Alors que le décret Dupont est déjà jugé complexe par bon nombre d’observateurs (directions, parents et enseignants), le gouvernement de la Communauté française a décidé d’en remettre une couche ce jeudi au parlement en adoptant un nouveau projet de décret. Ce dernier traduit l’accord sectoriel conclu avec les syndicats pour la période 2008-2011.1
Et lorsqu’on jette un œil à ses dispositions, on comprend vite pourquoi il y en deux qui irritent particulièrement les réseaux subventionnés (libre, communes et provinces). D’un côté la limitation des heures dites de coordination et de l’autre l’introduction de nouvelles normes de dédoublement des classes en 1ère et 2e année du secondaire.
Les chefs d’établissements qui s’arrachent déjà les cheveux à essayer de respecter le décret inscriptions n’en mènent pas large. Car de nouvelles normes de taille des classes signifient moins de places disponibles en 1ère année.
Ainsi, une école qui affiche un nombre de place X en ce mois de novembre verra peut-être son offre diminuer à la rentrée prochaine. Avec le risque de recaler des élèves pourtant bien inscrits. Et si on pense que beaucoup de parents multiplieront les inscriptions pour être sûrs d’inscrire leurs rejetons dans une des écoles de leur choix, on devine le tout plaisir qu’auront les chefs d’établissements pour y retrouver leurs jeunes.
Bien conscient de ce problème, le ministre essaye désespérément de trouver la parade. Il a ainsi rencontré des représentants des trois réseaux afin de les convaincre de confronter leurs listes pour repérer les enfants inscrits plusieurs fois. Le réseau libre ne veut pas en entendre parler, lui qui considère cet échange d’informations comme une tentative d’ingérence et de centralisation de la Communauté française. Que chacun tire son plan de son côté semble être le message.
Le Segec, le Secrétariat général de l’enseignement catholique, prévient que le vote de ce décret signifierait la suppression de nombreuses options ainsi que la perte d’heures consacrées à la remédiation, aux études dirigées, etc.
- Source : Le Soir – 12.11.08 [↩]
Et encore de ceux qui veulent tirer la couverture à eux. Moi je suis pour ce décret et que tous l’observent. Marre du lobby du segec. A la CF, on fait déjà avec… et on n’a pas le choix.
Et ça marche mieux à la CF ?
Qu’il est bien fait ce décret.
On change tout le temps et 28 pages pour expliquer comment faire/ « ce qui se conçoit… »
Pour répondre à Fabrice, il semble que les établissements de la CF se soient déjà adaptés.
Je ne sais que trop penser de l’objectif de mixité sociale sauf que formulé tel quel j’y suis très favorable. je suis favorable à des dispositions impératives qui s’imposeraient aux PO là où des discriminations sociales ou culturelles seraient avérées et volontaires de la part des chefs d’établissement. Mais des priorité doivent s’imposer.
D’abord et surtout, qui pense aux premiers concernés ? Voilà la deuxième promotion soumise à une année d’essais et tâtonnements. Les enfants de sixième assistent à tout ceci en objets passifs. Dans le pire des cas, ils n’en entendent même pas parler et resteront dans leur école défavorisée. Certains voient leurs parents déployer leur plus grand machiavélisme pour les sortir du lot. Ils commencent à voir leur voisin de classe comme un concurrent. Il n’y a aucune autre situation dans nos sociétés où une décision aussi importante que l’endroit où ils vont passer 6 années essentielles de leur existence n’est pas murement réfléchie et préparée. C’est bien beau de parler d’effet à long terme ou d’adaptation après évaluation. En attendant, on impose à ces enfants ce qu’aucun adulte ne tolèrerait pour lui-même. C’est du manque de respect qu’il n’ont rien fait pour mériter. On entend chez certains intervenants un discours qui tend à dire que les gosses de riches peuvent bien aussi une fois être secoués un peu …
En second lieu, on confond mixité sociale et normalisation pédagogique. C’est une erreur qui marquera cette génération. Quel que soit le mécanisme mis en place, il doit respecter la diversité des traditions scolaires. La richesse de notre société vient de la rencontre des fruits de parcours et d’enseignements divers : diplômé d’un collège rénové catholique, j’ai étudié avec des étudiants du traditionnel non-confessionnel bruxellois, je vis avec une Decrolienne et je bosse avec des gens de toute formation. C’est vrai, certains n’ont pas « choisi » leur parcours. Mais notre génération a eu l’occasion de s’insérer et d’interagir dans des systèmes pédagogiques réfléchis et cohérents par rapport aux exigences des enseignants de telle école et par rapport aux attentes des élèves.
Alors c’est vrai, il reste des écoles où les enseignants démissionnent. Où il n’y a aucune cohérence, aucun respect mutuel. Où la direction préfère attaquer des moulins comme le port du voile ou les machines à Coca plutôt que de former à la connaissance et émanciper les jeunes. Souvent, les responsables de ces désastres sont ceux-là même qui viennent aujourd’hui castrer les initiatives de leurs collègues en leur imposant des visions dogmatiques au nom du délit d’excellence.
S’il est vrai que la mixité, même intellectuelle, peut être profitable au forts comme aux faibles, ce n’est profitable que là où la pédagogie le prend en compte. J’ai interrogé un préfet d’une école réputée faible pour savoir quelle sera son attitude si ma fille, qui n’a jamais eu une cote en dessous de 85%, vient le voir en lui disant qu’elle s’ennuie. Sa réponse (alors qu’il est lui-même issu du Cabinet Arena) a été de dire qu’il sera toujours possible de réorienter vers une meilleure école après le 1er degré…
A l’heure où toutes les écoles devraient exiger plus d’autonomie de gestion, voilà un décret qui prétend nous faire avancer en nous ordonnant de reculer…JB