Les opinions et déclarations contenues dans ce témoignage n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions et positions d’enseignons.be.
Permettez-moi de pousser ici ce cri que je retiens depuis quelques jours. J’enseigne dans une « bonne école » de la Communauté française. Quand je dis une « bonne école », je veux parler d’une école où se côtoient des élèves de l’enseignement général, technique et professionnel, une école où les éclats, les renvois et les recours sont rares, une école au faible taux d’absentéisme, une école où il fait bon vivre pour tous.
Cet établissement accueille chaque année bon nombre d’enfants issus de l’enseignement primaire germanophone et, grâce au travail, à la compétence et à la réflexion de toute la communauté, ces élèves s’intègrent bien et poursuivent, le plus souvent, des études dans l’enseignement supérieur francophone.
Lorsque je dis que toute la communauté éducative travaille de concert pour faire de cette institution une école de la réussite, je ne perds pas de vue que les principaux artisans de ce succès sont d’abord mes collègues du premier degré qui accueillent les enfants à la sortie de l’école primaire et parmi eux, plus particulièrement, les professeurs de français. Surnommons-les Brigitte, Eliane et Francine.
Brigitte, parfaite bilingue, a la charge des classes où les germanophones sont les plus nombreux. Elle travaille de concert avec Eliane et Francine. Toutes trois ont beaucoup d’expérience et sont passionnées par leur métier. Chaque année ces trois professeurs sont les artisans du grand spectacle de l’école et ont à cœur de mettre en valeur « leurs » enfants. Rien n’est plus touchant que d’entendre ce jeune élève à l’accent encore prononcé s’exprimer sur scène ou cet autre gamin assurer la traduction de la représentation. L’année dernière Eliane est même allée plus loin, elle a inscrit sa classe d’expression à un concours de théâtre et a été récompensée.
Mais chacun le sait, et la presse ne manque pas de le rappeler à chaque rentrée des classes, l’enseignement en Communauté française est mauvais. Nous sommes au plus bas des tableaux européens. Alors on agit et on envoie dans mon école une cohorte d’inspecteurs.
On pourrait imaginer, au vu des résultats engrangés, qu’ils s’intéressent à ce qui permet cette « réussite », qu’ils interrogent les professeurs sur leurs méthodes, la direction sur la dynamique de l’équipe…
Rien de tout cela! Les inspecteurs (en novlangue « conseillers pédagogiques ») débarquent, réclament les travaux d’élèves de l’année dernière, épluchent les préparations, les cahiers de matières, de prévisions, réclamant les programmes (ils ne les connaissent pas?), cherchent la petite bête (oserais-je signaler la faute d’orthographe laissée sur un de leurs documents?) Et bien sûr critiquent…et critiquent encore.
Je tiens à signaler que la plupart de ces personnes n’ont pas de compétence particulière, que leur nomination est le plus souvent politique puisque les examens de recrutement ont été interrompus il y a huit ans et qu’on parle seulement de les réorganiser.
Avant hier, Eliane était en pleurs. Je l’ai entendue dire qu’elle regrettait d’avoir choisi ce métier. Moi qui la considère comme un modèle, je suis écœurée. J’attends de pied ferme mon propre inspecteur. A 54 ans, je n’aurai aucun scrupule à claquer la porte même si j’adore mon métier et les gosses qu’on me confie…mais j’ai aussi envie de dire aux jeunes « ne vous engagez pas dans l’enseignement! » Jamais votre travail ne sera valorisé, jamais vous ne serez reconnus, ne vous engagez que si vous êtes assez cyniques pour ne voir que les congés et négliger tout le reste. Si vous avez un idéal, une sensibilité ou une compétence particulière, allez voir ailleurs! Ici, ils seront bafoués et vous serez niés.
V. Lorquet, enseignante.
Je suis assez d’accord… et j’ai 3 ans d’ancienneté. Vive l’enseignement?
Apparemment, ces « CONseillers pédagogiques » sont clonés car celui qui est venu soi-disant conseiller mes collègues historiens ont eu le même effet, c’est bon si on ne leur a pas dit que leur travail ne valait rien.
ma collègue et amie Bernadette était en pleurs. Pourtant, huit de nos rhétoriciens de l’an dernier se sont inscrits dans une fac d’histoire. Allez comprendre…
J’ai 5 ans d’expérience et je garde naïvement l’espoir que ça changera…
J’ai 32 ans d’ancienneté et j’ai eu la chance à mes débuts d’avoir un inspecteur toujours à l’écoute et plein de bonnes idées à vous transmettre, Monsieur Fraikin (inspecteur de sciences économiques). Je n’ai donc aucune animosité vis-à-vis de l’inspection.
Si les reproches que l’on fait depuis quelques années à l’enseignement sont exacts et si les inspecteurs actuels y font écho, il ne faut pas oublier qu’ils viennent eux-mêmes de ce système et sont donc en partie responsables de ses défauts.
Quelles motivations peut-on avoir en devenant inspecteur?
Une augmentation de salaire?
Une fuite devant les classes que l’on ne peut plus supporter?
Dans ces cas, il serait mal venu de venir faire la leçon à ceux qui ont le courage de rester.
Un réel désir d’améliorer le système?
Dans ce cas, ne serait-il pas utile de mettre en avant les solutions qui marchent auprès de ceux qui ont des difficultés plutôt que de détruire ce qui fonctionne bien?
L’inspecteur est un conseiller et non une machine à broyer.
A moins qu’il n’ait en fait aucun pouvoir puisque tout lui est dicté et qu’il se venge en faisant retomber sur les personnes qu’il inspecte son sentiment d’inutilité.
Mais je voudrais aussi rappeler que dans l’enseignement subventionné, de nombreuses personnes (inutiles?) sont bombardées « détaché, conseiller pédagogique, conseiller pédagogique en chef…). Dès lors, ils devraient être les premiers mis sur la sellette car leur travail ne semble pas avoir porté ses fruits. Mais de cela il n’en est évidemment pas question car la plupart de ces personnes ont été placées là par le pouvoir politique et ça, on ne peut y toucher…
Monsieur le Ministre, vous qui avez été prof, il est temps que ça change, que les nouveaux enseignants comme moi ne craignent plus de faire appel aux inspecteurs de peur d’être cassés au lieu d’être aidés et encouragés. Il n’est pas normal de faire pleurer et de pousser en dépression des gens qui font un métier difficile et tellement utile !
Enseignant depuis trois ans dans le supérieur, j’ai vu débarquer un inspecteur dans mon école la semeine dernière. J’avais, 15 jours plus tôt, donné mon cours face à la Préfète, qui avait commenté qu’elle avait trouvé ma leçon intéressante et qu’elle appréciait que les élèves y participent activement et oportunément.
Mon inspecteur lui est resté trois heures et n’a trouvé que du mauvais. Il m’a fallu subir ses remontrances pendant une demi-heure. S’il avait voulu me faire renoncer à l’enseignement, il ne s’y serait pas pris autrement. Après avoir été « sonné » pendant quelques jours, j’ai repris du poil de la bête et retrouvé mon enthousiasme qui me fait travailler 50 heures par semaine alors que j’ai un horaire incomplet de 15 h par semaine. J’ai le feu sacré et l’envie de toujours mieux faire me fait consulter des collègues, des gens qui ont envie de me faire bénéficier de leur expérience. Mon inspecteur lui lustre son rapport d’insuffisance …
Rien à changer! C’est vraiment SCANDALEUX de la part de ces « inspecteurs » …Professeurs démolis par leurs propos…Révoltez-vous! Il y a cinq ans je crois (je ne compte plus les années), mon inspecteur de français m’avait reproché de ne pas être en ordre dans mes travaux!
Je vous explique…Je n’avais ni classe, ni armoire…Tous les travaux du premier trimestre étaient dans un énorme sac de voyage (difficile à porter)…amené bien gentiment dans le bureau de la direction. Remarque: tout était trié et emballé séparément!
Dans mon rapport est donc indiqué « PAS EN ORDRE! »…ce qui m’a valu de multiples petites remarques par la suite de la part de la direction « …mais toi, tu n’es pas en ordre! » et de rumeurs dans la salle des profs « l’inspecteur n’est pas content de… ». SUPER! Tout le reste, votre enthousiasme, votre bonne entente avec les jeunes, votre travail acharné, votre idéal poursuivi, votre inquiétude permanente pour les élèves ( Tiens, pourquoi est-il difficile depuis la semaine dernière? Celui-ci fait beaucoup d’efforts…Chouette! Oups, il faut m’y prendre autrement avec cette classe, cette méthode-là la lasse! Tiens, est-ce que cette excursion plairait aux élèves? Mais zut! C’est trop coûteux!Lectures…Quels livres cette année?)
Ceci , c’est 1% des épreuves endurées dans l’enseignement depuis 15 ans maintenant mais j’aurais trop peur de dégoûter les jeunes dans la profession en les racontant…et puis, j’aime encore ce métier malgré les gusses qui nous gouvernent avec leurs décrets à la con…Quand vont-ils demander notre avis?
Moi aussi, j’aime encore mon métier – quand je suis en classe, avec mes jeunes ! Quant aux élucubrations de nos inspecteurs, je pose mon postérieur dessus avec beaucoup d’aisance, et ceci, je l’ai dit en pleine face au mien, qui voulait ergoter. Après l’avoir laissé disserter pendant une demi heure, je lui ai poliment demandé s’il avait terminé sa diatribe et lui ai dit platement : »Eh bien, pour moi, c’est comme si vous n’aviez rien dit ! Je continuerai à travailler à ma façon, vous pouvez danser sur votre tête, je ne changerai rien, et il est inutile de vouloir hausser le ton, cela ne peut que vous rapporter une laryngite, ce serait dommage pour votre week-end !!, Sur ce, Monsieur l’Inspecteur, je vous salue, mes élèves m’attendent ! » Le monsieur a été sonné, n’a pas osé faire de rapport critique et quand il est revenu dans notre école, il a dit au préfet qu’il ne voulait plus venir me voir, que j’étais une personne non maléable et qu’il était de toute façon inutile de vouloir m’imposer quoi que ce soit et qu’en somme, je faisais du bon boulot, même avec mes méthodes peu orthodoxes !!
Comme quoi, ne vous laissez jamais faire par quelqu’un qui a, finalement, le même diplôme que vous !!
Quand on les envoie bouler poliment mais fermement, ils écrasent !!
J’ai demandé à une inspectrice de biologie ce 07 février 2009 si elle savait ce qu’était la dyslexie : elle m’a répondu qu’elle n’était pas médecin. C’est authentique et non exagéré, d’autres personnes l’ont entendu. Quant à un « conseiler pédagogique » de mathématiques, il ignorait que pour la partie orale d’une épreuve, un procès verbal doit être établi ». En fait, l’ascenseur social, ça marche, mais pas forcément pour les élèves. Il ne faut pas oublier que le calcul de la pension se base sur les cinq dernières années de salaire, quelle est la moyenne d’âge des « conseillers pédagogiques »?
Parent et non enseignant, j’entends bien ce que vous écrivez.
Mais moi, j’ai un autre souci qui ne trouve pas de solution.
Un enfant en 1e secondaire. Dans une école où on fait la file !
Un prof de cours important donnant aussi un cours à 3h semaine. Certainement moins important car de ces trois heures une seule est effectivement donnée ! Les autres sont consacrées à du renforcement de son cours important !
Un tiers de la matière a donc été donnée.
Je n’ai pas trouvé dans le cours de mon enfant les objectifs du cours, ni les compétences. Je n’ai jamais vu de grilles d’évaluation ou autres.
J’ai parlé au prof qui ne veut rien savoir. A la direction qui se dit incompétente, le prof étant nommé et au PO qui est très satisfait de ce prof qui « tient sa classe » et est excellent dans son cours principal.
Mon enfant voudrait poursuivre ses études en prenant plus d’heures de ce cours mal donné. Avec quel bagage ?
Et moi, parent, je n’y peux rien ? Personne ne peut entendre ma voix ? Je ne peux demander à personne d’inspecter ce professeur ?
Ce n’est pas juste !
Y a-t-il seulement une autre profession ou quelqu’un qui fait mal son travail n’est pas renvoyé ou au moins sermonné ?
Je découvre ce sujet.
Ne forcez-vous pas un peu le trait, chers collègues ?
Certes, il existe des inspecteurs mal polis, hautains… mais ils ne sont pas tous ainsi.
De plus, n’est-il pas normal de remplir les exigences que notre métier nous impose ? Avoir des cours en ordre, suivre le programme, rédiger un journal de classe… Quoi de plus normal ?
Dans toutes les professions, il existe des supérieurs hiérarchiques, des contremaîtres, des chefs d’atelier, des directeurs… chargés de vérifier le travail de leurs subalternes. Pourquoi l’enseignement agirait-il différemment ?
Déjà que, quand un prof est nommé, rien ni personne ne peut le déboulonner, heureusement qu’on vérifie parfois si ce qu’il fait est bien fait, non ?
J’ose croire que tous les « inspecteurs » ne ressemblent pas à cela…Se poser la question de savoir pourquoi certain(e)s choisissent une telle fonction constituerait, selon moi, une démarche judicieuse
Quelle est la validité d’un rapport d’inspection? Quelle est sa durée de validité? Quel crédit accordent les directions, tous réseaux confondus, à un rapport? Bon ou moins bon?
Pour l’avoir vécu, un rapport « positif » n’est pas nécessairement pris en considération par une direction…Cependant, si celui-ci est « négatif »…
Bien sûr, c’est un « éternel » temporaire qui vous parle…
Tout le probléme vient de la façon de concevoir la fonction d’inspecteur: est-elle la pour vérifier, contrôler, critiquer et sanctionner ? Ne devrait-elle pas être en priorité une aide pédagogique ? Mais vu l’incompétence et le manque d’expérience de certains comment voulez-vous aider ?
Pour aider, n’y a-t-il pas les conseillers pédagogiques ?
Il me semble que ce sont deux rôles différents !
Mais je suis d’accord pour dire que certains (inspecteurs ou conseillers) manquent de formation et d’expériences.
Cela dit, les premières interventions me paraissent un peu forcées.
Après une rentrée à nouveau très difficile car dans mon établissement nous avons eu beaucoup d’échecs aux examens de septembre, j’ai été à deux doigts de rendre mon tablier.
Les parents ne cherchent même plus le dialogue pour aider au mieux leur enfant mais « cassent du prof ». De toute façon quoique l’on fasse ce sera toujours les profs qui auront tort.
Que faut-il être ou faire aujourd’hui pour être considéré pour un bon professeur?
Et, par rapport aux inspecteurs, je partage les premiers avis car chez nous aussi ils ont démoli des enseignants chevronnés pour la seule raison que le journal de classe et leurs notes de cours n’étaient pas en ordre!
Beaucoup d’échecs aux examens de septembre, ça veut dire quoi ?
Combien d’examens par session ?
J’accueille un élève qui a raté son année après une 2e session où il a raté un examen sur 5 !! C’est limite, non ?
Comment peut-on donner en plus, de pareilles 2e sess ? C’est quasiment tout le cursus ! Comme si deux mois pouvaient suffir pour rattraper les lacunes de l’année.
Prenons nos responsabilités en juin ! Mais non ! On craint trop les recours…
@Stéphanie
Je suis en partie d’accord.
En fait les profs sont formés pour donner cours comme il y a 40ans, certains inspecteurs n’ont plus vu d’élèves depuis 10 ans ( et en 5 ans, cela change)
Les profs doivent agir. Comment? Je ne sais pas. Mais déjà en réagissant ici. Je suppose que Marie-Do a un collaborateur qui vint lire les commentaires ici…
Après deux ans, j’aurais aimé savoir si ceux qui ce sont exprimés ici ont vécu des changements, d’autres situations, comment cela évolue-t-il ?
Chez nous, la direction est excessivement pointilleuse sur tout ce qui nous est imposé d’avoir (programme, matière, jdc, grilles…) et les deux inspections que nous avons subies ce qont très bien passées. Nous y étions préparés.
Finalement, je trouve que seule la forme a changé, le contenu (dans mes cours) n’a pas été bouleversé et j’ai bien vécu cette inspection.
Et vous ?
Nous avons nous aussi « accueilli » l’inspection en français. Equipe soudée d’enseignants expérimentés, nous nous sommes entendu dire que notre cours était loin d’être parfait, mais que nous étions « sur la bonne voie ». Après plus de 30 ans d’enseignement, cela fait plaisir!!!!
@alain
Cela ne fait pas 30 ans que le programme actuel existe et que l’on demande d’évaluer des compétences.
Etre sur la bonne voie, c’est le principal, non?
Vous auriez préféré que l’on vous dise » votre cours est parfait, ne changez rien, endormez-vous sur vos lauriers »?
Non, j’aurais préféré qu’elle fasse preuve d’un peu d’ouverture d’esprit et qu’elle accepte d’autres conceptions que la sienne…
Voici plus de 10 ans que le décret mission a été voté et que l’on applique ces fameux socles. Vous enseignez dans le secondaire supérieur. Estimez-vous que vos élèves sont vraiment mieux formés? Vous seriez un des seuls. En économie,votre domaine, peut-être, en tous cas pas en français, je peux vous l’assurer. Interrogez vos collègues licenciés!!!( et vos collègues de l’enseignement supérieur)
@ Alain
Si l’on parle de la forme, je vous rejoins, même si je n’étais pas présent. Mais la perception est importante; et la responsabilité de eux qui évaluent.
Je fais toujours attention à la perception de mes élèves
Je ne crois pas que ce soit les programmes qui soient responsables de la bonne formation ou non des élèves….