Savez-vous si le cours du professeur ou de l’instituteur de votre enfant est bien structuré? Si ce dernier intervient lorsque la classe est perturbée? S’il veille à ce que votre enfant ait bien compris la matière avant de passer au chapitre suivant? En Belgique, peu d’élèves ont la possibilité de coter leurs enseignants. Certains distribuent parfois, en fin d’année, un petit questionnaire à leurs élèves afin d’avoir un retour sur la façon dont ils ont donné cours. Mais ils n’ont pas forcément les clefs pour en interpréter les résultats. En Flandre, l’Université d’Anvers a lancé un programme censé permettre aux enseignants d’organiser eux-mêmes l’évaluation de leurs cours par leurs élèves. Ainsi, deux questionnaires-types ont été rédigés (un pour les élèves du primaire, l’autre pour le secondaire) et mis à la disposition des enseignants. Ces derniers pourront les soumettre à leurs élèves qui, via Internet, répondront anonymement aux questions. Les réponses seront alors traitées par le programme et l’enseignant recevra un feed-back scientifique sur sa pratique. Libre à lui par la suite d’en discuter en classe.
Leraren Leren Van Leerlingen
Exemples de questions (soumises uniquement aux élèves de 5e et 6e). Les répondants doivent choisir entre tout-à-fait d’accord/parfois d’accord/pas d’accord/ne sait pas.
- Quand l’ordre est perturbé en classe, le professeur le rétablit rapidement;
- Le prof traite les nouvelles matières à petits pas;
- le prof se préoccupe de nos progrès;
- …
Ce nouvel outil, baptisé « Leraren Leren Van Leerlingen » (les enseignants apprennent des élèves), est une première en Belgique. Mais dans les pays anglo-saxons, ces systèmes d’(auto-)évaluation sont très à la mode, particulièrement dans l’enseignement obligatoire. Chez nous, ils ne percent réellement que dans l’enseignement supérieur où l’évaluation de l’enseignement – et non des enseignants – est même devenue obligatoire dans les hautes écoles. Mais les syndicats restent prudents.
Il y a une différence majeure avec ce qui se passe en Flandre. Chez nous il s’agit d’étudiants adultes capables de porter des jugements objectifs et non des élèves mineurs.
Pour Marc Romainville, professeur et directeur du service de pédagogie universitaire aux Facultés de Namur, l’idée de « prendre le pouls des élèves pour donner des informations aux enseignants n’est pas farfelue, même si elle peut heurter certaines sensibilités ». Mais attention, les enseignants ne devraient jamais être seuls lorsqu’ils s’essayent à ce genre d’exercice. Un encadrement et un accompagnement post-évaluation est essentiel tant les réponses des élèves peuvent parfois être cruelles et déstabilisantes.
Par ailleurs, un autre danger existe. Au États-Unis, où ces pratiques sont courantes, on a vu des enseignants développer des comportements démagogiques et des processus de séduction pour plaire à leurs élèves. Tout cela au détriment de l’apprentissage et de la pédagogie.1
- Le Soir – 4.09.09 [↩]
Génial.
Quand cela arrive-t-il chez nous?
Génial ???? Inquiétant plutôt !
Comment les élèves peuvent-ils évaluer l’avancement de la matière ? Sur quelles bases ? Selon quels critères ?
Nous sommes déjà évalués et contrôlés; une évaluation par les élèves ne va pas faire progresser l’enseignement ! il y a bien d’autres choses à changer.
N’oublions pas que de nombreux élèves considèrent qu’un bon prof est un prof cool ( OK) , un prof qui donne peu de travail et qui les fait réussir même sans travailler ( !!!)
baujoe
Vous avez une image très n »gative des élèves.
Je ne reconnais pas mes élèves dans cette vision
Génial, d’accord !
Ou sont ces questionnaires ? Peut-on les utiliser en CF dans ses cours?
Je n’ai pas une image négative de mes élèves, mais venez dans des classes de 3ème/4ème qualification professionnelle et vous aurez une idée ! Ces élèves « fonctionnent » à l’affectif !
Après 33 ans dans l’enseignement de qualification, je suis réaliste !
Aucun problème si certains commentateurs sont évalués sur la pertinence et la démagogie béate de leurs commentaires
Je crois rêver ! Ce sont les élèves qui sont en difficulté (il faut d’ailleurs leur prendre le pouls !) mais ce sont les enseignants qui ont un problème. Evidemment, Savonarole avait déjà inventé le système : sans doute que cet exemplaire des multiples pédagogues qui sévissent dans notre jolie communauté transformerait un bûcher des vanités en petit barbecue sympa !
@baujoe
Pas seulement à l’affectif, ils sont beaucoup plus lucides que l’on ne croit.
J’ai eu un jour en cours en sous groupe. Les élèves m’ont demandé « s’ils pouvaient aussi aller sur Internet tout le cours comme ceux de l’autre groupe »
Il a suffi de leur expliquer que ce n’était pas leur intérêt…et ils ont compris!
Echocynique
Petite question : à quels élèves donnez-vous cours habituellement ?
@Prof
Le jour où certains profs accepteront de se remettre en question l’enseignement sera de loin meilleur.
Les profs ont une obligation de résultat. Ils sont payés pour ça
@baujoe
des élèves de TQ et de P dans une école « défavorisée » (quel mépris dans ce vocable)
Des élèves de TT et de G
@ Echocynique,
Ce genre de mesure fera sûrement avancer notre « brol scolaire » : pour voter pour M. Untel, tapez 1; pour voter pour Madame Untelle, tapez 3… Ce n’est en rien un procédé d’évaluation mais une mesure de contrôle démagogique.
Si vous avez besoin de ce genre de « machin » pour apprendre ce que les élèves pensent de vous, vous avez un problème. Moi, je peux discuter avec mes élèves actuels, ou encore avec mes anciens, et je rectifie selon ce qu’ils me disent ou je précise.
Cette « enquête scientifique » ne consistera, quant à elles, qu’en un ensemble de représentations plus ou moins pondérées et, à terme, instrumentalisées… Si un sociologue la proposait, il se ferait recaler vite fait…
Enfin…
@Prof
Connaissez-vous la différence entre une enquête qualitative et quantitative.
Ce que vous faites bien sûr que je le fais, mais ce n’est que 50% du travail.
Marrant d’ailleurs, vous critiquez l’évaluation anonyme, mais affirmez en faire avec vos élèves.
Comprends pas
Oui, et je préfère le qualitatif, toujours : désolé de ne pas avoir une âme de boutiquier. Même chose sur les 50% du travail : c’est une proportion motivée par une quelconque loi ou un oracle de la Pythie ?
La différence dans mon « évaluation » (je préfère le terme de discussion sereine) : elle n’est pas anonyme et ne devient pas une fin en soi ou un outil de délation. Juste un outil entre les deux acteurs de l’enseignement, les élèves et leurs profs… Pour les cas grave, il me semble qu’entre le chef d’établissement et l’inspection, il y a tout de même du contrôle, non ?
Le reste n’est que de la statistique périphérique et des balbutiements de pédagogues démagogues en panne de loisirs. Chiche qu’on peut les faire passer à 26h/s ?
@Prof
J’aime bien votre incohérence et votre agressivité tempérée par un smiley
Cela prouve que vous n’êtes pas une machine, vous avez réussi le test.
Parce que affirmer d’une part que les élèves sont incapables d’évaluer, puis déclarer le faire, c’est pas mal.
Ensuite croire que la « discussion sereine » n’est pas influencée par vous, par les autres élèves…
Enfin le qualitatif sans la quantitatif nous a donné le décret mixité, le 1er degré différencié et toutes les autres bêtises
@ Echo,
(Ceci est un smiley d’agressivité
)
Il serait un peu compliqué de vous expliquer toute la procédure relationnelle et les impératifs qu’elle entraîne : c’est complexe, ça se construit et ça se nuance. Un peu trop subtil, sans doute ?
Plus sérieusement, ce n’est pas parce que quelque chose marche dans un contexte précis que c’est généralisable…
Alors, soit on s’intéresse à des pratiques réelles, et on reste dans la réalité, soit on diffuse des représentations plus ou moins tronquées, et on s’évade dans des stéréotypes forcément simplistes… La seconde possibilité de me plaît guère.
Quant aux décrets sur la mixité et l’enseignement différencié, je ne vois pas très bien le rapport avec le sujet de l’article : une obsession ?
Enfin,si vous y tenez, le premier était une bonne idée mal conçue, puisqu’une faible proportion d’établissements avaient des pratiques douteuses à l’inscription, le second va dans le sens d’une économie budgétaire. Mais je ne vois toujours pas en quoi cela se rapproche de la « Prof Academy » que vous désirez tant…
Voici le titre et le résumé d’un rapport rédigé aux Etats-Unis en … 1989 !
Integrated Science Students’ Assessment of their Teachers for Characteristics of Effective Science Teaching.
Reported is a study in which secondary school students assessed their teachers for characteristics of effective science teaching. It was shown that the instrument used was highly valid and reliable and that secondary school students could effectively assess their teachers’ pre-classroom characteristics, teaching behaviors, personality, and attitudes.
Comprenne qui pourra.
Mon sujet de TFE va un peu de ce sens : la motivation des enfants de ma classe – essai de construction d’un outil pour mieux connaitre les intérêts des enfants et leur motivation individuelle par rapport à l’école et comment les utiliser pour améliorer tout au long de l’année dans n’importe quelle année du primaire.
(pourquoi certains n’aiment pas aller à l’école ou se démotivent très vite?)
Excellente idée !
Tout comme l’interdiction du voile dans les écoles (sauf au cours de religion).
Nous en avons des choses à apprendre de la Flandre !