Quand les enseignants ont le blues

image001C’est une première. Une étude internationale publiée par l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques) révèle que, dans le monde entier, les enseignants du secondaire inférieur sont confrontés aux même problèmes : reconnaissance insuffisante, problèmes de discipline, besoin de formations individualisées. Des enseignants et directeurs d’école de 23 pays ont été interrogés – mais pas en Allemagne, en France ni en Communauté française – y compris en Région flamande. Premier enseignement : il serait bon de penser à créer de meilleurs mécanismes pour évaluer et récompenser les meilleurs professeurs. Ils sont près de 75% à prétendre n’obtenir aucune reconnaissance quand ils améliorent leur travail, et  autant estiment que leur chef d’établissement ne sanctionne pas les mauvais enseignants.

En moyenne, 13% des professeurs disent n’avoir jamais de retour sur la façon dont ils travaillent. Un taux qui atteint 55% en Italie et 46% en Espagne. Mais lorsque (rare) retour il y a, il ne débouche que pour seulement 10% sur un avantage financier, et pour 16% sur de l’avancement.

Côté discipline, ce n’est pas plus brillant. Un enseignant sur quatre peut perdre jusqu’à 30% de son temps à faire de la discipline et des tâches administratives. Près de 6O% des directeurs pensent que la mauvaise conduite des élèves nuit à la qualité des cours dans leur établissement. Suit l’absentéisme (46%) ou les retards (39%) des élèves, la vulgarité et les injures (37%), l’intimidation ou les violences verbales contre d’autres élèves (35%), le vandalisme (27%).

L’étude suggère quelques pistes assez simples pour tenter d’apaiser le malaise des enseignants. Ainsi, il y a moins de problèmes de discipline quand les classes sont plus petites, l’enseignement plus structuré, les enseignants plus expérimentés. Et pour y parvenir, les formations individualisées semblent être « la » solution, à l’instar des formations continues (réclamées par 55% des profs) en vue d’améliorer les techniques d’enseignement, pour assurer la discipline ou gérer des classes hétérogènes, ou apprendre à mieux utiliser les outils informatiques.

Nos voisins flamands sont, avec les Norvégiens, ceux qui se disent les plus satisfaits de leur situation. Il faut dire qu’avec 17 élèves, en moyenne, dans les classes, ils sont assez privilégiés par rapport à leurs voisins.

Notre pays fait encore figure d’exception dans le paysage académique. Ainsi, en Flandre, 85% des enseignants ont une formation équivalente au niveau de bachelier professionnel, alors que dans la plupart des autres pays, le niveau atteint celui du bachelier académique ou du master. Une situation qui devrait évoluer avec le passage de 3 à 5 ans de la formation des régents et instituteurs.1

  1. Belga – 16.06.09 []

20 réponses à Quand les enseignants ont le blues

  1. oups dit :

    Entièrement d’accord. Cet article est le reflet exact de ce que je vis tous les jours !!!

  2. Baujoe dit :

    Bien d’accord ! mais le dire va-t-il faire changer les choses ?

  3. pascal dit :

    Pour les jeunes profs, le problème de discipline est vrai, hélas. Pour les vieux, c’est un peu plus « facile » grâce à la réputation acquise.
    Mais les jeunes ont bien trop de droits, qu’ils connaissent et dont ils abusent (certains en tout cas). L’éducation, le civisme, la citoyenneté, le respect sont parfois des mots creux.

    On n’a pas de retour sur notre travail mais on peut espérer parfois une reconnaissance ou un remerciement. Et ça vaut tout l’or du monde. Pour moi en tout cas…

  4. Frédéric dit :

    La réputation peut aussi être un obstacle quand on est « cool » et que l’on veut remettre un peu d’ordre.

    Pour la reconnaissance: un élève ou un parent qui dit « merci », c’est tout ce qu’il me faut. Ça ne rempli pas le frigo mais ça justifie les longues heures de travail.

  5. Xavier dit :

    « créer de meilleurs mécanismes pour évaluer et récompenser les meilleurs professeurs »

    Les syndicats ont toujours refusé cela.

    Allez savoir pourquoi…

  6. Laurence dit :

    Pascal , les jeunes profs n’ont pas plus de problèmes que les anciens, c’est une question de personnalité de l’enseignant et je pense que certains « anciens » devraient parfois se remettre en question par rapport à leurs méthodes!

    Xavier, récompenser les meilleurs professeurs… les meilleurs par rapport à quoi? Qui serait le « bon » juge? Les élèves? Les parents? L’inspecteur? Le préfet d’établissement? Personne ne sera objectif!

  7. Ubu dit :

    @ Frédéric,
    Bien vu : les anciens élèves qui restent en contact, c’est d’ailleurs toujours un plaisir de les voir toujours évoluer. Mais c’est plus facile pour les profs du DS, qui peuvent percevoir la finalité d’un travail pourtant entamé depuis la première maternelle. Simple question de temps ou proximité de mentalité entre l’adolescent et le jeune adulte ?

    @ Xavier,
    « Les meilleurs professeurs » : selon quels critères ? Les administratifs dans l’âme ? Les tyrans de pacotille ou ceux qui courbent l’échine ? Ceux qui ont une déontologie ou ceux qui obéissent aux ordres ?
    Même si les syndicats me semblent parfois dépassés, je ne peux leur donner tort en cette matière : l’évaluation serait forcément réalisée par la hiérarchie…

    Personnellement, je n’ai le blues que face aux aberrations du système scolaire : heureusement qu’il y a les élèves ;-)

    A bientôt

  8. Xavier dit :

    @Ubu et à Laurence,

    Et bien comme on fait pour les élèves: les plus administratifs dans l’âme, ou bien ceux qui courbent l’échine.
    C’est bien parce que « personne n’est objectif » que l’on a mis le CEB en place et bientôt le TESS, car on sait bien que les profs cotent à la tête du client.

    Plus sérieusement, ce n’est pas à des « spécialistes de l’évaluation » qu’il faut expliquer qu’une évaluation se fait à partir d’objectifs clairement définis et mesurables.

    Alors deux choses: si le système actuel vous convient (nomination à vie et donc pour certains la bonne planque, moi il ne me convient pas.
    Les Flamands ont une évaluation annuelle, ils ont aussi un système « qualité » pour évaluer les écoles.

    Je sais que les profs sont TOUS des gens géniaux qui travaillent pour le plaisir. Ce n’est pas comme dans le privé où il faut évaluer le personnel pour les aider à s’améliorer….

    http://www.ond.vlaanderen.be/schooldirect/bijlagen0201/resonantie011219.htm
    http://pbd.gemeenschapsonderwijs.net/algemeen/maatschappelijk_debat_kwaliteitszorg.doc

  9. sylvie dit :

    Ce que vivent les profs n’est que le reflet de notre malaise de société qui n’est pas prêt de s’améliorer donc bon courage à TOUS on a surtout besoin de gens passionnés et créatifs qui auraient une certaine foi…..car rien n’est gratifiant dans ce métier où nous sommes considérés comme des planqués!!!!ce qui n’est pas tout à fait faux….Un prof idéaliste peut sans le savoir changer ou modifier les choix de ses élèves et c’est plus la connaissance et la personnalité du profs qui fera les fameuses réformes tant attendues….

  10. pat dit :

    Pourquoi refuse-t-on d’envisager une évaluation des enseignants ? Cela existe en France, non ? Pourquoi pas chez nous ? De quoi a-t-on peur ?
    Quand je vois les cours d’un de mes enfants, je me dis que certains profs ne se foulent pas !
    J’en connais qui sont consciencieux jusqu’à leur dernière heure de cours et d’autres qui n’en foutent plus une dès qu’ils sont nommés. Ce n’est pas normal, pas juste, pas correct, pas déontologique… et une évaluation me semblerait une bonne chose !

  11. Jean B. dit :

    Evaluer est une chose (utile…). Lier le salaire à l’évaluation en est une autre.

  12. Ubu dit :

    @ Xavier,
    Sorry, je ne lis pas le néerlandais et les déclarations d’intention m’intéressent peu : si nous parlions plutôt de moyens techniques concrets ? Quant aux procédures du contrôle « qualité », merci mais je connais depuis un certain temps, ce qui m’évite sans doute vos appréciations caricaturales et me laisse toujours perplexe face aux critères de l’OCDE…

    @ Pat,
    L’exemple de la France est sans doute à éviter : on supprime pas mal de postes pour le moment, alors que les conséquences d’un mini « baby boom » s’annonce. Quant à l’évaluation, qui va la mener « impartialement » ?

  13. pat dit :

    Vous me faites rire !
    Les profs passent leur temps – c’est leur job- à évaluer, juger. Et j’ose espérer qu’ils le font de manière impartiale.
    Mais quand il s’agit d’eux, ils ne veulent pas en entendre parler !
    Faut-il y voir un message ?

  14. Ubu dit :

    @ Pat,
    Notre travail, ne vous en déplaise, est déjà en mesure d’être évalué : informez-vous des procédures qui existent. Quant à votre confusion entre une relation pédagogique et un cadre professionnel, elle est en effet risible. Nous formons des enfants ou des adolescents, en essayant de les évaluer avec cohérence (l’impartialité est un leurre dans certaines matières) ; nous sommes des adultes dans l’exercice de notre profession. A moins que vous n’appréciez l’infantilisation d’une évaluation, un peu sur le modèle des audits dans les Hautes Ecoles, le message est clair, en effet. J’apprécie suffisamment mon boulot pour refuser de me justifier comme un gosse pris en faute sous prétexte que l’un ou l’autre aurait des états d’âme. Quant aux collègues qui n’en foutent pas une rame, le jugement de leurs élèves est suffisamment cinglant en soi, selon moi.

    P.S. J’en profite pour corriger « les conséquences qui s’annoncent » et je place à disposition les virgules, les points, et toutes les voyelles ou consonnes qu’il m’arriverait d’oublier… ;)

  15. Xavier dit :

    @Ubu

    Cela fait plusieurs années que les profs flamands sont évalués,les nommés comme les autres.

    Une des raisons de la différence de qualité?

  16. Ubu dit :

    @ Xavier,
    Simple confusion entre corrélation et causalité : isoler une variable est une source d’erreur en évaluation…

  17. Xavier dit :

    @Ubu

    D’où mon point d’interrogation.

    Mais il faudrait faire la remarque à la ministre.

    Corrélation entre milieu socio économique et résultats ne veut pas dire causalité, corrélation entre mixité et résultat ne veut pas dire causalité, etc.

    Mais est-ce illusoire de croire qu’un évaluation, une vraie, à partir d’objectifs, avec des instruments de mseure objectifs, avec des support pour améliorer, etc, n’est pas une condition indispensable pour améliorer la qualité?

  18. pat dit :

    J’ai réagi au mot impartialité employé.
    Les procès d’intention de certains dans les discussions m’étonnent souvent.

    Quant à penser que la mauvaise impression que les élèves ont de certains profs est suffisante, j’en ris !

    « Infantilisation d’une évaluation » mais bon sang, toutes les professions ont des inspections, des évaluations, des obligations de qualité !
    Les profs ne sont pas au-dessus de la mêlée !

    Et pour votre info, je suis aussi dans l’enseignement !

  19. Ubu dit :

    @ Xavier,
    La condition est peut-être (je le concède) nécessaire : elle est loin d’être suffisante… on pourrait aussi évaluer certains services et les programmes en vigueur : serait-il indécent que nous, enseignants, disposions d’un droit de regard sur les stratégies qui nous sont imposées ? Mais je rêve sans doute ;)

    @ Pat,
    Si vous parlez de vos propres procès d’intention, ils témoignent d’un joli catalogue de préjugés : j’y ai d’ailleurs cédé aussi, en pensant que vous n’étiez pas enseignant puisque vous semblez tout ignorer des structures d’évaluation dans notre profession… Quant au fait que les profs ne soient pas au-dessus de la mêlée, il s’agit d’une représentation très subjective, tout comme ces discours de sacralisation lors des pénuries et de dépréciation lors des suppressions de postes. De toutes façons, les enseignants sont déjà assujettis à des évaluations, de même que les écoles sous ISO 9002.

    Dans notre discussion, nous finirions par oublier les tâches administratives (perte de temps ?) et les problèmes de discipline (relèvent-ils du PO, de l’école ou du prof ?) Nous pourrions aussi évoquer l’organisation désastreuse des formations en cours de carrière qui sont tout sauf individualisées. Là aussi, il y a quelques conditions nécessaires à réunir…

  20. Xavier dit :

    @Ubu,

    Un peu difficile de détailler, mais il faut savoir que le principe de l’évaluation est justement clair à ce sujet: on définit les objectifs à atteindre et les moyens à mettre en œuvre, s’il y a un point à améliorer, le supérieur donne les moyens pour améliorer (outils, formation, …)

    Mais je crois que Pat, Ubu et moi sommes tous d’accord. L’évaluation n’est qu’un des aspects. Mais évaluation des profs, mais aussi des formations, des programmes, des inspecteurs, des directions, etc.

    Une tout autre mentalité, c’est vrai…

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Publié le par jonathanf | Publié dans Etudes & statistiques

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