ZOOM à Verviers : les profs sont en colère

SFX1L’émotion était grande ce vendredi chez les enseignants. Et à Verviers comme ailleurs, les profs sont choqués par la différence de discours entre ce qui avait été promis en campagne et ce qui est annoncé maintenant. Pour eux, c’est sûr, l’arrêt de travail du 17 septembre prochain n’est qu’une étape avant des actions plus musclées. Eugène Ernst (CSC-Enseignement Verviers) résumait la pensée de nombreux enseignants en cette fin de semaine : « Ils sont choqués et meurtris. Ils se sentent totalement méprisés. Quand on dit qu’ils peuvent faire deux heures en plus, cela signifie qu’ils en font trop peu, et cela, c’est injurieux! ».

« Des mesures qui menacent l’emploi ! »

Mais à côté de cette insulte ressentie, les profs craignent aussi pour leur emploi. Ainsi, Jean-Claude Lemaître, professeur de religion à l’Institut Saint-Michel pense que ces mesures amèneront inexorablement à des pertes de postes dans les écoles.

(…) C’est une fois de plus faire croire que le travail des enseignants se limite au temps passé avec les élèves en classe. Mais il y aussi les conseils de classe, les réunions, les préparations de cours, les corrections… (…) Di Rupo et Onkelinx ont déjà saqué dans l’enseignement par le passé. Et voilà que Simonet casse à nouveau notre image. (…) En terme d’ambiance, à Saint-Michel, tout le monde est mécontent. Si elle persiste, pour le dire clairement, elle doit s’attendre à avoir les profs dans la rue.

J’ai calculé ce que cette mesure induirait à l’Institut, précisément. Il faut savoir qu’il y a 82 enseignants qui y travaillent. Si tout le monde effectue le nombre maximal d’heures, il y aura un vide de 134 heures par rapport à maintenant, soit 9%. Dans l’absolu, il y aurait entre 6 et 7 temps plein qui disparaîtraient.1

Serait-ce l’objectif caché de cette mesure? Bernard Potelle, professeur de français au Collège St-François-Xavier I n’est pas loin de le penser.

Deux heures en plus pour une série de profs, cela signifie surtout moins de profs, et tous les emplois des jeunes professeurs qui tombent. Pour moi, c’est ça le véritable problème ! On va mettre dehors ceux qui apportent une énergie nouvelle à l’école. C’est un véritable non-sens par rapport à la qualité du travail à l’école. Les élèves seront eux aussi perdants, à se retrouver face à des profs en fin de carrière et totalement démotivés. C’est certain : cela va faire de gros dégâts pédagogiques.

On savait que le nouveau gouvernement avait décidé d’accompagner davantage les jeunes professeurs débutants. Mais il n’avait jamais précisé qu’il les accompagnerait jusqu’à la sortie.

Fabien Crutzen, professeur de français à l’Institut Notre-Dame de Heusy :

Tous les partis disaient que l’enseignement était leur grande priorité et qu’il fallait revaloriser le métier d’enseignant. Surtout le CdH, qui voulait tellement obtenir ce portefeuille. Pourtant ce qu’on entend pour le moment ne ressemble pas tout à fait à une revalorisation. On se sent vraiment grugés sur toute la ligne.2

Tous sont d’accord sur une chose, il faut une réaction rapide face à ce genre de menace. Mais une réaction bien coordonnée et réfléchie. Le spectre de 1995-1996 hante encore les consciences de nombreux enseignants. Cette année-là, ils s’étaient battus pour défendre la qualité de leur enseignement. Le monde politique avait alors détruit leur image, affirmant qu’ils ne manifestaient que pour quelques euros en plus à se mettre dans la poche. Faux, évidemment. 50% des enseignants quittent leur métier dans les 5 premières années de prestation. C’est la preuve que le problème n’est pas nécessairement salarial, mais concerne bien les conditions de travail.

C’est sûr, avant d’en arriver à de nouvelles grèves – les premières depuis plus de 10 ans – ils exploreront toutes les alternatives.

  1. Vers l’Avenir – 12.09.09 []
  2. idem. []

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3 réponses à ZOOM à Verviers : les profs sont en colère

  1. Echocynique dit :

    Je l’ai déjà dit ailleurs, mais m’énervent ces gens qui réagissent à des rumeurs savamment orchestrées par des syndicats qui se sont tus quand les ministres étaient PS.

    Qu’ils lisent ce que madame Simonet a dit (et que l’on trouve sur ce site).

    Moi, je me sens « méprisés » quand je vois que des personnes qui doivent rendre nos élèves « citoyens responsables « agissent en non citoyens irresponsables.

  2. Annie dit :

    Insupportable…
    Avec un diplome universitaire et une carrière de 33 ans mon salaire est peu élevé comparé aux salaires des licenciés dans secteur privé. Mon expérience n’est plus valorisée depuis belle lurette ( contrairement à ce qui se passe dans le privé)
    Je travaille une moyenne de 35 heures semaine ( j’ai compté mes prestations) dont au moins 10 heures pénibles ( classes difficiles) et 10 heures stressantes ( motiver 20 jeunes à travailler …. ) je ne reçois jamais de bonus, jamais de prime et je n’ai aucun avantage …ma profession est dévalorisée constamment.
    Je ne suis donc pas riche ….
    J’aime le rapport avec les jeunes et j’adore enseigner …. heureusement. J’ai 15 semaines de vacances dont j’ai bien besoin pour tenir le coup et préparer certains cours..( pas de congés déguisés style chômage technique et autres)
    MAIS j’espère quand même arrêter bientôt car je suis usée.Je pense avoir bien mérité ma pension… et je voudrais qu’on arrête de me la reprocher sans arrêt. Je ne recevrai pas d’indemnités de départ ….contrairement à d’autres en politique ou dans le secteur industriel et privé..
    Alors Messieurs et Mesdames les ministres si vous devez équilibrer le budget de l’état j’ai une bonne idée :luttez contre la fraude massive dans ce pays et contre tous les abus qui y existent au lieu de rendre les conditions de travail des enseignants encore plus pénibles, arrêtez de dévaloriser leur métier constamment face à la population . Pensez à une augmentation de leurs salaire ( certains jeunes travaillent à mi temps et gagnent moins que si ils allaient au chomage) et l’expérience des plus âges n’est pas reconnue ,gardez les jeunes enseignants dans les écoles car bientôt vos écoles seront vides.
    Je suis dégoutée…

  3. Le Maître dit :

    A echocynique: non, les syndicats ne se sont pas tus quand les ministres étaient P.S. Rappelez-vous les mouvements enseignants de 90 et 95: les ministres étaient P.S. Et Madame Aréna ne garde pas non plus un bon souvenir de son passage par l’enseignement, même si les mécontentements n’ont pas conduit les profs dans la rue.