La petite histoire du décret « inscriptions »
Il n’est pas encore officiellement né et a déjà fait couler beaucoup d’encre1. Lui, c’est le décret « Inscriptions », troisième du nom, le cadet d’une fratrie maudite. Tout avait pourtant bien commencé. En cette mi-juillet, à la table des négociations, le CdH avait obtenu (facilement) le ministère qu’il convoitait depuis des mois, le portefeuille le plus ingrat du gouvernement, celui de l’enseignement. Et c’est Marie-Dominique Simonet, ministre sortante de l’enseignement supérieur, qui avait été choisie par sa présidente de parti pour mener à bien la politique d’éducation de la coalition tripartite (PS-Ecolo-CdH), agrémentée de cet humanisme qui lui avait, pouvait-on alors lire dans la presse, tant manqué dans le passé. De plus, la femme avait le bon profil : conciliante, capable d’écoute et de dialogue… Ses premières sorties avaient été saluées par tous. C’est que la nouvelle ministre disait alors vouloir repartir « d’une feuille blanche« , effaçant à jamais les errements de ses prédécesseurs. Mais le dossier « pourri » des inscriptions l’était au-delà de ce qu’elle avait imaginé.
Des premiers pas au désenchantement
Elle avait peut-être espéré une rentrée moins chahutée. Mais, en cette fin d’été, il restait encore 800 élèves sans école. A dix jours de la rentrée, ce défi pour la nouvelle patronne de l’école sonnait comme un premier vrai test. Pas question de trébucher. De gré ou de force, elle allait les y enfourner, à l’école, ces gamins. Le 18 août, après avoir convoqué les membres de la cellule interréseaux des inscriptions (CIRI) et rappelé à cette dernière qu’elle a le pouvoir de contraindre les parents des multi-inscrits à classer leurs choix, Marie-Dominique Simonet assoit (temporairement) sa légitimité. Le 1er septembre, tous les élèves ou presque sont casés. Première victoire.
Quel système prévoir à l’avenir? Une centralisation des inscriptions? Si une grande partie des acteurs de l’école y sont favorables, la ministre reste dubitative. Et ses proches ne l’encouragent d’ailleurs pas à explorer plus avant cette nouvelle option. Ils se nomment Alain Maingain, frère d’Olivier, ex-directeur du Sacré-Coeur de Lindthout (300 élèves sur liste d’attente en 2009), éphémère candidat du CdH sur les listes régionales et Arthur Belleflamme, directeur de cabinet-adjoint, bien connu de l’enseignement catholique. Le papa du nouveau texte estampillé « Simonet », c’est lui.
La grogne des profs
La Ministre se met donc rapidement à l’ouvrage mais doit gérer, en plus de la rédaction de son nouveau décret « Inscriptions », les mouvements d’humeur des enseignants. C’est que la crise a imposé un tour de vis dans l’enseignement (comme dans de nombreux autres secteurs). Après la pluie de promesses électorales, c’est le dur retour à la réalité. Le plan d’économies fait mal et la ministre ne parvient pas à maîtriser sa communication. Le 12 septembre, le journal Le Soir publie les grandes lignes de ce qui sera vite interprété comme une attaque frontale contre les enseignants. La ministre, souvenez-vous, espérait pouvoir porter la plage horaire maximum de 22 à 24 heures. Inadmissible pour les syndicats qui brandissent immédiatement la menace de grèves. Le projet est alors enterré.
Le 25 septembre, la ministre entame ses consultations : pouvoirs organisateurs, syndicats, enseignants, directeurs d’école, associations de parents… Tous ont voix au chapitre. Durant plusieurs jours, Marie-Do écoute, prend des notes, pose des questions. Les médias reconnaissent que, pour une fois, un ministre de l’enseignement prend le temps de consulter la base avant de décréter. Trop de temps? C’est ce que les partenaires de l’Olivier commencent à penser lorsque, début octobre, attendant un premier schéma du cabinet Simonet, ils ne voient rien venir. Le 16 octobre, alors que les débats n’en finissent plus (on se bouscule toujours au cabinet de la ministre), le CdH communique que Marie-Dominique Simonet va s’atteler à la rédaction d’un avant-projet de décret et qu’elle ne verra plus aucun acteur de l’école. Une manière d’indiquer sa totale objectivité.
Le CdH seul contre tous
Prudents, redoutant les fuites, les proches de la ministre Simonet consultent les partenaires de la majorité. Rudy Demotte (PS) d’abord, Jean-Marc Nollet (Ecolo) ensuite. Le 22 octobre, l’avant-projet est écrit. De bonne source, on sait que ce sont les ministres eux-mêmes qui négocient directement les corrections à y apporter. Le 4 novembre, le texte est presque prêt. Mais 3 jours plus tard, une nouvelle fuite fait trembler l’Olivier fraîchement sorti de terre. Le Soir, encore une fois, publie la note « Simonet ». Le texte est assassiné par les enseignants… mais salué par les parents, surtout ceux dont les enfants fréquentent l’enseignement libre de Bruxelles et du Brabant wallon. En kern, ça s’agite. Quelle attitude PS et Ecolo doivent-ils adopter?
Deux accrochages : sur l’adossement d’abord (continuum pédagogique en langage humaniste), sur la possibilité de donner « un chèque en blanc » au directeur d’école pour sélectionner les élèves (premier arrivé, premier servi ou choix fondé sur des critères) ensuite. PS et Ecolo veulent un système simple et unique pour tous. Ils reprochent à Marie-Dominique Simonet d’avoir plié devant les écoles catholiques et, au CdH, de chercher à récupérer l’électorat perdu (les parents déçus partis dans le giron du MR) à Bruxelles. Le message est clair : il faut revoir la copie.
Le 12 novembre, nouveau couac : la ministre n’a rien changé à son texte. Rudy Demotte s’emporte alors : « Reste arcboutée sur tes positions et nous irons droit dans le mur! » lui lance-t-il. Mais la Liégeoise ne plie pas. C’est finalement André Antoine qui doit jouer le rôle de « facilitateur » auprès de sa collègue. Le PS, dit-on, boit du petit lait de voir les démocrates-humanistes à ce point embourbés. Et entre le CdH et Ecolo, c’est désormais la méfiance, le premier ne parvenant pas à oublier que le second lui a chipé sa place de 3e parti en Wallonie.
Pour la presse, et le public, tout va bien. Les partenaires travaillent dans la joie et la bonne humeur. Le 18 novembre, Ecolo parvient à convaincre Simonet d’opter pour la fiche d’inscription. Le 19 novembre, les grandes lignes du nouveau textes sont écrites. Il reste à définir les critères pour départager les élèves surnuméraires.Critères sur lesquels les partenaires patinent depuis bientôt un mois !
Un espoir d’arriver à un accord avant les fêtes?
Alors, la méthode « Simonet »? « Je savais pertinemment que le premier texte (4/11/09) allait être modifié. Mais tout ce qui est bon, je le prends » glisse la ministre. Ce serait donc ça sa stratégie : demander un maximum pour arracher un minimum?
Si, dans son esprit, le minimum a pris la forme de l’adossement, socialistes et écologistes n’en ont pas fini avec la dame de fer.
- Basé sur un article du Vif/L’Express du 4 au 10.12.09 [↩]
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