Exclusif ! Dans un souci de toujours mieux vous informer, Enseignons.be s’est lancé dans une tournée des différents partis politiques. Sans tabous, nous avons posé nos questions aux représentants socialistes, libéraux, humanistes et écologistes qui ont accepté de nous recevoir. But du jeu : vous présenter ici les grandes lignes de leur programme et leurs projets (lire l’interview exclusive ci-dessous) pour l’enseignement de demain.
Le programme du CDH pour l’enseignement :
L’interview de Julie de Groote :
La troisième à avoir accepté notre invitation est Julie de Groote, députée CDH à la Communauté française et présidente de la Commission enseignement. Nous lui avons posé quelques questions.
Et Mme de Groote nous a répondu. Nous vous proposons de découvrir ici le projet du CDH…
Oui à l’objectif, non à la méthode
Jonathan Fischbach : Quel bilan tirez-vous de ces 5 années passées au gouvernement de la Communauté française? Estimez-vous que le CDH a apporté sa pierre à l’édifice? De quoi êtes-vous fiers?
Julie de Groote : Je souligne que c’est la première fois que l’on s’est attaqué ainsi, de manière structurelle, à la lutte contre l’échec scolaire. La majorité PS-MR-Ecolo au pouvoir de 1999 à 2004 n’avait rien proposé en la matière. On s’est attaqué à des réformes pour les jeunes, afin qu’ils puissent voir leurs rêves leur appartenir. Mais qu’avons-nous vraiment fait ces dernières années…
- On s’est recentré sur les apprentissages de base;
- On a lancé les évaluations externes et le CEB externe en fin de primaire;
- Nous avons créé un cadre pour l’immersion;
- On nous doit les 40 millions destinés à financer l’encadrement différencié et l’engagement de 2.600 professionnels de l’éducation (enseignants, éducateurs…);
- Nous avons investi dans l’enseignement qualifiant avec, par exemple, les 60 millions pour les Centres de technologie avancée à Bruxelles.
- Et n’oublions pas les manuels que nous avons remis au goût du jour, les cadres pour les CPMS et l’inspection…
Toutes ces mesures sont inédites et nous sommes fiers de les avoir portées. Bien sûr, il faudra les évaluer dans les prochaines années.
Jonathan Fischbach : L’opposition Ecolo-MR n’a pas de mots assez durs pour critiquer cette législature où la coalition rouge-romaine aurait, selon eux, failli dans le domaine de l’enseignement. A ceux qui vous critiquent d’avoir d’abord voté puis désapprouvé le décret mixité, que répondez-vous?
Julie de Groote : L’objectif du décret mixité était partagé par tous, c’est sur la méthode qu’on s’est planté. Je peux le dire aujourd’hui, il n’y aura plus jamais de tirages au sort. Je pense qu’on ne peut pas amener une telle transformation de la société, de telles réformes, sans l’adhésion de tous les acteurs (parents, enseignants, directions…). Nous avons à présent jusqu’au 15 février 2010 pour trouver une solution, pour lancer ce débat de société, sans mesures d’autorité… et cela passera certainement par une plus grande autonomie des établissements. Le dernier décret voté autorise certaines écoles à Bruxelles à augmenter le nombre de places disponibles en 1ère année, entre autre… Mais c’est une solution provisoire.
Le financement différencié portable
Jonathan Fischbach : Ecolo soutient depuis longtemps le principe de financement différencié (plus de moyens aux écoles qui accueillent un public moins favorisé). Le MR parle, lui, de financement différencié portable (propre à l’élève). Que propose le CDH?
Julie de Groote : C’est amusant car aujourd’hui, le financement portable est étiquetté MR alors qu’il a longtemps été défendu par Marcel Cheron (Ecolo). Pour moi, ce genre de financement doit se faire en deux phases. D’abord, soutenir les écoles qui rencontrent de grandes difficultés. Ensuite, pourquoi pas, mettre en place le financement portable par élève. Il aurait le mérite d’apporter une réponse à la mixité puisqu’il permettrait d’inscrire des élèves en 1ère secondaire… qu’on retrouverait en dernière année. L’école aurait tout intérêt à les garder. Alors, comment pourrait-on procéder? En Flandre, ils ont recours à des questionnaires (quel est le diplôme de la mère? Les parents reçoivent-ils une aide du CPAS, etc.). Jusqu’ici, cela coince plutôt en Communauté française puisque le mot d’ordre est, et je peux le comprendre : pas de stigmatisation ! En revanche, laisser une jeune maman d’origine immigrée aller inscrire son fils dans un établissement réputé de la capitale, et se frotter au chef d’établissement, ne choque personne. Elle est pourtant là la stigmatisation. Quelle chance à cette mère si on ne lui donne pas un petit coup de pouce? Ce que l’on peut mettre aussi en avant, ce sont des statistiques par quartiers, qui sont relativement justes, mais qui n’induisent pas une mixité personnelle au sein de chaque école.
Une formation en cinq ans
Jonathan Fischbach : Que proposez-vous pour revaloriser le métier d’enseignant? Pensez-vous qu’une hausse du salaire poche soit envisageable? Quels autres avantages pouvez-vous offrir aux enseignants (dont près de 50% quittent l’école dans leurs 8 premières années) qui les feraient rester devant le tableau noir?
Julie de Groote : La revalorisation salariale est un effort constant. Mais au-delà du salaire, il y a des mesures à mettre en œuvre rapidement. Nous souhaiterions que les enseignants puissent consacrer une part de leur horaire à travailler en équipe, à monter des projets au sein de leur établissement. La formation des enseignants est également un point central de notre programme. Nous sommes favorables à son passage de 3 à 5 ans. Le coût d’une telle réforme n’est pas tellement élevé même si, par après, il faudra garantir que les enseignants puissent après bénéficier des barèmes universitaires. Nous devons agir sur le contenu des formations (stages, détection des problèmes et troubles de l’apprentissage chez l’enfant…) car le prof n’est pas suffisamment préparé à son futur métier. A Bruxelles, deux fois plus d’enfants sont orientés vers le type 8. C’est qu’il y a un souci à ce niveau là…
Ce sera le gros chantier des prochains ministres de l’enseignement obligatoire et de l’enseignement supérieur. Le premier devra aussi penser à simplifier les statuts de l’enseignant et ainsi permettre une plus grande mobilité (passage d’un réseau à l’autre) et valoriser les expériences utiles, notamment dans l’enseignement qualifiant.
Quid de la fusion des réseaux?
Jonathan Fischbach : Le CDH est-il favorable à la fusion des réseaux? Comment pensez-vous pouvoir réduire cette dualité/concurrence entre le réseau libre et le réseau officiel?
Julie de Groote : Une fusion n’est pas à l’ordre du jour. En revanche, le réseau de la Communauté française devra évoluer. Nous voulons plus de ministre de l’enseignement qui soit à la fois le pouvoir organisateur et le pouvoir régulateur. Stop à la double casquette. Il faut un pouvoir régulateur fort mais une autonomie des acteurs. En cela, nous rejoignons les propositions de la FAPEO qui envisage la création d’un organisme calqué sur le SEGEC, la Segeo. Je pense aussi que le monde politique a une image assez caricaturale du cloisonnement qui existerait entre les réseaux. Cette image ne correspond pas à la réalité du terrain ni à ce que demandent les parents. A Charleroi, par exemple, nous avons mis en place des zones de coopération entre établissements scolaires – tous réseaux confondus – et des entreprises dans une véritable esprit de partenariat. Par ailleurs, si le décret mixité nous a apporté des enseignements positifs, c’est aussi celui de voir que la mobilisation des parents a largement dépassé le cadre strict des réseaux. Ils ne choisissent pas de manière cloisonnée (le libre ou l’officiel) mais en fonction des contrats pédagogiques des écoles.
Jonathan Fischbach : Que proposez-vous pour revaloriser/rénover l’enseignement qualifiant?
Julie de Groote : Pour l’enseignement qualifiant, il est vrai qu’il reste une montagne à faire. A côté des Centres de technologie avancée et de ces expériences comme celle menée actuellement à Charleroi, nous devons aussi renforcer les apprentissages de base et progresser encore vers un véritable tronc commun comme ce qui se fait dans d’autres pays. Le choix d’un tel enseignement doit aussi redevenir un choix positif car le jeune choisit un métier qu’il exercera toute sa vie. Le jeune orienté doit pouvoir bénéficier de conseils. Un effort devra donc être fait pour faire mieux connaitre ces filières et leurs débouchés mais aussi au niveau des CPMS qui font un travail formidable mais manquent, hélas, cruellement de moyens.
Jonathan Fischbach : On parle de plus en plus de violence dans l’enceinte des écoles. Comment le CDH va-t-il répondre aux demandes des directions qui aimeraient davantage de moyens humains et financiers pour assurer la sécurité de leurs élèves? Pensez-vous, comme le MR, qu’une formation initiale des futurs enseignants, pour prévenir la violence, soit indispensable? Que pensez-vous de l’initiative du ministre français de l’Education qui envisage de permettre la fouille des élèves?
Julie de Groote : Ni fouiller les élèves, ni créer des écoles des caïds. Il ne faut pas confondre décrochage scolaire et violence scolaire. Nous pensons qu’il faut mettre l’accent sur la remédiation immédiate. Une formation des enseignants à la prévention n’est pas non plus à exclure. L’école ne doit pas devenir un lieu fermé. Il faut vraiment se focaliser sur les jeunes. Le financement différencié va amener davantage d’éducateurs dans les écoles et nous sommes favorables au tutorat tel que proposé par Ecolo qui aurait le mérite de soulager l’enseignant tout en offrant un encadrement renforcé aux élèves. En bref : prévenir plutôt que guérir, tout en reconnaissant la pénibilité du travail.
DPPR et pécule de vacances
Jonathan Fischbach : Si le CDH devait se retrouver aux affaires après le 7 juin, envisage-t-il de poursuivre le système des DPPR après 2011?
Julie de Groote : Oui, mais peut-être pas sous sa forme actuelle. On cherchera des alternatives… comme le tutorat, justement. Je suis sûre que cette formule rencontrera beaucoup de succès car les enseignants sont des passionnés.
Jonathan Fischbach : Cette année, les enseignants ont reçu leur pécule de vacances au mois de mai (cadeau électoral). Un pécule se montant à 70% du salaire brut. Ce pourcentage est-il acquis pour de bon ou est-ce un « one shot »?
Julie de Groote : Garanti, acquis pour de bon pour les années futures.
Jonathan Fischbach : Votre présidente, Mme Milquet, s’est montrée très intéressée par le portefeuille de l’enseignement pour son parti. Son argument était : « cela fait de nombreuses années que nous n’avons plus géré ce département ». Ne trouvez-vous pas cela un peu faible?
Julie de Groote : Le CDH a lancé un travail de fond sur l’enseignement. L’élaboration du programme s’est faite avec tous les acteurs (syndicats, associations, réseaux…) sur de nombreux mois. L’éducation est au centre de notre programme. Il est normal de vouloir le traduire en termes exécutifs.
Jonathan Fischbach : Les résultats du 7 juin pourraient bien envoyer le PS dans l’opposition. Êtes-vous ouverts à une coalition de type « Jamaïquaine » avec les libéraux et les écologistes?
Julie de Groote : A la veille des élections, le CDH est libre et l’électeur libre de ses choix. Le paysage des futures coalitions est complètement ouvert. C’est l’électeur qui décidera.
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