L'école n'est plus un ascenseur social

dC’est un constat amer mais implacable que nous livre une équipe de sociologues de l’ULB : en Belgique, les élèves d’origine étrangère affichent des performances scolaires bien inférieures à celles des Belges. Avec la dernière enquête Pisa comme base de travail, ces chercheurs affirment que la Belgique est le seul pays industrialisé à présenter un fossé aussi grand entre les élèves issus de l’immigration et les autres. Les résultats des premiers sont parmi les plus faibles du monde développé.

Plutôt accablant pour nos écoles dont le rôle d’ascenseur social est plus que jamais remis en question.

Mais revenons à Pisa. Cette enquête, vous le savez, mesure les performances des élèves de 15 ans, dans 57 pays, en lecture, en mathématiques et en sciences. En maths, les jeunes francophones obtiennent une moyenne de 510, pour 500 de moyenne OCDE. Correct, sans être brillant. Mais les élèves d’origine étrangère (seconde génération) pointent à peine à 444… et même 406 pour les primo-arrivants. Vous avez dit mauvais?

Les résultats ne sont pas meilleurs en lecture. Si un ado francophone sur cinq connait de graves lacunes, ils sont 50% ,pour les immigrés récents, à se ramasser en « compréhension de l’écrit ». Est-ce propre à la Communauté française? Si peu… Le chiffre passe de 50 à 40% pour les mêmes élèves au nord du pays. Un mal belge donc.

Si d’autres pays comme le Canada ou l’Australie réussissent à hisser jusqu’à 15% de leurs élèves immigrés dans le peloton des « top performers » (les élèves obtenant les meilleurs niveaux), à égalité avec leurs élèves autochtones, la Belgique est très loin de les imiter. Pourquoi? Les auteurs identifient plusieurs facteurs déterminants : la langue parlée à la maison (surtout en Flandre) et le niveau socioéconomique des parents. Nul besoin de vous faire un dessin. Ces populations appartenant majoritairement aux classes sociales les moins favorisées, les élèves qui en sont issus obtiennent de moins bons résultats que leurs camarades issus des couches plus aisées de la société.

Ségrégation économique et ethnique

Mais ce n’est pas tout. Les auteurs pointent également notre système scolaire, son modèle de séparation et son organisation de quasi-marché qui entrainent une forte ségrégation – à la fois économique et ethnique -  scolaire tant au nord qu’au sud du pays. Et la solution? La mixité sociale, encore et toujours… qui irait de paire avec un investissement massif en moyens humains et financiers des écoles qui accueillent un large public d’origine immigrée. Sans oublier, bien sûr, un travail au niveau des pratiques pédagogiques (une meilleure formation des enseignants) et des mentalités, aussi bien pour les acteurs du terrain que pour les parents.

L’étude propose de s’inspirer de pays comme la Finlande (on le saura!) ou la Pologne, dont les systèmes d’enseignement unifiés obtiennent de bien meilleurs résultats que là où ils sont différenciés et morcelés en réseaux concurrents. On veut bien le croire.1

  1. Source : Le Soir – 27.04.09 []

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13 réponses à L'école n'est plus un ascenseur social

  1. elia dit :

    L’école ne peut pas réussir à elle seule, là où le monde politique échoue sur tous les plans !
    Pour booster les enfants issus de milieux défavorisés, il faudrait qu’il y ait au moins un enjeu à la clé. La perspective du chômage n’est pas vraiment ce qui s’appelle un idéal de vie.
    Dans la société d’aujourd’hui, les riches s’enrichissent toujours plus et les pauvres s’appauvrissent. L’inégalité sociale se retrouve dans la société toute entière. L’école ne peut rien toute seule.
    De plus, les moyens alloués sont dérisoires. Quand une école primaire de 500 enfants voit l’assistante sociale et la logopède une fois par semaine, comment peut-elle proposer aux enfants en difficulté un suivi correct et réel ?
    Quand une école doit choisir entre remplacer la chaudière en panne ou continuer de subsidier une étude dirigée, comment peut-elle espérer tirer ces enfants vers le haut ?
    Il est écoeurant de voir qu’on jette l’argent par les fenêtres dans certains secteurs (circuit de Francorchamps, voyages ministériels, travaux inutiles, revue Prof…) et qu’on mégotte sur des investissements à long terme de l’autre !

    Mais nous n’avons jamais que les politiciens qu’on mérite puisque c’est nous qui les élisons !

  2. franufle dit :

    Il est assez paradoxal de constater que la Wallonie compte plus ou moins 20 % de chômeurs, ce qui fait d’elle une des régions les plus sinistrées de l’UE et malgré tout… elle accueille un pourcentage non négligeable d’étrangers. Evidemment, nul besoin d’avoir fait une thèse en économie pour comprendre que c’est la protection sociale wallonne qui attire ces gens. Maintenant, que l’on ne déforme pas mes propos : je pense que notre région doit les accueillir, ne fut-ce que par solidarité, également pour palier notre déficience démographique mais il est illusoire de croire que l’ascenseur social peut fonctionner alors que notre région propose très peu de perspectives économiques. En outre, les difficultés d’apprentissage sont également liées aux problèmes que pose la langue française, une langue assez difficilement maîtrisable en peu de temps.

    « Les systèmes d’enseignement unifiés obtiennent de bien meilleurs résultats que là où ils sont différenciés et morcelés en réseaux concurrents »

    C’est une évidence mais tout le monde sait également que le réseau catholique ne veut pas d’un seul réseau. L’Eglise catholique a perdu énormément d’influence sur la société belge et le réseau d’enseignement constitue un de ses derniers vecteurs de prosélytisme. L’Eglise ne va pas scier la branche sur laquelle elle est assise. Personnellement, je pense que la croyance (ou son absence) devrait rester strictement dans la sphère privée mais on ne raye pas d’un trait de plume 2000 ans de catholicisme triomphant. C’est la vocation de toute religion d’attirer à elle de nouveaux fidèles.

  3. Echocynique dit :

    Comme dit le MR, l’école doit être un escalier social, pas un ascenseur

  4. Echocynique dit :

    @ franufle

    Un seul réseau, oui, mais le réseau libre qui donne de biens meilleurs résultats

  5. franufle dit :

    « Un seul réseau, oui, mais le réseau libre qui donne de biens meilleurs résultats »

    Je n’ai pas envie de polémiquer sur les chiffres mais les enquêtes PISA démontrent que le libre et l’officiel sont au coude à coude dans les (très) moyens résultats obtenus en CF. Or, il s’agit d’une évaluation externe internationale peu suspectée de parti pris dans nos très petites querelles. Et comme dit sur un autre forum, pourquoi j’irais enseigner dans un réseau qui ne respecte pas mon absence de croyance ?

  6. pat dit :

    « Pourquoi j’irais enseigner dans un réseau qui ne respecte pas mon absence de croyance ? »

    De même, pourquoi irais-je enseigner dans un réseau qui ne respecte pas mes convictions ?

  7. Bibi dit :

    Ayant travaillé dans le libre et à la communauté, j’aimerais vraiment qu’on arrête de dire que c’est dans le libre qu’on est le plus intolérant.
    Nous sommes tous différents, nous enseignons tous de façon différente, alors pourquoi ne pas accepter les autres tels qu’ils sont, avec leurs convictions et leur absence de convictions.
    De l’intolérance, il y en a sûrement des 2 côtés car chacun veut protéger sa tartine.
    Moi, j’ai la chance de travailler avec des gens ouverts aux autres, respectant l’individualité de chacun qu’ils soient croyants ou non croyants, qu’ils soient de confession musulmane ou chrétienne, qu’ils soient blancs ou noirs, qu’ils soient valides ou invalides. Mon collège regorge d’exemples en ce sens… Enseigner, c’est d’abord montrer l’exemple.

  8. elia dit :

    Je partage l’avis de Bibi.
    Dans mon école libre, il y a des profs musulmans et des athées. Il y a des crucifix dans les classes par tradition mais personne ne s’en offusque.
    Aux repas de profs, il y a du porc et du mouton.
    Il n’y a plus de messes scolaires mais on propose encore aux profs à Noël et en fin d’année une animation multicurelle.
    Il n’y a pas un réseau plus ou moins tolérant que l’autre. Il y a des gens plus ou moins intolérants que d’autres.

  9. franufle dit :

    Je n’ai jamais prétendu que le réseau libre était plus intolérant qu’un autre. J’y ai fait quelques remplacements et j’y ai toujours été très bien accueilli. Par contre, que vous le vouliez ou non, c’est l’Eglise catholique qui est derrière ce réseau. Or, pour moi, l’Eglise catholique a prouvé son intolérance tout au long de son histoire. On peut même affirmer qu’elle s’est montrée bien moins tolérante que l’Islam par exemple, notamment à l’égard des Juifs. Depuis sa perte de vitesse, elle a bien perdu de sa morgue mais je n’oublierai jamais que mon statut d’incroyant m’aurait conduit au bûcher il n’y a pas encore si longtemps. Dont acte.

  10. elia dit :

    Comme le statut de chrétien a conduit des centaines de Russes à la mort ! (De Russes, d’Israéliens, de Somaliens et bien d’autres…)

    Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, Franufle !

  11. pascal dit :

    L’école ne peut pas tout réussir toute seule.
    L’école ne peut pas être rentable comme une entreprise ; elle ne crée pas des produits de consommation (même si certains le souhaiteraient). Veut-on faire de nos jeunes des humains responsables et critiques ou juste des ressources humaines qu’on exploitera puis qu’on jettera après usage ?
    Nos politiciens n’ivestissent pas dans l’enseignement. Ils se contentent de gérer les écoles comme des entreprises et ne tiennent pas compte du facteur humain. C’est la mondialisation qui leur dicte leurs décisions et ils hypothèquent terriblement l’avenir en agissant ainsi.
    Les profs sont sans doute les derniers à proposer aux jeunes des repères, des valeurs de citoyenneté, de culture… Mais ces repères ne correspondent plus à ceux que leur impose le monde. Le temps où l’école, la famille, la société parlaient d’une même voix est révolu.
    Mais on ne pointe du doigt que l’école !
    On demande de plus en plus à l’école de remplir des missions qui ne collent pas à la réalité dans laquelle vivent les jeunes. On transforme l’école en une espèce d’asile de la bonne conscience, de la connaissance où on devrait apprendre tout ce que le monde politique, leurs parents, la société n’essaient plus de leur apprendre. Et puis on s’étonne que les jeunes la méprisent ou le rejettent. Et que l’école ne les hissent plus à la plus haute marche des podiums.
    Mais on a l’école qu’on mérite, messieurs les politiciens ! Voyez simplement la place qu’elle prend dans vos programmes électoraux, dans vos dépenses annuelles ! Et surtout le manque d’ambitions réalistes que vous avez pour elle !

  12. dufauxj dit :

    Je reste persuadé que, malgré des déclarations fracassantes dans les médias, le monde politique n’a pas vraiment envie de cet ascenseur social et ne fait rien de vraiment concret et sérieux pour y arriver.
    On dirige mieux des moutons incultes que des citoyens instruits !

  13. Echocynique dit :

    @dufauxj,

    Mes deux minutes d’adepte de la théorie du complot:

    Quels sont les électeurs du PS? Principalement des personnes dont les revenus sont les plus bas et dont le diplôme est le plus bas. A tort ou à raison, je ne prends pas position.

    Quels sont les électeurs du MR? Principalement des personnes à revenus plus élevés.

    Qui a intérêt à ce que l’enseignement soit de qualité?

    Qui a intérêt à ce que l’enseignement ne soit pas de bonnes qualité?

    Pour améliorer la qualité de l’enseignement, il faudrait peut-être en donner la responsabilité au parti qui a le plus intérêt à ce que cet enseignement soit de bonne qualité…