L’Olivier et l’enseignement obligatoire
L’Olivier est né ce dimanche et sera officiellement planté jeudi, en Wallonie, à Bruxelles et en Communauté française. Les accords gouvernementaux sont rédigés et disponibles sur la toile depuis dimanche soir. Epais, solides, ils comptabilisent près de 500 pages pour la Région wallonne et la Communauté française. Le nouveau gouvernement a ciblé cinq priorités absolues : le plan Marshall 2.Vert, la qualité de vie, le non-marchand, la gouvernance et, bien sûr, l’enseignement. Mais que contiennent ces accords? Petit tour d’horizon.
Échec à l’échec
On sait que la pratique du redoublement est « intensive » dans notre pays, particulièrement en Wallonie. Cette « tradition » coûte près de 335 millions d’euros (6% du budget de l’enseignement). L’Olivier veut la limiter aux seuls cas où il (le redoublement) est approprié et nécessaire. Cette réduction progressive du redoublement devra générer des moyens supplémentaires qui seraient affectés aux dispositifs d’aide aux élèves. La remédiation immédiate figure aussi en bonne place et l’exécutif veillera à ce que chaque établissement se dote d’une politique efficace en la matière. Les enseignants qui, par exemple, regrouperaient leurs classes pour mettre en place des activités différenciées seraient « soutenus ». Comment? Le texte ne le dit pas.
Autonomie, synergies et collaboration
L’autonomie des écoles sera renforcée et une meilleure collaboration entre les établissements – pour une mise en commun des ressources administratives ou matérielles par exemple – sera encouragée. L’Olivier va également renforcer les synergies entre réseaux officiels (communes, provinces, Communauté) en créant une « coupole des pouvoirs organisateurs de l’enseignement officiel, tout en préservant les prérogatives de chacun ». La Communauté française devrait bientôt devoir abandonner sa double casquette de pouvoir normatif et pouvoir organisateur.
Lutte contre la pénurie et formation
L’un des grands chantiers du nouveau gouvernement sera d’améliorer l’image du métier d’enseignant et, par là, lutter contre la pénurie croissante dans nos écoles. Pour ce faire, l’Olivier mettra sur pied des campagnes de sensibilisation qui pourraient « attirer des candidats compétents et motivés ». Les jeunes enseignants seront davantage soutenus via le système de tutorat, par exemple, et les statuts des enseignants seront simplifiés afin de permettre l’accueil de « femmes et d’hommes qui disposent d’une expérience professionnelle extérieure à l’école ». En leur proposant une solide formation pédagogique, ces personnes, qui ne disposent pas des titres requis, pourraient relancer leur carrière dans l’enseignement.
La carrière de prof devrait aussi être plus « dynamique« . Ainsi, tous les 5 ans, « chaque enseignant sera invité à déterminer ses souhaits professionnels (affectation, matière, formation en cours de carrière, détachement…). Ceux-ci seront confrontés au cadastre des besoins de l’école et du Pouvoir organisateur ».
L’Olivier souhaite par ailleurs revoir le contenu de la formation initiale des instituteurs et des régents. Mais le coût de cette réforme pose problème. Le simple renforcement de l’encadrement professoral à l’école normale se chiffrerait à une trentaine de millions. Et c’est sans compter les salaires plus élevés que seront en droit d’attendre les profs formés en 5 ans. Cependant, en supposant que le contenu des formations soit repensé ces deux prochaines années, l’allongement des études ne deviendrait une réalité que pour la rentrée 2011-2012. Avec la sortie des premiers normaliens, diplômés du nouveau régime, au plus tôt, en 2017. De quoi laisser à la Communauté française le temps de revenir à l’équilibre budgétaire…
Langues, inscriptions et enseignement qualifiant
Actuellement, les élèves découvrent une 2e langue en 5e primaire (3e à Bruxelles). Le nouveau ministre aura à charge « d’étudier la possibilité d’inscrire plus tôt, idéalement dès la 1ère primaire, l’apprentissage d’une 2e langue ». Des activités d’éveil en anglais, en néerlandais ou en allemand pourraient même être organisées en 3e maternelle.
Dans le délicat dossier des inscriptions, les partenaires repartiront d’une feuille blanche, qu’ils tâcheront de remplir en large concertation. Le nouveau système d’inscription en 1ère secondaire sera « transparent » et « garant de la liberté des parents ».
L’enseignement qualifiant – technique et professionnel – sera entièrement revu et repensé. Outre les bassins de vie, des « pôles de formation » seront créés, qui viseront à une meilleure adéquation entre la formation et les besoins du marché. Ils réuniront l’école, le milieu de la formation, les écoles supérieures, etc. Les Centres de technologie avancée (CTA) seront également renforcés et, à moyen terme, leur accès deviendra gratuit.
Notons encore que, fin 2010, les élèves de 6e années pourront être soumis au fameux TESS (test d’enseignement secondaire supérieur). Ce dernier sera d’abord facultatif avant de devenir obligatoire. Enfin, afin d’assurer « la cohérence des parcours scolaires », il sera défini, pour tous les réseaux et chaque niveau, des « indicateurs de maîtrise des compétences définies dans des référentiels communs ». Plus précis que les socles de compétences actuels, leur contenu sera évalué par la Commission de pilotage « en concertation étroite avec les enseignants ».
Les objectifs sont ambitieux… et le programme prometteur mais on remarquera tout de même que, dans la plupart des thématiques, il manque d’estimations chiffrées. Aucune trace de tableaux budgétaires. Car enfin, que pourra-t-on vraiment réaliser dans les cinq prochaines années qui ait un impact réel et visible sur les conditions de travail des enseignants, sur l’encadrement des élèves? Que faut-il attendre pour la rentrée 2010-2011? Quels seront les premiers chantiers du nouveau ministre pour la nouvelle année scolaire? Sans doute faut-il encore attendre quelques heures que l’heureux élu soit désigné et qu’il dévoile alors son agenda en vue de la prochaine rentrée…
La déclaration de politique communautaire 2009-2014 est disponible ici. ici
Déposer votre commentaire
Merci de veiller au respect des règles orthographiques, grammaticales et syntaxiques dans les commentaires.
