Le ministre Christian Dupont a accordé la grande distinction au « Contrat pour l’école« . Adopté en mai 2005, ce contrat, qui se décline en dix priorités, est destiné à mettre fin aux inégalités entre les élèves et entre établissements scolaires. Comment? En faisant en sorte que certaines filières ou options ne soient plus vécues par les élèves comme une véritable relégation. Parmi les 10 priorités, on retrouve la valorisation du métier d’enseignant, la maîtrise des compétences de base, l’engagement de nouveaux professeurs et instituteurs, etc.
Il y a quelques jours, Christian Dupont a dressé le bilan de quatre années de Contrat. Et c’est fièrement qu’il a souligné que ce dernier avait bénéficié d’un financement de 400 millions d’euros : 42 millions pour la mise en oeuvre directe du Contrat, 40 millions pour l’encadrement différencié, 100 millions pour les revalorisations barémiques, 30 millions pour les bâtiments scolaires, 2,5 millions pour le plan de lutte contre la violence scolaire, etc.1
Le ministre a alors rappelé les différentes mises en place sur le terrain : les épreuves externes certificatives pour tous les élèves (CEB, TESS…), 1.000 enseignants en plus en maternelle et primaire, l’extension des classes en immersion linguistique, la réforme du 1er degré du secondaire… Avec un mot pour le Partenariat Public-Privé qui devrait injecter près de 1 milliard d’euros destiné à rénover certaines écoles de la Communauté française.
Et les enseignants n’ont pas été oubliés. Pour Christian Dupont, leurs conditions de travail ont été améliorées grâce au statut accordé aux puériculteurs, au nouveau statut des directeurs d’école, à l’augmentation de l’encadrement dans les différents niveaux. De plus, les accords sectoriels négociés avec les syndicats ont permis de maintenir le dispositif des fins de carrière.
Notons aussi le remplacement plus rapide des enseignants absents ainsi que le paiement des traitements de décembre en décembre.
Cerise sur le gâteau, le ministre de l’enseignement signale que toutes ces mesures ont été globalement bien soutenues par l’opposition (Ecolo a approuvé 65% d’entre elles contre 40% pour le MR) et les syndicats (soutenant 87% des mesures et n’en rejetant que 2,3%).
« Pourquoi ne pas continuer dans cette voie? » semble être le message de la majorité. Mais les « réussites » de la coalition rouge-romaine au pouvoir ne doivent pas masquer quelques échecs cuisants : le décret mixité, of course, mais aussi la valorisation du métier d’enseignant (le traitement de décembre en décembre n’est pas une avancée significative à nos yeux), l’enrayement de la pénurie de profs (liée à cette non-valorisation), en particulier dans les établissements difficiles, l’encadrement des jeunes enseignants grâce à un stystème de tutorat, l’absence d’heures de remédiation dans de nombreuses écoles…
Même s’il reste du pain sur la planche, Christian Dupont est heureux de son bilan. Mais ce n’est pas lui qui jugera… les examens, c’est en juin. Et pas avant.
- Source : Le Soir – 26.03.09 [↩]
« l’enrayement de la pénurie de profs »
Dans mon établissement situé ^pourtant en zone rurale (Luxembourg), deux profs du DI (sciences et anglais) n’ont pas été remplacés cette année alors qu’ils étaient absents plusieurs mois. Cela en dit long sur la pénurie d’enseignants qui s’aggrave d’année en année. Sans revalorisation financière substantielle, on voit mal comment la CF pourra enrayer ce phénomène. Mon épouse enseigne en Haute Ecole pédagogique et elle me confirme que la plupart des profs qui sortent sont non seulement en très petit nombre mais qu’ils ne s’engagent pas dans la carrière d’enseignant.
Oui. Mais vous parlez de revalorisation financière. Or, les politiques sont convaincus que ce n’est pas cela qui motivera les profs à rester dans les classes (ou à s’engager dans le métier).
Ont-ils tort?
Dans un pays voisin – le Luxembourg – les profs commencent par un salaire net de base de 3000 €. Je pense qu’aux yeux des élèves et de leurs parents cette rémunération implique déjà une position sociale assez haute dans la société d’où logiquement un surplus de respect. Maintenant, c’est utopique en Belgique évidemment. La plupart des jeunes collègues que j’ai pu côtoyer ont surtout arrêté à cause du manque total de respect à leur égard, non seulement par le biais des élèves mais aussi de leurs parents. Cette constante remise en question de l’autorité des profs est une erreur majeure. Cela a commencé avec les recours, bientôt il y aura des délégués d’élèves aux conseils de classe avec éventuellement leurs avocats. On est au royaume de « l’enfant-roi » et de l’élève-roi » et le prof n’a qu’à se coucher. Devant une telle humiliation, comment s’étonner que les jeunes se tournent vers des métiers plus « respectables ». Le législateur serait bien inspiré de pondre enfin des lois contraignantes qui limiteraient les brimades quotidiennes que subissent les profs dans leurs écoles : manque de politesse, grossièretés, agressivité verbale (et parfois physique aussi mais ce sont des chiffres qu’on préfère cacher à cause de la sacro-sainte concurrence), … . J’estime qu’on va droit dans le mur. Les derniers événements dramatiques dans les écoles témoignent de ce climat de violence latent. Je ne dis pas qu’il s’agit d’une majorité d’élèves mais d’une minorité d’élèves agissante mal éduquée, sans valeurs, sans connaissance des règles élémentaires de vie, … . Le prof, pour retravailler dans des conditions sereines, devrait être encadrer dans un halo juridique protecteur. Personnellement, j’estime qu’il n’est pas dans mes attributions de rééduquer des gosses auxquels on n’a rien appris, j’ai un savoir à dispenser, je laisse cela au social (c’est une spécialité belge) et au culte de l’assistanat.
Et voilà notre grand dirigeant sur les traces de Staline, Mobutu, et autres drôles. Il a raison de se donner un auto-satisfecit, comme personne d’autre ne le lui donnera… Et nous continuons à descendre gentîment à Pisa. Bravo, super ! Il est vraiment, il est vraiment, il est vraiment phénoménal…
Il est marrant Dupont, 91%, pourquoi pas 91,45258 % ?
Deux réflexions:
1. Dans l’enseignement (aussi, les profs font leur possible pour mesurer les performances de manière (la plus) objective (possible). Ici, le ministre ferait bien de rappeler les objectifs et la manière dont ils sont atteints. Il est content « parce que plein de centaines de millions ont été dépensés ». mais les résultats?
2. Si les objectifs ont été « presque atteints », c’est que ces objectifs n’étaient vraiment pas ambitieux. parce qu’en termes d’amélioration, je n’ai rien vu. 1.000 profs en plus? Moins d’1%, moins que le nombre de profs absents, moins que le nombre de postes non remplis pour cause de pénurie.
J’en ai marre que les ministres nous prennent pour des débiles qui ne savent pas décrypter des chiffres!
Sans doute les syndicats ont-ils aussi usé de leur influence pour lui faire adopter telle ou telle mesure…
Je voudrais que quelqu’un de compétent (pas moi), rédige aussi un article sur le SEGEC, le Grand Patron de l’ensiegnement libre. Il me semble qu’il y aurait aussi beaucoup à dire sur eux et leur influence. Ce n’est pas toujours transparent…
En fait, les stats, on leur fait dire ce qu’on leur veut dire:
83% des écoles qui ont bénéficié du projet Cyberclasses ont été inaugurées officiellement.
0,18 % des écoles wallonnes sont équipées après 3 ans de projet Cyberclasses.
Je ne vois pas d’où viennent les 91% ….
Je suis totalement d’accord avec tout ce que disent mes collègues ci-dessus. Se rend-il seulement compte de l’énormité de ses propos ???
Peu importe qu’il s’en rende compte finalement. Car ce qui est visé c’est qu’on en parle. Quand monsieur toutlemonde lit dans son quotidien que notre ministre a réalisé 91% de ses objectifs, il ne sait pas ce qui se cache réellement derrière ça. Et ce sont encore et toujours les enseignants qui passent pour des em… et des incapables ! Eux qui ne savent faire que râler et rouspèter.
Il serait temps que cette désinformation s’arrête mais quel journaliste aura jamais le culot de le faire ???
à Franufle, suite à votre remarque « Personnellement, j’estime qu’il n’est pas dans mes attributions de rééduquer des gosses auxquels on n’a rien appris, j’ai un savoir à dispenser, je laisse cela au social (c’est une spécialité belge) et au culte de l’assistanat. »: Je suis heureuse de constater que cet avis est personnel, et je pense que c’est sans doute la raison pour laquelle vous n’êtes ni universitaire ni bien payé. NB « encadré » est un participe passé, pas un infinitif. Je vous invite à relire le décret mission et à étudier le principe de séparation des pouvoirs en ce qui concerne le rôle des délégués d’élèves. La violence et l’humiliation n’est pas unilatérale dans les écoles.
Franufle, que faites-vous dans l’enseignement? C’est vrai que si tous les profs ont votre mentalité, on court droit dans le mur (pour vous paraphraser).Comme vous semblez fort sensible à la rémunération, sachez que votre comparaison avec le pays voisin que vous citez est fort mal choisie. En effet, les salaires au Lululand sont TOUS plus élevés. Comparaison n’est donc pas raison. Vous avez également oublié de préciser qu’en Belgique,un enseignant licencié est rémunéré pour 16 (eh oui, seize) heures de prestation/semaine lorsqu’il a un horaire complet. Ajoutez plus d’un quart d’année de congés scolaires rémunérés, d’excursions et jumelages divers pendant lesquels rien n’est enseigné et je crois que le tarif horaire n’est pas si mauvais que vous ne semblez l’écrire. En ce qui concerne votre requête de « halo juridique protecteur », je crois rêver. La plupart des métiers ont un ordre disciplinaire de surveillance qui est compétent en cas de litige. Dans l’enseignement, il n’y a que des neffles et vous demandez encore une couverture supplémentaire. Vous évoquez également les profs absents et non remplacés. Si l’absentéisme couvert par certificat médical de complaisance n’était pas aussi important dans le corps enseignant, le problème des remplaçants serait certainement moins délicat. Quant aux nouveaux diplomés d’école normale qui choisissent une autre orientation(cfr votre épouse, probablement à Virton), il faut relativiser ce problème et le mettre en relation avec votre proximité du Luxembourg. Un instit ou un régent gagne plus de l’autre côté en y exerçant un autre boulot et il ne sait pas enseigner là-bas car il ne connait ni l’allemand, ni le luxembourgeois qui y sont exigés. En ce qui concerne votre vision de l’enfant-roi, vous semblez ignorer les parents qui donnent une éducation sérieuse et respectueuse. Enfin , pour terminer, c’est vrai que la violence est omniprésente dans les écoles mais à qui la faute? A force de vouloir obtenir des subsides par élève inscrit, on crée des établissements qui deviennent ingérables. Je suppose aussi que vous savez qu’un directeur d’école est rémunéré au prorata du nombre d’élèves inscrits. En 1°année (ens fondamental) on mettait mon gamin dans la poubelle en cour de récré et les profs qui surveillaient ne disaient rien. En 3° année, c’était les menaces au couteau. J’ai été dans l’obligation d’aller faire la leçon moi-même dans la cour. Le dirlo est sorti de son bureau et quand il a vu qu’il y avait un problème, il s’est empressé de faire demi-tour. Je suis retourné le lendemain afin de m’excuser auprès de l’enseignant pour mon ingérance. Il m’a répondu que j’avais eu raison de mettre les choses au point. Mais bon sang, était-ce mon rôle ou le sien? Et pendant ce temps-là, on deale derrière les batiments…et personne ne voit rien…ou ne veut rien voir. Alors, Franufle, comment voulez-vous que les parents aient encore de la considération et du respect envers ceux qui sont censés former NOS enfants. Et quant on sait que la jeunesse constitue l’avenir du pays…quel gâchis !!!
« Vous avez également oublié de préciser qu’en Belgique un enseignant licencié est rémunéré pour 16 (eh oui, seize) heures de prestation/semaine lorsqu’il a un horaire complet »
Euh … pas vraiment non ! Le licencié preste entre 20 et 22h / semaine sans compter les heures de fourche, les déplacements parfois énormes et les heures prestées à domicile ! J’estime faire mes 38h /semaine comme les autres !
Ceci dit, je suis loin de partager le point de vue de Franulfe mais je peux comprendre que sans la vocation des tas de jeunes contournent ou quittent la profession ! Faut quand même le vouloir dans certains établissements … ou – comme par hasard ! – il n’y a que des jeunes profs qui ne savent pas à quoi s’attendre en acceptant !