La France propose la fouille des élèves

xavier-darcosLe 10 mars 2009, une vingtaine de jeunes encagoulés pénètrent dans un lycée de la banlieue parisienne. Armés de barres de fer et de couteaux, ils s’en prennent à des élèves de l’école. Bilan : 12 blessés.

Le 19 mars, c’est dans un collège du Val-d’Oise qu’une dispute entre jeunes éclate. Des amis sont appelés en renfort par téléphone. Le principal, qui tentait de s’interposer, est roué de coups.

Le 5 mai, c’est un ado de 16 ans, scolarisé dans les Yvelines, qui est poignardé de trois coups de couteau dans le dos lors d’une rixe avec une bande rivale. Le jeune décédera des suites de ses blessures.

Dix jours plus tard, le 15 mai, une enseignante de Fenouillet, près de Toulouse, en Haute-Garonne, est poignardée par l’un de ses élèves de 13 ans. Motif : le jeune n’avait pas supporté d’être puni pour un devoir de maths non fait. L’enseignante est toujours entre la vie et la mort.

C’est dire qu’il n’y a pas une semaine en France sans qu’un grave fait divers vienne faire la une de l’actualité. La violence s’incruste à l’école, y prolifère… A tel point que le président français Nicolas Sarkozy a sommé son gouvernement de prendre des mesures au plus vite. Le ministre de l’Education, Xavier Darcos, s’est rapidement mis à l’ouvrage et vient de rendre sa copie.

Il propose d’autoriser les directeurs et le personnel administratif (entendez : pas les profs) à fouiller les élèves qu’ils soupçonnent de vouloir introduire des armes ou objets prohibés dans l’enceinte de l’établissement. Ces adultes pourraient aussi exiger des enfants qu’ils vident leur cartable.

Des portiques de sécurité pourraient également être installés à l’entrée des écoles afin de détecter des armes éventuelles. Le ministre propose aussi la mise sur pied d’une section d’intervention composée d’hommes spécialement formés à prévenir la violence dans les écoles et, au besoin, la réprimer. Les projets pilotes de policiers-référents à l’école pourraient être étendus. Enfin, Xavier Darcos propose de frapper au portefeuille les parents démissionnaires (parents d’enfants délinquants récidivistes) : ces derniers pourraient se voir sucrer leurs allocations familiales.

A droite, les idées ne manquent pas. La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie souhaite interdire le port de la cagoule. Le député UMP des Alpes-Maritimes Christian Estrosi a évoqué des peines de prison avec sursis pour une gifle à un enseignant et jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour une intrusion en bande à l’école.

Les syndicats, comme la gauche, suffoquent ! Ils rappellent que les violences physiques ne sont qu’une infime partie des violences rencontrées à l’école. Ils pointent plutôt les violences verbales et les incivilités. L’ancien ministre socialiste de l’Education, Jack Lang, parle de dérives sécuritaires.

C’est d’encadrement dont l’école a besoin. Des portiques de sécurité, cela va coûter plus cher que tous les postes supprimés dans l’éducation.

Il ne s’agit, pour l’heure, que de pistes de réflexion. Mais Nicolas Sarkozy doit rendre ses arbitrages la semaine prochaine. Alors que les élections européennes se profilent, le président pourrait être tenté d’adresser un signe à son électorat… au risque d’ouvrir un nouveau front avec le monde de l’éducation, après les « tensions » provoquées par la réforme de l’enseignement supérieur.1

  1. Source : 23.05.09 []

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