu’est le capitalisme, le rôle des banques, etc…serait indispensable.
De plus, on pourrait alors rassurer les profs actuels en leur garantissant leurs heures pour 10 ans. Tout de même un élément important.
@ Benoît et Xavier,
Votre langage de bon apôtre, si j’ose dire, me fait penser au discours général sur l’enseignement : tout le monde a un avis sur l’école parce que tout le monde y est allé ! Je pense, quant à moi, que les préjugés de n’importe qui sur les cours philosophiques posent un réel problème, y compris déontologique.
Mon expérience du libre (comme élève) et de l’officiel (comme collègue) me ferait partager l’avis du rédacteur de l’article : ce n’est pas gagné… ne fût-ce que parce qu’il y aussi les séquelles du pacte scolaire.
@ Benoît,
Si je comprends votre raisonnement, il faut supprimer toute difficulté horaire : écrivez au ministre pour lui suggérer de supprimer la réforme du premier degré… Osons !
@ Xavier,
Normalement, le professeur est tenu de rester neutre et d’enseigner une matière et l’esprit critique à son sujet : j’avoue que votre remarque me laisse plus que perplexe à ce sujet. Je n’avais pas envisagé le rôle des petits hommes verts dans la crise actuelle : bon sang, mais c’est bien sûr ! Votre phrase a vraiment l’allure d’un credo : étonnant, non ?
Bien à vous.
comme dirait un comique français « yes, papa » . Comme quoi les idées dérangeantes un temps deviennent finalement intéressantes quelques années plus tard. Mais avec le pacte scolaire… Ce n’est en effet pas gagné.
Les partisans des cours formatés et autres réseaux uniques devraient faire un stage en Chine à défaut de pouvoir le faire dans l’ancienne union soviétique.
Pourquoi toujours vouloir imposer sa vision au lieu de prôner la tolérance et l’écoute de l’autre?
Il n’existe pas de raison unique, il n’existe que des points de vue distincts et quelquefois complémentaires car donnant un autre angle de vue.
Si les adeptes de la morale laïque croient détenir l’unique vérité philosophique, il convient de rappeler à leur intention que leurs préceptes sont essentiellement fondés sur notre civilisation d’origine judéo-chrétienne et les concepts dégagés par celle-ci ou en opposition par rapport à celle-ci.
Vouloir n’imposer qu’une vision dans notre société éducative m’apparaît profondément dangereux pour les raisons d’ailleurs évoquées dans le mémo de Xavier, aucun enseignant ne sera neutre car fondamentalement doté de sa propre synthèse de la chose. A moins que bien sur les enseignants ne deviennent de simples machines à éduquer, dictant à leurs élèves les syllabes édictées par les autorités centrales…
Il y a fallu 500 ans à l’Eglise pour admettre que Galilée n’avait peut-être pas tort. Dès lors, une évolution pareille des cours philosophiques ne pourrait sans doute se concevoir que vers 2500. Et mon post n’a même pas un but humoristique !
@Prof
Vous dites « Votre phrase a vraiment l’allure d’un credo : étonnant, non ? »
Peut-être bien.
Je voulais simplement dire que si l’on répète ce qu’on lit dans la presse, les élèves n’entendront qu’un son de cloche.
Or: http://www.economiques.eu/blog/archives/56-Fortis,-risque-de-faillite-parce-que-son-cours-de-bourse-baisse.html
J’ai donné hier un cours de près d’une heure… à mes collègues qui n’y comprenaient rien.
C’est normal, ils m’expliquent aussi l’absurdité de la crainte du trou noir au CERN
Les revoilà, les Madonnes de la laïcité avec leur slogan habituel, le marketing politique de la citoyenneté, cette farce grandiose, cette hypocrisie féodale, cette célèbre charte des curés laïques « un monde commun sans distinction ni privilège… » haha le droit, hein, pas le fait parce que le fait hein c’est le clientèlisme…J’ai fait la philo il y a déjà longtemps…à Berkeley sur Meuse où d’insignifiants penseurs à quat’sous donnaient des leçons de morale politique, confondant joyeusement leur propre réussite avec l’état du monde. J’ai vu de jeunes « penseurs », jeunes prof d’univ maintenant plus connus, mais si peu, célèbrer dans la joie le triomphe de la démocrassie lors de la première guerre d’Irak, parlant du Droit là où il fallait parler de force…J’ai vu tricheries en délibération, des passe-droit flagrant.J’ai vu arrivisme social fondé sur le « Bien Commun », poursuite incessante de petits intérêts mesquins au nom du civisme et de toute cette salade que l’on continue à faire gober…Mais l’Ulg avait raison, elle préparait au futur : le réseau d’enseignement où je travaille, c’est pire, pire avec des envies parfois de se flinguer…La CITOYENNETE… Pris que je suis entre le Polit-Buro et la STASI pédagogique…Les intér$êts politiques prenant le pas sur l’intérêt éducationnel…et lesgosses avec qui je travaille le savent très bien, eux qui sont mis sur cette touche infernale, eux qui ne sont,aux mains d’un PO sans foi ni loi,que de simples unités d’improduction…On ne parle pas de citoyenneté aux Royaumes de Pairs. Et Voltaire ah ça ils aiment Voltaire,ils en raffolent, ça les allume, hein, nos démocrates laïques, ce Voltaire qu’ils ADULENT,qui est aussi un vieil antisémite : »Vousdénoncez par vos actes la morale que vous êtes censé enseigner ».Rage et dégoût.
Si je comprends bien, ceux qui voudraient se destiner encore à l’enseignement de la philosophie en Belgique feraient mieux de s’exiler dans un autre pays de l’union européenne. Autant dire à Juliette Binoche que le cinéma n’existe pas ou que la peinture n’est bonne que pour les enfants. Et la réalité des cours de morale, moi je la connais. L’opposition entre morale et religion est fallacieuse et pernicieuse. Sois belge et tais-toi.
je ne comprends toujours pas comment on peut prétendre à la neutralité et au respect des opinions philosophiques si on explique même pas aux élèves ce qu’est la philosophie, s’il n’y a même pas de vrai programme de philosophies en Belgique??? La plupart des professeurs de morale n’ont même pas le titre requis.
On oublie bien souvent que chaque année sortent des universités de Belgique des licenciés en philosophie qui n’auront pas tous (c’est le moins qu’on puisse dire) la chance d’être engagé par l’université pour pouvoir se gargariser de la défense des idées philosophiques sans devoir se soucier des fins de mois difficiles, de l’absurdité du système à la belge, de la connerie de nos politiciens et en faisant précisément le jeu de ce dont ils se défendent. Les professeurs de morale savent très bien que la plupart de leurs classes sont de véritables foutoirs car ils n’ont aucun pouvoir en termes de compétences à faire acquérir. Des élèves de professionnel m’ont même confiés qu’ils croyaient tous en Dieu, mais qu’ils venaient au cours de morale, « parce qu’on fout rien! ». Il est clair que si on part sur de telles bases… C’est vraiment à se flinguer (cfr les cas de dépressions et autres maladies psychosomatiques ).