Carte blanche : Parents non admis à l'école !

YvonToussaintCe vendredi 11 septembre dans Le Soir, Yvon Toussaint, journaliste, écrivain et ancien directeur-rédacteur en chef du même journal, signait une carte blanche dans laquelle il revenait sur l’affaire des multi-inscriptions qui ont agité la rentrée. Avec un humour parfois acerbe, il pique juste là où il faut et désigne ceux qui, selon lui, sont les vrais responsables de tout ce grand cirque. Un coup de gueule jouissif !

On a donc réussi, à la schlague ou au chausse-pied, par la force ou par la ruse, à les enfourner dans une école, qu’elle fut ou non de leur choix, tous ces enfants traumatisés. A les disposer, si besoin en était, en couches superposées, tête-bêche comme harengs en caque. A les enfourner, les entasser partout où c’était possible, la loge du concierge, le bureau du proviseur, les cabinets.

Et, Dieu soit loué !, on ne les a plus entendus, ni eux, ni surtout leurs parents.

Ils ont tous cessé de couiner, de pleurnicher, de prendre le monde à témoin de l’ignominie qui leur était faite.

Bref, c’est fini et l’on va peut-être pouvoir leur enseigner quelque chose. A condition que les parents veuillent bien quitter l’école…

C’est une étrange profession que celle de parent d’élève. Voici donc des hommes et des femmes qui, non contents d’appliquer sans mollir leurs lois et règlements à la maison, poursuivent leurs malheureux enfants jusque dans les couloirs des écoles pour leur imposer leurs points de vue sur l’instruction publique, à eux et à leurs maîtres.

Ce faisant, ils s’attribuent, on ne sait au nom de quoi, un pouvoir exorbitant dans un domaine qui n’est pas le leur et pour lequel ils n’ont pas été formés, la pédagogie.

Mais surtout, ils parachèvent une véritable entreprise de démolition de leurs rejetons en les confortant dans l’idée que la vie n’est qu’une inlassable recherche du confort personnel, du statut préférentiel, du privilège socio-culturel, par rapport au vulgaire, à la plèbe ou – si on a fait latin-maths – au vulgum pecus.

Déjà qu’on les encourage, tous ces galopins, dans le choix de marques pour se vêtir, ce qui d’ailleurs, loin de les distinguer les confinent encore davantage dans un petit gotha-ghetto. Mais ils obtiennent aussi qu’on les conduisent en bagnole – des 4 x 4 pour les papas d’élèves qui ont la plus grosse ! – jusqu’à l’entrée de l’établissement sélectionné. Ils ne souffriront donc ni de la froidure, ni d’une fâcheuse promiscuité dans le tram ou l’autobus. Et surtout ils ne se fatigueront pas indûment, restant de la sorte disponibles pour les diverses activités pré-mâchées qui enrichissent leur quotidien.

On aura compris que si je sonne le tocsin c’est parce que l’avenir de ces petits m’importe. Et parce que je crains que les fils de parents d’élèves, tétanisés – on en a vu pleurer tant on leur avait mis en tête que ne pas obtenir l’école de leur choix allait irrémédiablement compromettre leur avenir ! – risquent de ne pas tenir le choc dès lors qu’ils seront confrontés aux terrifiants pépins de la réalité.

Surprotéger nos chères petites têtes blondes, les priver de la fréquentation quotidienne d’un quota trop élevé de petites têtes brunes qui n’auraient pas le niveau, c’est les handicaper à vie en les rendant inaptes à affronter la société telle qu’elle est.

Au contraire, favoriser la mixité sociale des bambins, c’est aussi important qu’avoir jadis préconisé la mixité sexuelle à l’école.

Celle qui a permis à nos beaux gosses de découvrir que certains émois étaient dorénavant enfants admis.

Y a pas photo ! Dans les cours de récréation comme ailleurs, rien ne vaut les métissages et les bâtardises, les défis et les bousculades.

C’est chouette-super-génial, comme ils disent dès qu’ils ont appris trois mots, les écoles dans lesquelles on bourre les cartables de coups de poing (et pas seulement les cartables !) et l’on se traite de cons à peine qu’on se traite, comme chantait superbement Claude Nougaro.

En attendant, les gesticulations parentales ont permis que l’on jette le discrédit – et parfois avec quelle morgue ! – sur certaines écoles dont on devrait au contraire saluer les efforts pour assumer une mixité sociale tonifiante.

En contrepartie, fort heureusement, la difficulté des ajustements ultimes donne à penser que plusieurs centaines d’enfants, moins favorisés, ont profité de la bousculade pour se faufiler dans les meilleures écoles, ce qui devrait être une bonne chose non seulement pour eux mais aussi pour leurs nouveaux copains.

En toute hypothèse, s’il faut à tout prix des parents d’élèves mandatés, eh bien qu’on les tire au sort ! Et qu’on limite le tirage aux citoyens sans enfants, ce qui évitera des subjectivités trop prégnantes.

En tout cas, ce ne sera pas pire. Et on peut conjecturer que les parents élus de la sorte seront plus spontanément enclins à adopter pour tout catéchisme la percutante formule attribuée à Freud et que je ne lasse jamais de diffuser : « Elevez vos enfants comme vous voulez, de toute manière ce sera mal ! »1

  1. Le Soir – 11.09.09 []

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2 réponses à Carte blanche : Parents non admis à l'école !

  1. Voci une conséquence directe du concept « les parents n’ont pas à s’occuper de pédagogie »
    http://ladyslexique.skyrock.com/2860895342-Le-profil-de-l-eleve-decrit-par-ses-parents-et-celui-fait-par-les.html

  2. Dan dit :

    Entièrement d’accord avec ce texte évidemment. C’est bien là que le bât blesse.
    « Parent » est un qualificatif issu d’un moment de plaisir pris à deux, d’une volonté commune parfois et de liens du sang ou administratifs, ce n’est pas un diplôme comme beaucoup d’entre eux le croient.
    Ces mêmes parents contestent-ils leurs garagistes lorsqu’il leur dit que c’est le joint de culasse, leur dentiste lorsqu’il leur dit qu’il va mettre un plombage, leur médecin lorsqu’il diagnostique une angine blanche, leur avocat si celui-ci leur dit que ça contredit tel ou tel article de loi, leur pépiniériste s’il leur dit qu’une variété de plantes porte un nom déterminé ?
    Tous les parents se croient profs et savez-vous pourquoi si on accepte de s’interroger sur les sources abyssales de cette audacieuse certitude ?
    Eh bien, tout simplement, parce que les lois actuelles sur le redoublement notamment leur permettent de se venger de ce qu’ils ont eux-mêmes subi lors de leur jeunesse en terme d’échecs, la plupart du temps tout à fait logiques si on les analyse objectivement, mais évidemment à leurs yeux empreints de vexation discriminatoire et d’injustice notoire.
    Respecter un professeur, c’est admettre qu’il a (très souvent) raison pédagogiquement face à un parent.