Et si Facebook menaçait l'école?

facebookIl y a quelques mois, nous vous parlions de « l’affaire Facebook » de l’Institut  St-Jacques à Liège, qui avait décidé de sanctionner 70 élèves, coupables d’avoir publié un groupe appelant à la démission de l’une de leurs éducatrices. Cette histoire mettait en lumière les difficultés que rencontrent de nombreux établissements à faire face aux nouvelles technologies de l’information et en particulier les réseaux sociaux. Il apparaissait que beaucoup d’écoles n’avaient encore jamais pensé à sensibiliser leurs élèves aux dangers d’Internet et au respect de la vie privée.

Le magazine de la RTBF « Questions à la Une » est récemment revenu sur ce phénomène qu’est Facebook. Alors que le site fait un carton dans les entreprises (ils seraient des milliers d’employés à s’y connecter chaque jour), assiste même la police dans sa recherches d’indices, il aurait été stupide de penser que la « Facebookmania » puisse s’arrêter aux portes de nos écoles. Élèves et professeurs n’hésitent pas à se rejoindre sur la toile, devenant, pour l’occasion, les meilleurs amis virtuels du monde. Mais cette nouvelle relation ne risque-t-elle pas de poser problème?1

Thomas Rorive, journaliste : C’est courant les contacts entre profs et élèves sur Facebook?

Une élève : Oui, c’est courant.

Quel est l’intérêt, d’après toi, d’avoir un ami « prof » sur Facebook?

On peut voir ses activités récentes, on peut voir les amis qu’il a rajoutés, lui. Ça me permet de voir ce que le professeur fait en dehors de l’école, si c’est une autre personne.

question à la uneMais attention, Facebook ne fait pas forcément l’unanimité au sein de la salle des profs.

Un enseignant se doit en principe, lorsqu’il est dans son climat de classe, d’accepter tous les élèves. Il ne doit pas faire de différences donc d’un point de vue éthique et déontologique, moi j’estime qu’à la base, ça pose un certain problème. Quid de l’enseignant qui accepte seulement quatre ou cinq étudiants alors que d’autres lui ont proposé et qu’il a refusés? C’est d’une certaine manière avoir des chouchous.2

Les préfets et les directeurs sont, eux aussi, obligés de s’adapter… Il suffit parfois d’un rien pour que le réseau ait des répercussions sur la réputation d’une école.

On lit sur Facebook « oh, demain, c’est l’école, j’ai pas envie d’y aller… » et ce sont des profs qui écrivent… Alors imaginez les « contacts élèves » qui peuvent lire cela mais aussi les parents… qui vont dire « ben ton prof, il est pas très motivé, qu’est-ce que c’est que pour une école? ». Ca peut paraître tout à fait banal mais c’est lourd de sens. Et comment motiver les enfants s’ils voient que le prof n’a déjà pas envie d’avoir cours?3

J’estime qu’il y a certaines profession comme celles liées à la médecine, à la Justice mais aussi à l’enseignement qui méritent un devoir de discrétion. Or, en autorisant que des professeurs établissent des relations « soi-disant » amicales avec des élèves mineurs d’âge, des relations qui passent par l’échange de courriers, de photographies, etc… je dis que le professeur se fragilise et qu’on désacralise encore un peu plus la profession qui n’en a certainement pas besoin.4

Il revient à chaque enseignant de s’interroger sur la relation qu’il entretient avec Facebook… tout en gardant à l’esprit qu’il est l’ambassadeur de son école et qu’il lui appartient, en toutes circonstances, de donner une bonne image de son établissement et de sa profession.

  1. Source : Questions à la Une – RTBF – 3.06.09 []
  2. Nicolas François, professeur de français – Institut Notre-Dame []
  3. Carine Vandewiele, directrice de l’Ecole du Futur à Mons []
  4. Michel Meuret, coordinateur pédagogique []

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13 réponses à Et si Facebook menaçait l'école?

  1. shenay dit :

    Alors, un professeur habitant le même village ou quartier que certains élèves doit-il déménager. Ou ne devrait-on pas construire des « cités » où on pourrait mettre tous les enseignants? Ainsi, ils n’auraient aucun contact avec le monde extérieur et ne pourrait pas avoir de « chouchou ». Moi, personnellement, j’ai un compte facebook et j’y ai accepté d’anciens élèves avec qui j’ai ou j’avais un certain dialogue. Etant parfois encore dans l’etablissement, j’en croise certains dans les couloirs et ce n’est pas pour autant qu’il y a une familiarité entre nous. Je trouve ces idées stupides. Nous ne sommes quand meme pas idiots au point d’accepter des élèves et de mettre nos etats d’ame. Il ne faut pas exagerer alors on pourrait très bien le faire en classe aussi.

  2. echocynique dit :

    Les profs qui écrivent des débilités sur FB (du genre j’ai pas envie d’aller à l’école ou ma femme me trompe) sont des profs qui le disent aux cours.

    Donc, autre média, mêmes obligations.

  3. giovanni dit :

    Sur Facebook, je n’accepte que des anciens élèves sortis de l’école. C’est une question de choix personnel et de déontologie. De plus, pas mal de « verrous » sont mis pour que vie privée et vie publique ne soient pas mêlées ou visibles de tous.
    J’avoue avoir du mal à comprendre qu’un prof puisse accepter ses élèves toujours à l’école sur Facebook.
    C’est mon avis.

  4. Frédéric dit :

    Un prof est une personne public ! Le problème c’est que tous les profs n’en ont pas encore pris conscience.
    Comme des millions de personnes, j’ai un compte FB et des élèves dans mes contacts, mais je sais et je contrôle ce que je diffuse comme informations sur ma vie privée.

  5. giovanni dit :

    Un prof est une personne publique !
    A l’école ! Pas en dehors ! Désolé, sorti de l’école, je ne suis plus un personnage public.
    Quand je lis chez de jeunes collègues leurs élans amoureux, leurs disputes amoureuses ou leurs colères envers le système éducatif, je me emande en quoi il est sain que des élèves lisent ça ! D’ailleurs, je ne comprends déjà pas qu’on publie ça !
    Un peu de retenue que diable !

  6. M'sieur dit :

    La déontologie voudrait, selon la logique, qu’un prof n’accepte aucun contact de ce type non seulement avec des « élèves » mais de plus qui sont mineurs tout simplement.

  7. Bic dit :

    Je suis d’accord avec Giovanni…

    Quand je vois, sur certaines pages, les élèves qui commentent un état, une photo etc, je me demande où l’on va!

    Le pire, je pense, ce sont les profs qui utilisent FB comme journal de classe!

  8. Catherine dit :

    Voici un guide sur Facebook gratuit réalisé par Momiclic (EPN de Wallonie)et destiné aux enseignants (mais il sera utile à tout le monde). Ce dossier présente les avantages et les inconvénients de Facebook avant d’analyser son fonctionnement (comment créer un profil, le sécuriser, etc.).
    Le lien : http://www.momiclic.be/IMG/pdf_Facebook_explique_aux_enseignantOK-2.pdf

  9. sylvie dit :

    Par définition la vie privée reste privée et nous vivons avec internet donc tout avis et commentaires sont inutiles . C’est scandaleux de vouloir interdire quoi que ce soit c’est justement la liberté et le sens critique que en temps que prof je défends…..adieu aux tyrans sur internet et gare à ceux qui s’opposeront à la liberté d’expression car leur comportement ne fait que de la publicité pour la LIBERTE….

  10. Victoire dit :

    @Frédéric
    « Un prof est une personne public ! »
    J’espère que vous n’êtes pas professeur de français…

  11. Prof dit :

    Merci à Catherine pour le lien vers ce guide très bien réalisé, que je me suis permis de diffuser à mes collègues.

    Pour le reste, la pratique d’un réseau social réclame-t-elle une certaine déontologie ou faut-il à nouveau ranimer la peur du gendarme ?

    Soit les profs sont suffisamment responsables, en classe comme sur Facebook, et la question ne se pose même plus. Soit ils sont inconséquents et ce n’est pas l’image de l’école qui est en péril mais plutôt l’exercice quotidien de leur métier, ce dont devraient davantage se soucier ces préfets et directeurs « forcés de s’adapter. Je note, d’ailleurs, qu’un des deux chefs d’établissement interviewé a été désavoué il y a peu par son Pouvoir Organisateur pour une note de service abusive… Quant à l’autre déclaration, je la juge aussi peu convaincante : la désacralisation du prof est un vieux phénomène, qui n’a pas été entamé par les profs eux-mêmes. Que dire alors de l’attitude infantilisante de certains chefs d’établissement ?

    J’estime que Facebook me permet d’avoir un suivi avec mes anciens élèves, les seuls que j’accepte, personnellement, et j’avoue éprouver un certain plaisir à constater ce qu’ils sont devenus, même si je ne fus qu’un chaînon modeste. Et je reste très discret sur ma vie privée, par choix personnel : en dehors de l’école, je suis un individu parmi d’autre et pas un prof-sandwich…

    A bientôt.

  12. pascal dit :

    Sylvie, je ne pense pas qu’on ait envisagé d’interdire quoi que ce soit.
    Perso, je m’interroge comme d’autres sur l’utilité de ce « réseau social » et sur la pertinence d’y accepter des élèves.
    Je ne suis pas preneur et partage l’avis de Giovanni.

  13. Roosens Raymonde dit :

    Nous sommes censés être des adultes responsables… S’il y a des dérapages sur Facebook, ils auront lieu ailleurs, sans Facebook.