Les syndicats réagissent au rapport de l'inspection

Le récent rapport émis par le Service général de l’inspection de la Communauté française a cabré les enseignants. Ce dernier, qui condense les visites menées par les inspecteurs dans des écoles maternelles, primaires et secondaires durant l’année 2008-2009, est en effet fort peu élogieux à l’égard des professeurs et instituteurs. En quelques mots (Quand l’inspection flingue l’école), l’inspection leur reproche de négliger certaines disciplines comme les sciences ou l’Histoire dans le fondamental, de ne pas proposer de remédiation efficace et adaptée aux difficultés de l’élève, d’être trop individualistes, de privilégier l’évaluation qui sanctionne au lieu de celle qui forme, etc. Une litanie de carences selon les syndicats qui, furieux, ont écrit à la ministre jeudi dernier pour lui signifier « le divorce entre les pédagogues « d’en haut » et les maîtres « d’en bas »".

En l’absence de réaction forte du gouvernement devant le rapport établi par l’inspection, en l’absence de réaction forte pour la protection et la promotion des maîtres d’en bas, le risque est grand de voir le fossé entre le monde enseignant et le monde politique (déjà fortement raviné en septembre) se muer en tranchées de combat.

L’intégrisme des compétences?

Prosper Boulangé (CSC) n’hésite pas à dénoncer « l’intégrisme des compétences » (le professeur doit travailler autant le savoir-faire que les savoirs), précisant que les enseignants n’ont pas été formés à cette réforme dont la pertinence est aujourd’hui de plus en plus discutée.

Il rappelle également que les réformes entreprises ces dix dernières années n’ont jamais été évaluées et espère que le gouvernement n’oubliera pas qu’il est prévu, dans l’accord de majorité, qu’elles le soient au cours de cette législature.

Au cabinet Simonet, on tente de calmer le jeu. Si le rapport est, certes, globalement négatif, il ne révèle pas « une soudaine aggravation par rapport aux années antérieures ». Encore heureux!

Depuis le dépôt du rapport, le cabinet et l’inspection ont déjà eu l’occasion de se rencontrer afin de discuter des meilleures réponses à apporter aux « difficultés » signalées. La priorité devrait être mise sur la formation des enseignants et la formation continuée. De là à penser que la formation des enseignants (pour le primaire et le secondaire inférieur) passe bientôt de trois à cinq ans, il y a un pas que nous n’oserons pas franchir, malgré les promesses des partis lors des dernières élections régionales. Tout au plus pouvons-nous espérer une meilleure communication et un meilleur encadrement « d’en haut » sur les outils qu’ils veulent voir appliquer « en bas ». Ça ne coûte pas cher et ce serait déjà pas mal.1

  1. Le Soir – 22.01.10 []

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10 réponses à Les syndicats réagissent au rapport de l'inspection

  1. Jean-Marie dit :

    Je constate que Prosper Boulangé rejoint ce que j’évoquais précédemment. Il condamne lui aussi l’intégrisme des compétences et réclame une évaluation des réformes.

    Au Cabinet « d’en haut », on persévère et on ne comprend toujours pas les profs « d’en bas ». La « solution » est toujours la même depuis 10 ans : formation des enseignants.
    Si l’Evangélisation ne marche pas passera-t-on à la rééducation ?

  2. michel parys dit :

    Je salue les propos de Prosper qui met à l’index le plus gros problème des réformes subies dans l’enseignement depuis une vingtaine d’année et qui vont en s’accélérant les dernières années.

    Les formations des enseignants et moyens d’accompagnement de ces réformes ne sont pas mises en oeuvre de manière à rendre leurs mises en oeuvre performantes. Il en résulte un détricotage progressif de l’outil, une baisse de niveau des élèves (générale! mais touchant plus les défavorisés qui ne peuvent suppléer au moyen de leurs deniers). Si nos amis politiques désiraient privatiser l’outil à terme, ils ne s’y prendraient pas autrement.

    Les réformes en matière d’inscriptions sont également inopérantes (c’est pourquoi sans doute, les évaluations à ce propos ne sont pas menées ou les chiffres partiels peu diffusés tant les résultats ne sont pas démontrés, bien au contraire.

    Les représentants de parents doivent être consultés sur ces réformes également car leurs enfants sont les usagers du système, qui n’a de sens que parce que les enfants y suivent un enseignement. DOnc sans élèves, pas d’enseignants. Sans enseignants, pas d’enseignement. Sans enseignement, pas de développement socio-économique et à terme, grande crise pour notre société…

    L’école doit également servir de moteur à l’intégration sociale de tous. De tous, signifie ne pas avantager un groupe par rapport aux autres, c’est permettre à chacun de se rencontrer et de se comprendre mutuellement au cours des apprentissages scolaires…

  3. Gégé dit :

    Si l’inspection n’est pas contente, qu’elle vienne prendre la craie pendant quelques jours pour nous montrer comment il faut faire !

  4. Georges dit :

    Après tant de réformes, non évaluées, les enseignants ont une crise de FOI !

  5. Echocynique dit :

    Ben oui et si tu n’es pas content du travail du maçon qui construit ta maison, prends sa truelle et si tu n’es pas content de ton nouveau PC qui foire, prends ton tournevis

    Gégé, l’inspecion vérifie comment les 6.000.000.000 sont utilisés, cela me semble normal.

  6. Biermans dit :

    Bonjour,

    C’est évident, il faut un contrôle. Pour les cours et les travaux (examens compris) le système est correct.
    Mais pour ce qui est des méthodes et du comportement des enseignants face aux élèves … je pense que le chef d’établissement est mieux placé qu’un « fonctionnaire » qui vient 50′ perturber votre travail.
    Evidemment, donner des pouvoirs aux chefs d’établissement ne peut se faire sans danger. Il faudrait trouver un système modérateur … ;-)

  7. Gomme dit :

    Les nouveaux enseignants n’ont pas peur d’être évalués. Ils n’oublient pas qu’une évaluation positive est un moteur !
    Le tout est de savoir EXACTEMENT ce que l’on attend des professeurs. Or, à lire certains programmes, il faut avouer que c’est un peu du délire.
    Pour les compétences, c’est pire encore, les examinateurs en ont souvent une vision personnelle. « Moi, je… »
    Pour calmer le jeu, il serait bon de pouvoir disposer de manuels scolaires « agréés » par l’inspection.
    Il faudrait aussi que l’inspection ait toujours un pied dans la réalité (= qu’elle donne toujours partiellement cours) et soit capable de dire comment, elle, elle ferait, si elle se dit insatisfaite.

  8. anaïsnin dit :

    Tout à fait ! Il y a quelques années mon inspecteur était mon ancien prof de secondaire. Super gentil mais une vraie catastrophe du point de vue pédagogique ! Et c’est lui qui venait inspecter mon travail … Je croyais rêver ! Un prof de pédagogique de l’UMH avait beau me dire « Il ne faut pas être un bon maçon pour être un bon architecte », ça me laisse toujours perplexe !

  9. HIROUX dit :

    D’après les échos (y compris syndicaux), il semble que les rapports d’inspections ne sont pas toujours collectifs mais visent parfois des personnes précises. Quand on sait que la direction peut demander une inspection, il y a risque de règlement de comptes. En plus, des enseignants d’écoles réputées sont aussi mis à mal par les inspections. N’est-ce pas un moyen pour ‘justifier’ une mixité sociale en disant qu’il faut « mélanger les populations scolaires »? Enfin, défendre les compétences oui, mais d’abord les compétences de savoir; sans celles-ci il n’est pas possible d’appliquer au savoir-faire si on n’a pas les bases. Et celles-ci s’acquièrent par mémorisation laquelle est bannie des évaluations. Erreur fondamentale! On se rend compte en 5e ou 6e que les élèves en échec n’ont souvent pas les bases et ne savent pas mémoriser et Dieu sait si cela est utile pour les études supérieures !

  10. Dan dit :

    Bravo pour l’accusation envers l’intégrisme des compétences.
    Depuis le début des années 90, on guérit le mal par le mal.
    On a installé un mauvais système puisqu’il n’a pas, au bout de 20 ans, de résultat probant.
    On a sacrifié une génération d’élèves et une génération d’enseignants sur l’autel de la sacralisation des situations-problèmes, avec pour seul leitmotiv final de la constatation de l’échec : « refaisons la même chose… mais en plus fort ».
    En pire quoi !
    Osons le dire, un enseignement s’il veut être ouvert à tous doit avoir une tendance légèrement à gauche.Mais le problème est qu’on a viré à l’extrême gauche.
    Le communisme disait : « qu’importe la productivité, tant qu’il y a production ». Ca ne vous rappelle rien ?
    Le socialisme (le vrai, pas l’actuel !)disait « à chacun son travail »; le communisme disait « à chacun ses besoins ». Ca ne vous rappelle rien ?
    A j’oubliais, la conséquence a été des magasins vides et des files devant ces magasins.
    N’aurions-nous pas des cerveaux vides et des files devant les écoles ?
    Nous devrions descendre dans la rue pour trouver les parades à ce tsunami culturel qui n’en est qu’à ses premières vagues.