Décret inscriptions : la version "Simonet" est arrivée

décret SimonetAprès Marie Arena en 2007, Christian Dupont en 2008… voilà le texte qui doit fixer (à nouveau) les modalités d’inscriptions en première année de l’enseignement secondaire, version Marie-Dominique Simonet. Les parents retiennent leur souffle… Et la ministre espère que cette nouvelle mouture les agréera davantage que les deux précédentes, responsables de la mise au placard de leurs malheureux auteurs. Alors comment peut-on présenter la nouvelle formule 2009? A la grosse louche, on dira qu’il s’agit d’un « mix » entre le système « premier arrivé, premier servi » et le système de sélection sur la base de « critères » définis. Petite nouveauté, ce n’est plus à la Communauté française d’imposer tel ou tel système mais au chef d’établissement de choisir celui qu’il désirera appliquer dans son école. Il devra faire connaître son choix à l’administration au plus vite et communiquer le nombre exact d’élèves que son établissement, eu égard aux locaux disponibles, pourra accueillir l’année suivante. De plus, il devra accueillir (au moins) 15% d’élèves issus d’écoles moins favorisées.

Première vague : les prioritaires

C’est la semaine suivant les congés de carnaval que s’ouvrent les hostilités. Les premiers concernés sont les élèves jouissant d’une priorité. Ces dernières sont au nombre de 7, pas une de plus, pas une de moins. 1. L’élève dont un frère ou une sœur fréquente déjà l’école. 2. L’élève dont un parent travaille dans l’école. 3. L’élève qui fréquente un internat relevant du même pouvoir organisateur (PO) que l’école. 4. L’élève issu d’un home ou d’une famille d’accueil et placé là par un juge ou l’aide à la jeunesse. 5. L’élève d’un internat pour enfants dont les parents n’ont pas de résidence fixe. 6. L’élève qui a un « besoin spécifique » fondé sur un handicap.

Le système des adossements reste d’actualité. Un élève issu d’une école primaire adossée à une école secondaire sera également prioritaire. Un établissement secondaire peut être adossé à maximum deux écoles primaires qui devront cependant remplir quelques exigences : dépendre du même pouvoir organisateur, avoir le même projet d’établissement, se situer dans la même commune… Contrairement à ce que fixaient les deux derniers décrets, les adossements ne seront plus temporaires mais permanents.

Deuxième vague : ouverte à tous

La seconde vague d’inscriptions aura lieu au cours des 2e et 3e semaines suivant le congé de carnaval. Si au terme de cette dernière, un établissement devait enregistrer plus de demandes qu’elle ne peut en satisfaire, il faudra alors opérer un tri (chaque école aura signalé avant comment elle comptera s’y prendre). Soit on tiendra compte de l’ordre chronologique des inscriptions soit de critères que l’école appréciera et souhaitera mettre en avant pour effectuer ses choix.

Des critères, l’administration en propose six : 1. L’école secondaire est, parmi les écoles du même réseau, celle qui offre le « temps de déplacement domicile-école, par le moyen le plus rapide, le plus court. » 2. L’école primaire d’origine est une école dite « annexée«   (géographiquement) à l’école secondaire. 3. L’école primaire et secondaire ont un même projet d’établissement. 4. Elles sont en immersion. 5. L’élève réside dans une des six communes à facilité de la périphérie. 6. Sans lui être adossée, l’école primaire aurait pu l’être car elle honore les conditions requises à l’adossement.

L’école qui choisira de sélectionner les élèves sur la base de ces critères devra leur attribuer une valeur : 1 ou 2. Pour chaque critère rencontré, l’élève bénéficiera du nombre de points que l’école accorde à ces critères. Les enfants dont la cote finale est la plus élevée seront donc inscrits. Il est entendu que chaque PO est libre de donner à chaque critère le coefficient qu’il veut. Ainsi, dans telle école, tel critère vaudra 2 pts alors que le même critère ne vaudra que 1 pt dans l’école voisine. En cas d’égalité, les élèves pourraient être départagés. Mais on ignore encore sur quelle base.

Le retour des files et des multi-inscriptions

On serait bien naïfs de penser que ce texte (par ailleurs bien compliqué pour les profanes) va résoudre tous les problèmes rencontrés ces deux dernières années. Ainsi, on peut s’attendre au retour des inscriptions multiples et des files de parents (en particulier dans les écoles qui auront choisi de tenir compte de la date d’inscription pour « trier » les candidats). La ministre ne l’ignore pas, elle qui donne, par ce texte, une existence légale à la CIRI, la Commission interréseaux des inscriptions. Sa tâche sera la même que l’an dernier : gérer et résorber les multi-inscriptions, conseiller les parents dont les enfants sont sur une (ou des) liste(s) d’attente…

On peut également regretter que le ministère se décharge de la responsabilité de trancher entre les différents systèmes de sélections proposés aux écoles. Dans un sens, la ministre préfère cette fois refiler la patate chaude aux écoles. A elles d’assumer et de gérer ensuite les conséquences de choix (éventuellement) malheureux. On notera que cet avant-projet de décret – qui devra être présenté aux partenaires PS et Ecolo mardi et, s’il passe la rampe, être adopté vendredi prochain – n’innove en rien et ne fait que compiler de vieilles recettes dont on sait déjà qu’elles ne marchent pas. Mais attendons les réactions des partenaires, de l’opposition et, surtout, des acteurs de l’enseignement.1

  1. Le Soir – 7.11.09 & La Libre 7.11.09 []

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18 réponses à Décret inscriptions : la version "Simonet" est arrivée

  1. hedwige dit :

    Et voilà…. »soit de critères que l’école appréciera et souhaitera mettre en avant pour effectuer ses choix »… fini le beau principe de mixité…le SEGEC et cie a réussi.

  2. Echocynique dit :

    Hedwige, les critères sont « choisis » parmi 6 qui sont imposés par le ministère…
    Il serait peut-être temps de sortir un « décret Qualité », plutôt que toutes ces bêtises!

  3. franz dit :

    La meilleure solution consisterait à supprimer les 3 décrets « arena » , « dupont » et « simonet » !!

  4. franz dit :

    Avant ces trois-là , il y en eut pas mal d’autres qui se sont « occupés » de l’enseignement ,pour en faire ce que cela est devenu aujourd’hui !!!Pour un pays grand comme un mouchoir de poche , nous avons six ministres qui s’occupent de l’enseignement !! Comment voulez-vous que cela fonctionne ??

  5. jiempe dit :

    Et encore un poids de plus pour les chefs d’établissement et les comités de concertation ! Au lieu de simplifier le problème, on en double les inconvénients : files + casse-tête des critères. tout cela pour 3% des écoles et des élèves. Quand nos gouvernants vont-ils cesser de perdre ainsi leur énergie et enfin s’occuper des 97% pour les vraies questions et fournir de vraies réponses ?

  6. mel dit :

    Jiempe touche ici à ce que beaucoup pensent tout bas dans leur chaumière…

    Les idéologues ont allumé une mèche que tout politique (sauf peut-être les contestataires purs souche d’un certain MR qui ne proposent finalement rien et changent d’avis en fonction des échéances électorales), donc tout politique essaie d’éteindre cette méche avec leurs mains mouillées. De peur de fâcher ces idéologues…et de perdre des plumes dans l’incendie circonscrit…

    Pendant ce temps, l’incendie des échecs scolaires et des performances en dents de scies perdure et continue de s’étendre.

    Quant va-t-on s’attaquer à la racine des problèmes : recentrer les apprentissages, la discipline en classe et le respect des profs, en évaluant les profs au vu des progrès de leurs élèves (je dis bien des progrès car selon les élèves et la difficulté, il faut nuancer ce type d’évaluation).

    Le reste, n’est que du vent à vocation purement électorale…donc non durable par essence…

  7. choupeta dit :

    J’aimerais savoir comment on peut inscrire un petit frère par alliance dans la même école que son ainée si ces deux enfants ne sont pas domiciliés au même endroit tout en vivant une semaine sur deux ensemble ? C’est un problème !!!

  8. David dit :

    Et oui! Rien de bien nouveau, décidément, nous allons de déception en déception. La gouvernance CDH ne vaut guère mieux que le reste… Il est à noter que malgré les nombreuses interventions du secteur, l’adossement est toujours d’actualité. Nous allons perdre des élèves en 5ème car les parents préfèrent s’assurer une inscription « facile » en secondaire plutôt que de penser aux difficultés que vont rencontrer leurs enfants en changeant en plein cursus du fondamental. On détruit tout le travail du primaire avec ce décret. C’est cela qui est inadmissible. On détruit la construction de notre projet d’école, on détruit le travail en continuité, le dossier d’élèves, l’utilité des évaluations, le travail réalisé sur le groupe classe, les conseils de classe, les conseils d’école, la discipline dans l’école. On touche à bcp bcp de travail. Bref on DETRUIT ce que on nous a demandé de réaliser. Ce que nous avons eu tellement de mal à réaliser. J’en ai ras le bol :-( Pourquoi se démerder pour bosser quand on va perdre 1/4 de sa classe (6 parents m’ont déjà prévenu de leur intention)et qu’une collègue va perdre son job alors qu’elle fait tant pour notre école. C’est un scandale!!! Ah oui et ras-le-bol de ces écoles soi-disant meilleures que les autres qui se servent des « on dit », qui ne respectent aucune règle, aucune déontologie ou le simple objectif est le nombre… Vous êtes un scandale pour notre profession. Pffff ca fait du bien de l’écrire.

  9. David dit :

    Ah oui, l faut savoir que cela touche aussi les maternelles car les parents, qui n’y comprennent plus rien, inscrivent dans plusieurs écoles pour les maternelles. Résultat: SUr les 44 inscrits chez nous, seulement 22 sont arrivés en septembre. Le diro était content de toutes ces heures de rendez-vous pour rien (eh oui, dans les soi-disant bonnes écoles,vous avez droit à une secrétaire, le concierge ou une monitrice pour inscrire votre enfant, le directeur n’a pas le temps! –) Vécu personnellement avec ma fille car je voulais me faire m’a propre idée dans mon quartier.Heureusement que je l’avais déjà inscrite dans une école maternelle bien sympa et à l’écoute.

  10. christ dit :

    A quand la perte des petites écoles primaires????? Ne va-t-on pas souffrir et perdre des enfants? Je doute…

  11. Xavier Hubaut dit :

    Je suis d’accord avec la déclaration de Reinkin: « Si le système est maintenu [...], tôt ou tard, il faudra légiférer pour réglementer les inscriptions au primaire. »
    Mais est-ce un mal? Vouloir supprimer des inégalités à 12 ans est illusoire. La mixité doit être introduite au plus tôt: au primaire et même dès la maternelle. C’est ce que j’ai écrit de dizaines de fois dans tous les forums qui me tolèrent !

  12. mel dit :

    Xavier, vous avez du bon sens…

    Construire oui.
    Briser ce qui existe déjà non.

  13. Gomme dit :

    « Avant ces trois-là , il y en eut pas mal d’autres qui se sont « occupés » de l’enseignement ,pour en faire ce que cela est devenu aujourd’hui !!!Pour un pays grand comme un mouchoir de poche , nous avons six ministres qui s’occupent de l’enseignement !! Comment voulez-vous que cela fonctionne ? » écrit un intervenant.
    Mais, vous le faites exprès ou quoi ? L’enseignement en Flandre va très bien et est un des meilleurs du monde (Voir enquêtes PISA) ; ne cherchez donc pas une réponse simpliste dans le nombre de ministre.

  14. pascal dit :

    Les écoles d’ens. professionnel et technique perdent des élèves au 1er degré grâce à la dernière réforme !
    Les écoles primaires perdent des élèves suite à l’introduction de priorité pour les écoles adossées.
    Les maternelles seront bientôt touchées aussi.
    Pour qui est-ce tout bénef ? Pour les 3% d’écoles qui justement nous valent tout ce barouf. Qui osera le dénoncer publiquement ?

  15. DM dit :

    MOI mais je vais être censuré… :-)
    Saint-Micheline, Don Biscotte,… et toutes les écoles qui veulent de l’élitisme pour une certaines catégories sociales de la population.

  16. samuel dit :

    Apolitique, je voudrais quand même faire remarquer que si la ministre est CDH le gouvernement est une coalition. Je ne peux imaginer que tout soit décidé par une seule personne, un seul parti, sans l’aval des autres en coulisses.
    On nous prend pour des idiots en essayant de nous faire croire le contraire.
    Je pense que la politique de l’enseignement en Belgique est à revoir dans son ensemble. Mais le bras de fer risque d’être à la mesure des enjeux et personne ne semble le vouloir. Alors c’est la politique du moindre mal qui prime.
    Mais le moindre mal finira bientôt par nous éclater au nez !

  17. pascal dit :

    Il n’y a pas que les écoles du Libre ! Voyez l’athenée R.C ou r G… Mais une chose est sûre, c’est que 90% de ces écoles sont brabançonnes. Mais nous sommes tous enquiquinés* !
    *(Pour rester courtois)

  18. Lucky dit :

    Je suis peut-être idiot, mais où est passé l’objectif de la « mixité sociale » qui était le fondement de ces trois décrets inscription ?

    Tout est réglé après toutes ces années de négociation : les écoles se débrouillent.

    Au lieu de consacrer toute cette énergie dans un pseudo décret, nos ministres feraient bien de s’atteler au réel problème : la revalorisation de la fonction enseignante… ou alors ils attendent qu’il n’y ait plus de prof…