Comment motiver les élèves à aller en classe, à ne pas brosser les cours? Depuis que l’école existe, enseignants, pédagogues et politiques se posent cette question, sans arriver à trouver la réponse idéale. Ici la carotte, là le bâton… Chez nos voisins français, le ministre de l’Éducation Luc Chatel avance sa solution pour lutter contre l’absentéisme scolaire : la mise en place d’une cagnotte collective. Le principe est simple : en début d’année, une classe se voit offrir une jolie enveloppe de 2.000 euros. Si en juin, les professeurs estiment que les élèves ont été suffisamment assidus, la cagnotte leur permettra de financer un projet éducatif.1
Pour l’heure, l’initiative ne concerne que trois établissements scolaires, trois lycées professionnels de l’académie de Créteil (Ile-de-France), qui servent, en quelque sorte, de cobayes. Devant les interrogations qu’un tel projet soulève, le ministre se veut rassurant.
On fait des expérimentations et la cagnotte est une expérimentation. J’ai demandé au recteur de l’académie de Créteil des garanties. 1: qu’il reçoive des représentants des parents d’élèves pour leur expliquer que le dispositif ne consiste pas à payer les élèves. 2: qu’il crée un comité de suivi chargé de contrôler cette expérimentation. A la fin on fera une évaluation et on verra. On doit tout essayer.
Son collègue du gouvernement, le Haut commissaire à la Jeunesse Martin Hirsch, ne dit pas autre chose.
Il s’agit d’un projet collectif qui est tout à fait sain.
Conscient cependant que cela peut représenter un « choc culturel« , il estime que le dispositif peut être accepté si la preuve est faite d’une « forte efficacité ».
L’argent, nouvelle valeur de l’enseignement?
Le monde politique et enseignant reste pourtant dubitatif… Ainsi, la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pecresse, pourtant membre du même gouvernement, estime que l’assiduité, c’est le premier devoir d’un élève.
Est-ce qu’il faut monnayer l’assiduité, est-ce qu’il faut payer un enfant, un adolescent, pour faire ce qu’il doit faire? Je crains qu’il puisse y avoir des dérives.
La gauche aussi se dit inquiète. Ainsi au PS, Vincent Peillon :
De Condorcet à Jules Ferry on a quand même construit notre République avec des valeurs. Je trouve ça aussi grave, en termes d’esprit public, que les déclarations du président de la République lorsqu’il nous avait expliqué que l’imam, le curé, le rabbin, c’était supérieur à l’instituteur au niveau des valeurs.
Son collègue, Jean-Paul Huchon embraie :
Le rôle de l’école n’est pas d’apprendre aux élèves comment gagner de l’argent par tous les moyens, mais de leur transmettre les savoirs et les valeurs indispensables pour leur épanouissement personnel et pour la vie en société.
Le Parti Radical de gauche approuve : « laisser penser dans l’école républicaine que l’argent est la mesure de toute chose est une démarche particulièrement dangereuse ».
Les enseignants, eux, préfèreraient que l’on s’attaque plutôt aux cause de l’absentéisme des élèves en lycée professionnel : orientation et affectation non choisies, affectation dans un établissement éloigné du domicile, nécessité de se salarier, emplois du temps mal construits, et parfois, manque de sens des enseignements, etc. De plus, si les élèves viennent à l’école, qui pourra garantir qu’ils y travailleront? Et les profs de se mettre en colère : « une grave dérive démagogique », « la carotte sans le bâton: prendrait-on les élèves pour des ânes? », »les élèves ont besoin d’être instruits, pas d’être achetés ».
Face à cette levée de boucliers, le rectorat de Créteil joue l’apaisement. Les 150 élèves concernés par le projet ne sont pas « achetés » mais « responsabilisés ». La cagnotte qu’ils pourraient gagner servira à tous ou à personne.
Toute expérimentation doit-elle être défendue?
Du côté des économistes, on a plutôt tendance à défendre l’idée du ministre Chatel. Marc Gurgand, président du conseil scientifique du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse a rappelé que de tels dispositifs existent déjà dans d’autres pays et surtout, que l’idée ici est de « produire des faits, indispensables à un débat démocratique sur les politiques publiques ».2
Mais la défense des expérimentations doit-elle conduire à défendre n’importe quelle expérimentation? Olivier Bouba-Olga ne le pense pas. « Sous le prétexte que l’on ne sait pas si tel ou tel système est efficace ou non, on prend le risque de fétichiser la méthode des expériences contrôlées et leurs résultats. Certaines idées ne peuvent faire l’objet d’une expérimentation de ce type…même si cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas efficaces ».3
Et si l’expérience était un succès? Pensez-vous que l’on doive la généraliser à tous les types d’enseignement? Pensez-vous pouvoir accepter que vos élèves reçoivent également un bonus s’il se montrent assidus durant l’année? Et pourquoi pas une « allocation scolaire » versée directement à l’élève qui pourrait également être récompensé en cas de réussite? Pensez-vous qu’il s’agit d’une nouvelle dérive de notre société où l’argent prend une place de plus en plus importante? Que proposeriez-vous plutôt pour lutter contre l’école buissonnière?
- Le Nouvel Observateur – 7.10.09 [↩]
- Sciences Humaines – janvier 2010 [↩]
- http://obouba.over-blog.com [↩]
A l’heure où on pense de plus en plus à retrouver les vraies valeurs de la vie (solidarité, retour au « mieux consommer », au « dépenser moins mais mieux), voilà que Saint-Pognon fait son apparition au niveau des élèves.
Expérimental ou pas, collectif ou pas vers quoi allons-nous?
A mon sens, un pays riche investit son argent dans un enseignement de qualité, avec des infrastructures adéquates, un encadrement performant, pas en « payant » les élèves.
A quand le retour des bons points tant qu’on y est?
Quand on entends que les jeunes qui sortent du professionnelle qu’ils ne travailleraient pas pour 1100€ par mois alors que leurs niveaux est au plus bas.
Alors quand se mettant en ménage ils aurons plus au chômage!
Payer les élèves pour suivre un cursus scolaire? C’est le monde à l’envers.
L’enseignement coûte très cher. La communauté consacre une énorme part de ses cotisations de solidarité pour l’éducation de nos chérubins. Eduquer un enfant est un droit et un devoir pour tout citoyen. Ne serait-il pas plus logiue de mesurer l’assiduité des citoyens parents, et des citoyens élèves en devenir à profiter de leurs droits, à remplir leurs devoirs? Ceux qui ne répondent pas à leurs obligations, ou à qui l’enseignement de l’Etat ne convient pas pourraient être appelés à assurer l’éducation de leurs enfants à leurs frais, ou peut-être sans allocations familiales?
L’Education n’est certainement pas parfaite et n’est pas entièrement gratuite, mais elle est aussi un immense et magnifique cadeau de tous les citoyens contribuant à la vie de l’Etat en Belgique, c’est surtout cela qu’il faudrait rappeler.