Ces parents "bien nés" qui ont gagné

mixite-noelUn an après les célèbres files de parents devant les écoles secondaires, conséquence dramatique du décret « inscriptions » de Marie Arena, certains parents ont remis le couvert il y a quelques jours à l’intérieur de quelques établissements de Bruxelles et du Brabant wallon. Ils entendaient ainsi manifester leur soutien à ceux qu’ils appellent les « sans écoles« , ces enfants qui terminent cette année leurs études fondamentales et qui, pour l’instant, ne sont inscrits dans aucune école secondaire, faute d’avoir été tirés au sort… ou de n’avoir pas obtenu une place dans l’école de leur (premier) choix.

Cette nuit-là, ces parents ont réaffirmé avec force leur satisfaction de voir le décret Dupont enfin enterré mais aussi leur colère d’assister impuissants au sacrifice de toute cette génération d’écoliers, victimes de ce que le ministre a qualifié lui-même de système « grillé ». Pour eux, il est impératif que le système soit abandonné dès cette année!

Mais ces pères et mères ne sont pas les seuls à avoir leur avis sur le décret mixité. Moins médiatisées, certes, certaines associations continuent à défendre le décret du ministre de l’enseignement. La Ligue des familles en fait partie… Et sa plume n’hésite pas à défendre « l’indéfendable » :

Le ministre a cédé, des parents ont gagné. Tous les parents? On assiste aujourd’hui à un véritable conflit entre l’intérêt personnel et l’intérêt collectif. En tant que parent, je veux ce qui est le mieux pour mon enfant. C’est légitime, mais pas à n’importe quel prix! Si le prix à payer, c’est de nier ce droit « au meilleur » pour tous les enfants, c’est non! Devoir inscrire son enfant cinq ans à l’avance ou n’être admis qu’en fonction des résultats antérieurs, cela doit être définitivement du passé.1

Du coté des pro-décret, on retrouve  également le syndicat SEL-Setca ou la Ligue des droits de l’enfant. Ils plaident pour le maintien du système actuel mais avec de légères corrections comme la mise en place d’un dispositif de gestion des inscriptions centralisé et neutre.2

Christian Dupont, lui, a reçu à son cabinet, avant les vacances, de nombreuses associations de parents et directions. Ensemble, ils cherchent une solution visant à « dégonfler » au plus vite la bulle des inscriptions multiples. Et ce n’est pas gagné puisque la semaine dernière, la presse nous apprenait qu’un nouveau recours allait être déposé contre le décret mixité et cette fois au conseil d’État. Ce recours viserait la ville De Bruxelles. Notons que le décret mixité est déjà l’objet de recours auprès de la Cour constitutionnelle et du tribunal des référés de Bruxelles.

Bruxelles où la situation est des plus compliquée. La ville ne semble pas pouvoir gérer le tirage au sort imposé par le décret. Après les erreurs d’encodages à l’athénée Robert Catteau, d’autres erreurs ont été découvertes par l’administration bruxelloise. Ayant été incapable de transmettre dans les temps les listes des élèves inscrits dans ses écoles, la ville bénéficie de quelques jours supplémentaires pour se mettre en ordre. Le tribunal des référés a fixé une nouvelle audience le 9 janvier prochain.3

La bulle des inscriptions n’est donc pas prête de se dégonfler puisque d’ici là, la procédure d’inscription reste suspendue pour tous les établissements dépendant de la capitale.

Côté politique, le CDH commence à s’impatienter. Un sondage lui promet une fameuse facture à payer cash aux prochaines élections. Et même si l’addition devra être partagée, elle n’en sera pas moins salée pour la coalition rouge-romaine au pouvoir à la Communauté française. En coulisse, il se murmure que la Ministre de l’Emploi ferait pression auprès du président du PS, Elio Di Rupo, pour que la procédure soit abandonnée dès cette année, quitte à recommencer tout le processus selon d’autres modalités encore à définir. Mais jusqu’ici, le PS résiste. Jusqu’à quand?

  1. Source : Le Ligueur []
  2. Source : La Libre  – 27.12.08 []
  3. Source : Le Soir – 27.12.08 []

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9 réponses à Ces parents "bien nés" qui ont gagné

  1. Xavier dit :

    Je crois que pour ce décret, notre ministre devrait gérer le problème de manière professionnelle, ce qui n’a pas été fait jusqu’à présent -)

    En effet:

    1. La mixité sociale améliore-t-elle les résultats?

    Le décret est présenté de cette manière là.
    Mais est-ce le vrai objectif? La mixité sociale est un objectif défendable. Il faut cependant être honnête et ne pas annoncer de faux objectifs. L’Aped l’a bien reconnu et considère que les « moins bons résultats » sont un « prix à payer ». On peut être d’accord, ou pas, mais c’est honnête de le dire.

    2. Quel était l’ampleur du problème?

    La ministre Arena avait déclaré que cela concernait 3 % des écoles.
    Cela aurait été une bonne idée, ce sera une excellente idée de valider ce chiffre.
    Et de vérifier sur quels critères des élèves étaient refusés.

    Et le vrai débat sera celui-là: quels sont les critères objectifs valables pour refuser l’inscription d’un élève?

    3. Quel est le réel problème?

    Il a été dit maintes fois que le vrai problème n’est pas le nombre de places total, mais bien le manque de places dans certaines écoles.

    Deux possibilités:
    1. il y a des écoles plus demandées pour une « bonne « raison. Et il faut augmenter le nombre d’écoles de ce type. Est-ce la discipline? Le niveau des études? La culture de l’école? Les options proposées? Etude à faire et ensuite déterminer comment arriver à augmenter l’offre des ces types d’écoles.

    2. les parents veulent inscrire leurs enfants dans des écoles selon des critères non objectifs. Il faut alors mieux informer les parents.

    4. Ensuite seulement trouver un système vraiment équitable.

    Parce qu’il est clair que le tirage au sort était voué à l’échec.
    Et que l’on arrête de dire que les inscriptions multiples avaient comme seul but de torpiller le système. Il est tout à fait logique que les parents veuillent pouvoir choisir l’école de leur enfant. C’était d’ailleurs un objectif de ce décret. Il est donc tout à fait logique que les parents mettent toutes les chances de leur côté.

    Voilà, je crois que le problème est que l’on discute à plusieurs niveaux et que l’on mélange objectifs et moyens d’y parvenir.

    Le sujet est pourtant tellement important et l’enjeu de taille.

  2. pat dit :

    Le problème me semble autre que tout ce débat « bonne » ou « mauvaise » école. Enfants « bien nés » ou non.

    Il y a trente ans, l’obligation scolaire était de 16 ans. Ceux qui n’aimaient pas l’école (j’en ai eu dans ma classe) allaient travailler ou faisaient leur apprentissage.
    Pour des raisons politiques et financières, on a reculé l’âge de la scolarité à 18 ans.
    Et de plus, on laisse croire à tous que tout le monde peut faire des études dans l’enseignement général et accéder aux hautes écoles.
    C’est un leurre !

    Il y a aujourd’hui, autant d’enfants qu’hier, qui n’aiment pas l’école, qui ne sont pas faits pour des études « classiques », qui s’épanouiraient bien mieux dans le technique ou le professionnel.
    Tout cela n’a rien à voir avec le milieu social. Même si d’accord, les enfants issus de l’immigration partent avec un handicap. Je connais des crétins « bien-nés », comme vous dites !

    Mais certains ne veulent rien entendre. On laisse miroiter aux parents et aux enfants une réussite scolaire quels que soient leur niveau de capacités, leur investissement dans le travail, leur aptitudes… Et on attend bien sûr des profs qu’ils fassent réussir un maximum d’élèves !
    Arrêtons ces aberrations !

    Je rejoins Xavier sur la marche à suivre.
    Mais sur le fond du décret, j’émets de gros doutes. Ce décret, c’est l’arbre qui cache la forêt !

  3. Catherine dit :

    @Pat « Je connais des crétins “bien-nés”, comme vous dites ! »
    Je m’interroge sur le « crétin ». Est-on crétin parce qu’on n’aime pas l’école ou qu’on ne peut pas suivre l’enseignement « classique » (et attention, ne pas aimer l’école « classique » ne veut pas dire que l’on est fait pour le technique ou le professionnel). Tous les élèves qui vont dans l’enseignement technique ou professionnel sont-ils des crétins ? J’espère que non ! Sincèrement, je préfère que mon électricien (par exemple) soit compétent plutôt que crétin !

  4. pat dit :

    Vous faites un amalgame que je ne faisais pas du tout.

    Cette expression en titre « ces parents bien nés qui ont gagné » laisse croire que les gens « bien nés », aisé, friqué, bourgeois (c’est bien ça le sens ici, non ?) sont subtilement intelligents pour retourner un ministre et un gouvernement sur un décret qui visait à ce que les moins nantis aient accès à l’école de leurs enfants.
    Parlons franc, c’est bien ça qu’on dénonce ici depuis des mois, non ?

    Or, l’intelligence, la capacité à suivre des études « classiques » comme vous dites ne sont pas liés, il me semble, à la naissance, à l’origine sociale… Si l’argent rendait intelligent, cela se saurait aussi !
    Il y a de tout partout.

    Vous avez du mal me lire !

  5. Catherine dit :

    @Pat
    Je m’interrogeais surtout sur le lien entre « crétin » et enseignement technique et professionnel que vous aviez utilisés dans le même paragraphe.

    Par ailleurs, de nombreuses études ont montré qu’il existe bien un lien entre la réussite dans l’enseignement général et l’origine sociale (étant entendu qu’intelligence et origine sociale ne sont pas liées !).

    Lire par exemple : « Inégaux devant l’école : Enquête en Hainaut sur les déterminants sociaux de l’échec et de la sélection scolaires. J.P. Kerckhofs et N. Hirtt, 1997″ (http://www.ecoledemocratique.org/spip.php?article37)

  6. echocynique dit :

    En tout cas, à la manifestation, il n’y avait pas que « des parents bien nés », loin de là.

  7. pat dit :

    Vous avez raison, j’aurais du scinder le paragraphe.

    Je suis d’accord avec vous. L’origine sociale influence. Mais pourquoi ? Parce que dans les milieux moins favorisés la culture est jugée comme un luxe inutile ? Parce que la lecture est considérée comme une perte de temps ? Parce qu’on considère qu’un « intello » c’est un bon à rien, un fainéant ? (Je l’ai entendu dire, c’est pourquoi je me permets de le redire)

    L’image que chacun a de l’autre, l’image que chacun a de l’école ne va pas changer parce qu’on va obliger les parents à mélanger leurs enfants. Les élèves non suivis chez eux ou non encouragés ne vont pas devenir excellents tout seuls ou alors à quel prix !
    Or ce décret laisse croire au public que LA solution est dans le mélange, que les élèves plus faibles vont être tirés vers le haut, que les moins nantis vont avoir envie d’exceller à leur tour. J’en doute.
    Un enfant dont les parents n’accordent qu’une importance relative à la scolarité (et j’en vois des dizaines par an, hélas) et ce, quel que soit le milieu, ne va pas mieux réussir qu’avant parce qu’il sera dans une école d’enseignement général.
    Il faut certes les capacités mais surtout la volonté (et le goût pour ce type d’études) de l’enfant et l’encadrement nécessaire de la part des parents.

    J’ai souvent vu des enfants faibles réussir parce que leurs parents, leurs profs croyaient en eux. Je n’ai jamais vu d’enfants réussir sans soutien familial ou volonté personnelle d’y arriver.

  8. valérie dit :

    Ras-le-bol de tous ces gens qui donnent leur avis sans en subir au quotidien l’inquiétude et l’angoisse qui nous étreins depuis des semaines.
    Nous ne sommes pas de ces parents nantis et activistes comme on aime tant le dire ces derniers jours.
    Nous sommes simplement soucieux du bien-être et de l’avenir de notre enfant!
    Depuis quand est-ce devenu un crime?
    Ces politiciens sont-ils autant dépourvus d’imagination pour ne pas se rendre compte du chaos indescriptible qu’ils ont créé?
    Il me semble que si ces Messieurs avaient réèlement envie de résoudre les problèmes de l’enseignement, ils auraient pris leur décision en prenant le temps de la réflexion et non à la hâte comme M Dupont se plaît tant à nous le rappeler!

  9. rigaton dit :

    Avant la mixité scolaire, peut-être eût-il mieux valu mener une politique de mixité sociale ? des familles socialement défavorisées à Lasne, par exemple…