L'enseignant, éternel absent? Simonet n'est pas d'accord

absentéismeLa ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet, n’est pas d’accord avec les chiffres publiés cette semaine dans la presse. Les statistiques, au contraire, montreraient une diminution de l’absentéisme des enseignants. Selon les statistiques des 11 premiers mois de 2009 établies par la société Mensura, chargée du contrôle des absences pour maladie des membres du personnel de l’enseignement, on comptabilise 1.364.399 jours d’absence pour maladie.

Si l’on y a joute la moyenne du nombre de jours d’absences constaté en décembre, soit quelque 140.000 jours, on arrive à un total de quelque 1.505.000 jours, soit moins que le chiffre de 1.512.000 jours d’absence renseigné par les journaux de Sud Presse pour 2007, a affirmé la ministre. Pour elle, on ne peut donc parler d’une augmentation de l’absentéisme dans l’enseignement. Au contraire, par rapport au chiffre de 1999, soit 1.941.327 jours, l’absentéisme a reculé de plus de 22%.

De plus, depuis le mois d’octobre, les écoles sont invitées, dans le cadre des mesures « Influenza », à encoder quotidiennement le nombre d’absences pour maladie de leurs élèves et de leurs enseignants. Sur base de cet encodage, on constate que le taux moyen d’absence des enseignants s’élève à 5,72%, ce qui est légèrement supérieur au taux moyen d’absentéisme de 5,30% constaté sur le marché du travail signalé par la presse. On est donc bien loin des 7% avancés par Sud Presse.

Pascale Chardome, le président de la CGSP-Enseignement, a qui on avait dans un premier temps soumis les premiers chiffres tirés des journaux du groupe Sud Presse, dénonçait lundi la pénibilité du travail des enseignants :

Cela fait bien longtemps qu’on dénonce la pénibilité des conditions de travail dans l’enseignement, une pénibilité accrue du métier. On peut donc imaginer que tout cela s’accompagne d’enseignants qui, en matière de santé, ont du mal à tenir le coup et sont donc amenés à prendre ces congés de maladie de manière plus importante que par le passé.1

Il semblerait qu’il ne soit pas nécessaire de se justifier. Non, les enseignants ne s’absentent pas plus que les autres professions. Tordons une fois le cou à une belle idée reçue.2

  1. RTBF – 14.12.09 []
  2. Belga – 17.12.09 []

Commentaires

  1. sylvie dit :

    le problème n’est pas dans le faite d’être absent mais d’être remplacé….seulement après 8 jours ouvrables nous sommes donc obligés d’avoir un certificat pour être remplacées ce qui fausses les absences . Pourquoi ne pas détacher des volantes pour remplacements de 2 OU 5 jours un peu d’imagination que diable!!!!!

  2. ANNIE dit :

    En tout cas dans mon école il y a bien quelques collègues qui s’absentent souvent mais la grande majorité des professeurs sont présents dans leurs classes et même souvent quand ils sont malades ….

  3. linda dit :

    Mais encore une fois le mal est fait. Qui entendra ce déménti ?

  4. François dit :

    De plus, l’enqête Influenza demande à chaque école de signaler les absences de son personnel. DONC, un enseignant qui travaille dans deux, trois … six ou sept écoles (Il y en a, voyez les maîtres spéciaux dans le fondamental!!!) sera renseigné absent par plusieurs écoles… comme quoi, les statistiques d’Influenza sont peu crédibles!
    Une fois de plus, Sud Presse n’a rien trouvé de mieux pour « flatter les parents, lecteurs potentiels » que de faire dire aux chiffres du mal des enseignants! On peut toujours supprimer l’Ecole … cela ira-t-il mieux pour la cause?

  5. jean-baptiste dit :

    Tout le monde veut parler de l’absentéisme des enseignants, mais peu de gens ignorent à peu près l’évolution du métier des enseignants: gestion mentale des jeunes qui n’ont rien à cirer, gestion des êtres humains et non pas des dossiers, exigence des compétences pédagogiques, réduction de l’autorité de l’enseignant par des décrets « protecteurs » des élèves; etc. Bref, un métier qui ne ressemble plus à rien. Voilà

  6. lehcim dit :

    Mon récit est certe long, mais si vous avez le temps penchez vous un instant sur cette réflexion.

    Il est inévitable maintenant d’éviter les multiples criques concernant le profession de l’enseignant. Les médias devraient se taire, du moins arrêter les exagérations. Bien sûr qu’il y a de l’absentéisme dans nos écoles. Cela fait longtemps déjà que l’on « tape sur le dos des profs », parce que le monde du privé ne voient chez eux que les avantages, notamment qu’ils bénéficient de trop de congés ou qu’ils ont très peu de prestations par rapport au privé. Là, on peut vraiment débattre. Parlons du secteur professionnel, pour citer en exemples: la plage horaire d’un prof de pratique professionnelle dans l’enseignement spécialisé est de 24-28, les profs de pratique fonctionnent généralement au maximum de leur plage avec charge d’un maximum de 14 élèves caractériels utilisant du matériel et des machines dangereuses. Dans l’enseignement professionnel officiel, la plage horaire pour les profs de pratique est de 30 -33 avec charge d’un maximum de 16 élèves qui ne sont pas des moindres dans l’enseignement professionnel ordinaire (qui utilisent aussi du matériel et des machines dangereuses).Ces profs ont comme bien d’autres, des devoirs à corriger, conception de projets, des préparations à réaliser.Les instits et les profs de cours généraux ont eux aussi de grosses difficultés, surcharge du nombre d’élèves par classes etc… De plus, ces dernières années, nous avons connu un bon nombre de réformes qui n’ont abouti qu’au désastre que nous connaissons actuellement. Dans les secteurs spécialisés et professionnels les vrais problèmes sont fortement ressenti au niveau des types de population scolaire. Faute de n’avoir pu réussir ailleurs on retrouve de plus en plus d’enfants démotivés et défavorisés, bien souvent, on se rend bien vite compte que certains d’entre eux ne sont pas à leur place. Dès qu’ils font leur choix d’option, on s’aperçoit que par leur attitude et leur motivation, que ce qu’ils ont choisi comme métier, est un échec total. Devenir « homme de métier » dans le monde professionnel d’aujourd’hui n’est pas un choix que l’on doit « tirer à l’aveuglette », il faut avoir des connaissances et avoir acquis des savoir-faire et bien être préparé à l’insertion socioprofessionnelle. On n’en parle pas et pourtant les secteur de la construction n’est-il pas en pénurie de main d’oeuvre… il y a lieu, de vraiment s’inquiéter…
    Dan sla plupart des cas, le niveau de nos jeunes a baissé considérablement, partisan du moindre effort, c’est comme cela qu’ils grandissent, puis devenu « grand » ils se confrontent et se redressent contre le système éducatif et autoritaire. Ils grandissent dans un système familial totalement démissionnaire et incapable de réaction. Certains d’entre eux sont devenus « les enfants rois » et à l’école « les élèves rois », pendant que d’autres sont malheureusement délaissés et défavorisés. Ce qui marque sur le terrain, c’est l’évolution de la violence dans les écoles peuplées d’élèves provenant de milieux défavorisés. La violence n’est plus « tabou », quand il s’agit de violence verbale, on peut dire qu’elle est même devenue une habitude au quotidien. Lorsque que l’on ne réagit pas, il y a pour moi un manque de cohérence et de prise en considération de la part de l’autorité et l’équipe éducative. Dès lors les élèves peuvent continuer impunément à jouer leur rôle de caïd et déstabiliser tout un système scolaire et autoritaire. C’est ce qui génère parfois des débordements de violences physiques contre le personnel. Les victimes les plus vulnérables dans les établissements à difficultés sont celles dont le travail demande qu’ils s’occupent d’enfants caractériels et en difficultés d’apprentissage dans un contexte d’organisation de travail mal adapté et mal encadré sur le terrain.Ces dernières années, l’enseignant a perdu à la fois son moteur, sa dignité et l’efficacité de son travail. Pour mettre en valeur ses qualités et transmettre les savoir-faire il faut absolument que l’on puisse lui rendre la confiance qu’il a perdue, qu’on lui redonne de l’admiration et du respect. Les réformes et les cadres pédagogiques eux-mêmes ont diffusé tellement de réformes et mené les enseignants à de multiples confusions invraisemblables. Dans ces réformes, on a essayé de nouvelles compétences, on a essayé des méthodes actives et inductives, on a essayé des nouveaux programmes qui malheureusement ne conviennent pas. Sans l’encadrement et les accompagnements nécessaires il est impensable de parvenir à « l’école de la réussite ». Il faut bien reconnaître que cela n’a pas pris, les enseignants n’en veulent pas ou n’y arrivent pas, les élèves et les parents non plus. Alors peu importe pourquoi, si les bonnes vieilles méthodes passaient mieux… Aujourd’hui l’égalité de l’adulte et du jeune suppose l’égalité entre tous dans une classe, suppose de la part du maître la capacité à imposer dans la classe des rapports sociaux égalitaires et des conditions d’apprentissage équitables. C’est cette capacité qui lui donne sa nouvelle autorité, mais malheureusement, difficilement applicable, lorsque l’on est confronté à des élèves provenant de milieux défavorisés. Super protégés, les types d’élèves caractériels et démotivés dans le secteur professionnel se disent et savent qu’ils n’ont rien à perdre. On a pris au maître les instruments de ses valeurs, son autorité et sa propre supériorité du savoir sans lui donner les moyens de se saisir des instruments de l’autorité adaptés. Le pouvoir du maître et le pouvoir du savoir ne se justifient plus l’un l’autre mais tous deux se justifient par le pouvoir ajouté qu’ils donnent à l’apprenant et qui se négocie dans la relation pédagogique. L’autorité n’est-elle pas l’élément premier constitutif de l’identité professionnelle enseignante ? Quelles que soient ses orientations pédagogiques, sans autorité, il n’y a aucun enseignement ni apprentissage possible. Ces dernières années, l’enseignant a perdu à la fois son moteur, sa dignité et l’efficacité de son travail. Pour mettre en valeur ses qualités, les savoir-faire, il faut absolument qu’on lui rende la confiance qu’il a perdue, qu’on lui redonne de l’admiration et du respect. Actuellement la majorité des enseignants ne sont pas capables ni d’installer dans la classe ces rapports sociaux égalitaires et ces conditions d’apprentissage, ni de faire vivre des activités qui donnent du sens au savoir et provoquent son appropriation reconstructive. Cette incapacité n’est pas « personnelle » ; les enseignants incapables ne portent pas seuls la responsabilité de leur incapacité. Cette incapacité est relationnelle et inscrite dans les rapports sociaux dans lesquels jouent les enseignants. Pourtant, l’épanouissement de l’enfant et du jeune est considéré comme nécessaire à son développement intellectuel et c’est pour cela qu’il faut absolument penser à reconfigurer l’enseignement, l’éducation et arrêter de materniser ces jeunes. Il faut qu’ils retrouvent les sens du devoir et de leurs responsabilités. Les enseignants ne sont pas seuls responsables, ils ne sont pas non plus pures victimes. Beaucoup se vivent cependant comme tels. Ils ont perdu l’autorité traditionnelle et ne sont pas capables d’avoir une autorité nouvelle. Certains d’entre eux n’ont plus d’autorité, ils ont perdu toute dignité. Légitimement ils veulent que cela change. D’autres, jettent le gang, en espérant au plus vite de pouvoir bénéficier des mesures de fin de carrière les mieux appropriées. Je comprends, je suis moi-même confronté à cette réalité. Ce dont nous avons vraiment besoin dans l’enseignement professionnel, c’est de moyens physiques d’encadrement. L’accompagnement doit se ressentir sur le terrain, dans la classe, dans l’atelier et sur le chantier. Une plus large relation avec l’entreprise doit absolument être envisagée. La formation continue du personnel doit être réadaptée en leur permettant de suivre des formations individuelles en entreprises (ce n’est pas le cas pour l’instant). Permettre l’accompagnement d’un jeune prof par un ancien est tout autant nécessaire et envisageable pour éviter le départ massif des anciens. La qualité de notre enseignement est fortement dégradée et elle nécessite aussi et certainement la correction de l’éducation. Il faut prendre des mesures pour absolument approfondir la responsabilisation des parents. Cela devrait faire partie d’un nouveau projet de citoyenneté, le projet de vie et d’avenir des enfants. Pas étonnant que la fonction soit en péril, je ne connais pas mal de collègues à tous niveaux qui ont déjà « mis les voiles » et d’autres qui sont persuadés de le faire avant 2011 en optant pour la mesure de DPPR à 55 ans. On ne tient pas compte des revendications des anciens, tout ce qui compte, c’est mieux économiser pour mieux dépenser ailleurs. Si on ne réagit pas, on court à la catastrophe, on vit dans un monde d’égoïsme, du chacun-pour-soi et malheureusement cela va s’empirer. Je me demande ce que nos dirigeants pensent, à se demander s’ils pensent encore, de toute façon eux dans certains cas, ils ont leurs mandats et la plupart, leurs parachutes dorés. On se fou vraiment du monde, là je suis grossier, manque d’éducation peut-être ?

  7. la dyslexique dit :

    En tant que parent, je suis présente à chaque réunion organisée par l’école, ce n’est pas le cas de certains enseignants. Le service d’Inspection m’a rétorqué que l’enseignant étant absent pour une raison valable puisqu’il était « au jury central », je n’avais pas à me plaindre de ne pas avoir eu l’occasion de le rencontrer pour obtenir des conseils pour préparer la deuxième session. Petit détail, très gros effet :
    Extrait de « La vie entre les mots », une pièce de Benjamin Cognet, dyslexique et écriveur de livres.

    Scène 2 : le grand-père, le petit fils en vidéo

    Le grand-père : ça y est ? on peut y aller ?

    La web cam du petit-fils est placée de façon à ce qu’on voie dans la chambre, avec les deux seaux, le premier rempli de balles de ping-pong et le deuxième vide.

    Montre-moi si tu as bien marqué les balles de ping-pong et le seau…

    Le petit-fils montre à la caméra les trois balles de ping-pong sur lesquelles sont inscrits des ordres comme « leçon de français », « leçon de math », « ranger sa chambre ». Le grand-père lit à voix haute, au fur et à mesure. Il montre aussi le seau troué sur lequel est écrit « tête d’un dyslexique ». L’enfant suit les indications du grand-père au fur et à mesure que ce dernier les donne.

    Ton seau représente la tête d’un dyslexique… et chaque balle de ping-pong un ordre, une donnée pour ta tête.
    Tu vas mettre une balle de ping-pong dans le seau qui représente ta tête.

    (Le petit-fils, vidéo : attends, pépé, je mets les hauts-parleurs)

    Cette balle met un moment puis finit par sortir par le trou. L’information a été comprise et digérée par le cerveau.
    Maintenant, mets-en deux. Cela va moins vite pour que les deux informations soient gérées en même temps. Puisque le trou n’a la taille que d’une seule balle de ping-pong, les informations ne peuvent être gérées que l’une après l’autre.
    Et maintenant, renverse complètement le seau de balles de ping-pong dans le seau troué. Tu vois, toutes ces informations en même temps bouchent le trou et débordent du seau.

    Voilà ce que moi, dyslexique, je ressens lorsque je suis soumis à plusieurs ordres à la fois. J’ai l’impression que ma tête va exploser et que toutes les balles de ping-pong vont se répandre sur le sol. Cela me stresse et m’empêche de gérer les informations les unes après les autres.

    L’examen de biologie d’un élève dyslexique en juin 2008 commençait par un QCM (PDF en annexe)
    – Sur la première balle de ping-pong : répondre au questionnaire suivant, attention chaque case du tableau vous rapporte 2 points si tout est correct, 1 point si incomplet, 0 si réponse incorrecte.
    – Sur la deuxième balle : il faut recopier dans le tableau les lettres qui correspondent aux réponses des numéros des questions
    – Sur la troisième balle : QCM plusieurs réponses possibles, donc plusieurs lettres dans les cases
    – Sur la quatrième balle : dans les trois premières questions, notez la ou les affirmations inexactes
    – Sur la cinquième balle : à la question 4 il faut changer, il faut noter ce qui est exact
    – Sur la sixième balle : il y a 16 questions, mais il n’y a que quinze cases dans le tableau… je n’ai sûrement pas bien compris une des consignes, je dois recommencer au début.

    La septième balle, première question ouverte de l’examen, « Placez les éléments majeurs suivants » a été traitée « classez les éléments majeurs suivants », l’élève n’a même pas vu le schéma sur lequel il fallait « placer » ces éléments : complètement désorienté, le vertige a fait tomber de la feuille ce qui était noté du côté droit. C’est un symptôme classique de décompensation dyslexique.

    Cette épreuve n’a pas évalué les compétences en biologie de cet élève, elle a évalué sa capacité à comprendre et exécuter plusieurs ordres en même temps, elle a donc évalué la capacité de cet enfant à compenser son handicap de dyslexie.
    Elle n’a été montrée ni aux parents, ni à l’élève en juin, le professeur était absent à la réunion des parents, les copies étaient déjà « archivées ».
    En septembre, l’élève a eu la même épreuve lors de son repêchage.

    Informés des difficultés liées à la dyslexie de cet élève et à l’imprécision des consignes du QCM lors de cette deuxième épreuve, les quinze professeurs du conseil de classe du degré supérieur, puis les sept experts du conseil de recours externe de la Communauté française ont estimé que le redoublement était la réponse pédagogique adéquate à cet échec noté 50/90 en biologie pour l’année mais seulement 8/20 à l’examen, au prétexte que « l’échec s’est aggravé lors des épreuves d’examens, l’élève semble donc débordé quand il s’agit de faire face à des matières plus vastes ».

    Cette épreuve est présentée depuis juin 2005 à chaque session d’examen de biologie dans cet établissement. Redoublant, cet élève aura le même QCM à réaliser en juin, et donc plus que probablement en septembre, les balles de ping-pong seront toujours coincées dans le seau, le fait d’apprendre une nouvelle fois cette matière déjà bien connue n’en aura pas élargi le trou.

    En cette période de crise, quel est le meilleur rapport qualité/prix ?

    Une décision unilatérale de redoublement ou une concertation parents-école autour des difficultés de l’enfant?

    Pendant qu’on se rassure en évoquant les aménagements du CEB, l’homologation du logiciel Kurzweil (inutilisable quand les notes de cours sont des photocopies…) , et qu’on déplore ne pas avoir assez de sous pour créer un « type 8 » pour le secondaire, des enfants comme le mien se découragent, finissent par décrocher, exclus, isolés et incompris. Sous prétexte que cette culture de l’échec et du redoublement en Communauté française de Belgique est multifactorielle et difficile à remettre en question, et que la pédagogie n’est pas une matière dont on discute avec les parents?

    Extrait de « La vie entre les mots », une pièce de Benjamin Cognet, dyslexique et écriveur de livres.

    Scène 4 : bureau du psy, dialogue avec l’enfant

    Le grand-père se dirige côté jardin. De dos, il prend la blouse blanche du psy et des lunettes. Le psy s’assoit sur la chaise (face au public) et d’adresse à un enfant imaginaire.

    Le psy : assieds-toi, Benjamin. Silence. Ça va aujourd’hui ? Qu’est-ce ça donne le travail en classe ces derniers temps ? Silence. Ah bon ? Tu as de mauvaises notes. Pourquoi ? Silence. Tu ne sais pas pourquoi… Pourtant tu travailles beaucoup. Silence. Tu t’entends bien avec tes parents ? Silence. Oui …c’est bien… Silence. Et avec tes camarades de classe ? Silence. Impassible. Et pourquoi ça ? Pourquoi tu veux tous les tuer ? Silence. Ah parce qu’ils ont méchants avec toi et qu’ils t’insultent ! Silence. Et pourquoi ils t’insultent ? Silence. Parce que tu es mauvais en classe… Silence. Et pourquoi tu es mauvais en classe ? Silence. Ah bon, tu as de mauvaises notes… Silence. Dans les yeux de l’enfant, sur un ton sec . Pourquoi ?

    Extrait de « La vie entre les mots », une pièce de Benjamin Cognet, dyslexique et écriveur de livres.

    Scène 2 : le grand-père, le petit fils en vidéo

    Le grand-père : ça y est ? on peut y aller ?

    La web cam du petit-fils est placée de façon à ce qu’on voie dans la chambre, avec les deux seaux, le premier rempli de balles de ping-pong et le deuxième vide.

    Montre-moi si tu as bien marqué les balles de ping-pong et le seau…

    Le petit-fils montre à la caméra les trois balles de ping-pong sur lesquelles sont inscrits des ordres comme « leçon de français », « leçon de math », « ranger sa chambre ». Le grand-père lit à voix haute, au fur et à mesure. Il montre aussi le seau troué sur lequel est écrit « tête d’un dyslexique ». L’enfant suit les indications du grand-père au fur et à mesure que ce dernier les donne.

    Ton seau représente la tête d’un dyslexique… et chaque balle de ping-pong un ordre, une donnée pour ta tête.
    Tu vas mettre une balle de ping-pong dans le seau qui représente ta tête.

    (Le petit-fils, vidéo : attends, pépé, je mets les hauts-parleurs)

    Cette balle met un moment puis finit par sortir par le trou. L’information a été comprise et digérée par le cerveau.
    Maintenant, mets-en deux. Cela va moins vite pour que les deux informations soient gérées en même temps. Puisque le trou n’a la taille que d’une seule balle de ping-pong, les informations ne peuvent être gérées que l’une après l’autre.
    Et maintenant, renverse complètement le seau de balles de ping-pong dans le seau troué. Tu vois, toutes ces informations en même temps bouchent le trou et débordent du seau.

    Voilà ce que moi, dyslexique, je ressens lorsque je suis soumis à plusieurs ordres à la fois. J’ai l’impression que ma tête va exploser et que toutes les balles de ping-pong vont se répandre sur le sol. Cela me stresse et m’empêche de gérer les informations les unes après les autres.

    L’examen de biologie d’un élève dyslexique en juin 2008 commençait par un QCM (PDF en annexe)
    – Sur la première balle de ping-pong : répondre au questionnaire suivant, attention chaque case du tableau vous rapporte 2 points si tout est correct, 1 point si incomplet, 0 si réponse incorrecte.
    – Sur la deuxième balle : il faut recopier dans le tableau les lettres qui correspondent aux réponses des numéros des questions
    – Sur la troisième balle : QCM plusieurs réponses possibles, donc plusieurs lettres dans les cases
    – Sur la quatrième balle : dans les trois premières questions, notez la ou les affirmations inexactes
    – Sur la cinquième balle : à la question 4 il faut changer, il faut noter ce qui est exact
    – Sur la sixième balle : il y a 16 questions, mais il n’y a que quinze cases dans le tableau… je n’ai sûrement pas bien compris une des consignes, je dois recommencer au début.

    La septième balle, première question ouverte de l’examen, « Placez les éléments majeurs suivants » a été traitée « classez les éléments majeurs suivants », l’élève n’a même pas vu le schéma sur lequel il fallait « placer » ces éléments : complètement désorienté, le vertige a fait tomber de la feuille ce qui était noté du côté droit. C’est un symptôme classique de décompensation dyslexique.

    Cette épreuve n’a pas évalué les compétences en biologie de cet élève, elle a évalué sa capacité à comprendre et exécuter plusieurs ordres en même temps, elle a donc évalué la capacité de cet enfant à compenser son handicap de dyslexie.
    Elle n’a été montrée ni aux parents, ni à l’élève en juin, le professeur était absent à la réunion des parents, les copies étaient déjà « archivées ».
    En septembre, l’élève a eu la même épreuve lors de son repêchage.

    Informés des difficultés liées à la dyslexie de cet élève et à l’imprécision des consignes du QCM lors de cette deuxième épreuve, les quinze professeurs du conseil de classe du degré supérieur, puis les sept experts du conseil de recours externe de la Communauté française ont estimé que le redoublement était la réponse pédagogique adéquate à cet échec noté 50/90 en biologie pour l’année mais seulement 8/20 à l’examen, au prétexte que « l’échec s’est aggravé lors des épreuves d’examens, l’élève semble donc débordé quand il s’agit de faire face à des matières plus vastes ».

    Cette épreuve est présentée depuis juin 2005 à chaque session d’examen de biologie dans cet établissement. Redoublant, cet élève aura le même QCM à réaliser en juin, et donc plus que probablement en septembre, les balles de ping-pong seront toujours coincées dans le seau, le fait d’apprendre une nouvelle fois cette matière déjà bien connue n’en aura pas élargi le trou.

    En cette période de crise, quel est le meilleur rapport qualité/prix ?

    Une décision unilatérale de redoublement ou une concertation parents-école autour des difficultés de l’enfant?

    Pendant qu’on se rassure en évoquant les aménagements du CEB, l’homologation du logiciel Kurzweil (inutilisable quand les notes de cours sont des photocopies…) , et qu’on déplore ne pas avoir assez de sous pour créer un « type 8 » pour le secondaire, des enfants comme le mien se découragent, finissent par décrocher, exclus, isolés et incompris. Sous prétexte que cette culture de l’échec et du redoublement en Communauté française de Belgique est multifactorielle et difficile à remettre en question, et que la pédagogie n’est pas une matière dont on discute avec les parents?

    Extrait de « La vie entre les mots », une pièce de Benjamin Cognet, dyslexique et écriveur de livres.

    Scène 4 : bureau du psy, dialogue avec l’enfant

    Le grand-père se dirige côté jardin. De dos, il prend la blouse blanche du psy et des lunettes. Le psy s’assoit sur la chaise (face au public) et d’adresse à un enfant imaginaire.

    Le psy : assieds-toi, Benjamin. Silence. Ça va aujourd’hui ? Qu’est-ce ça donne le travail en classe ces derniers temps ? Silence. Ah bon ? Tu as de mauvaises notes. Pourquoi ? Silence. Tu ne sais pas pourquoi… Pourtant tu travailles beaucoup. Silence. Tu t’entends bien avec tes parents ? Silence. Oui …c’est bien… Silence. Et avec tes camarades de classe ? Silence. Impassible. Et pourquoi ça ? Pourquoi tu veux tous les tuer ? Silence. Ah parce qu’ils ont méchants avec toi et qu’ils t’insultent ! Silence. Et pourquoi ils t’insultent ? Silence. Parce que tu es mauvais en classe… Silence. Et pourquoi tu es mauvais en classe ? Silence. Ah bon, tu as de mauvaises notes… Silence. Dans les yeux de l’enfant, sur un ton sec . Pourquoi ?