Prof : une profession qui dégringole?

« Voilà longtemps que les profs vivent une dégringolade sociale ». Ces propos sont de Alain, prof en école technique, qui insiste: « Oui, on bosse et on est mal payés! En tout cas peu, vu le travail que ça demande et le temps passé à faire de la discipline ». De pareils témoignages, Enseignons.be en a recueilli des centaines ces dernières années. C’est sûr, l’âge d’or du maître est terminé. Qui veut encore être prof aujourd’hui? Cette semaine, pour son dossier Société, le Vif/L’Express range les enseignants aux côtés des avocats, journalistes et architectes… autant de professions dont on a une image de « bien lotis » et de « préservés », à l’abri de la crise. Rien n’est moins faux. Derrière ces métiers se cachent des essaims de « galériens », de plus en plus méprisés et de moins en moins rémunérés…

La peur de chuter ou de déchoir

« Pas un de mes élèves ne veut être prof » note Paul, un autre enseignant. A qui la faute? « Une image négative leur est renvoyée par les pouvoirs publics, les médias, les élèves, les parents » avance Branka Cattonar, sociologue à l’UCL. Et les politiques ne font souvent que continuer le travail de sape entrepris il y a quelques années (l’époque Onkelinx)… Tout le monde se souvient du traitement que leur avait réservé Marie-Dominique Simonet, alors fraîchement désignée comme Ministre de l’Enseignement obligatoire, affirmant que les enseignants devraient « travailler plus« . Une attitude somme toute assez en phase avec ce que l’on peut observer ailleurs en Europe. Dernièrement, certains ministres se sont mis l’école à dos en dénonçant ici « la médiocrité de certains profs » (en Grande-Bretagne), là « leur paresse » (en Allemagne).

Mais où se nourrit-elle, cette dégringolade sociale? Comment se fait-il que des hommes et femmes réputés pour leur instruction, leur culture, ayant tous fréquentés les couloirs des universités ou des Hautes écoles, se retrouvent aujourd’hui à descendre dans l’échelle sociale?

Certains avancent qu’une des causes est la féminisation du métier. D’autres qu’elle en est plutôt la conséquence. Ainsi, lorsque la profession s’est ouverte aux femmes, elle subissait déjà une véritable dévalorisation. Comme l’écrit l’historien Antoine Prost, « l’institution scolaire s’est féminisée parce que justement, les hommes, surtout les ambitieux, quittaient un bateau en perdition ».

Où reste l’autorité de l’enseignant?

Mais la réalité est ailleurs. Aujourd’hui, les profs sont jugés en permanence et doivent sans cesse se justifier face à leur direction, aux parents et même aux élèves. L’autorité de l’enseignant s’effrite chaque jour un peu plus. L’ « intrusion » récente des parents au sein de l’école – les conseils de participation – et la possibilité de déposer des recours contre les conseils de classe ne sont, hélas, que la pointe de l’iceberg.

Par ailleurs, avec la « massification » scolaire, le nombre de diplômés a grossi, privant les enseignants d’un trait distinctif. Oublié le maître détenteur du pouvoir que confère le savoir. Face à lui, des parents désormais diplômés… au moins du secondaire. Et son domaine sacré, l’école, n’est plus le vecteur exclusif de la culture. Les élèves, devenus plus exigeants, arrivent en classe avec des connaissances qu’ils ne possédaient pas avant.

Résultat : une pénurie croissante d’enseignants dans les écoles, consécutive au désintérêt de nombreux jeunes pour la profession. N’a-t-on pas toujours dit qu’enseigner relevait souvent d’un second choix? Nos écoles vont avoir besoin, dans les prochaines années, de nombreux enseignants motivés et qualifiés. Comment redorer l’image d’un métier si souvent sacrifié? Les syndicats avanceront qu’il faut avant tout booster les salaires et revoir les conditions de travail. Sur le terrain, on s’accommoderait cependant d’un meilleur soutien « d’en haut » aux professeurs « d’en bas ». Et d’une meilleure communication aussi.

Évoluer pour ne pas disparaître

Petite précision, les jeunes profs qui s’engageraient, malgré tout, s’adapteraient mieux que leurs aînés et accepteraient davantage d’être soumis à la critique. Et donc souffriraient moins du sentiment de déclassement. Darwin en aurait conclu que, comme toutes les espèces, le professeur est en train d’évoluer… pour essayer de survivre. Moche.1

  1. Source à la base de cet article « Qui veut être prof » – Le Vif – 29.01.10 []

A lire également



Vous êtes responsable de ce que vous publiez, aussi bien civilement que pénalement. Sont donc interdits sur ce site les propos: diffamatoires, haineux, obscènes, injurieux, menaçants, racistes, illégaux ou ne respectant pas la vie privée des personnes.

Merci de relire votre message avant de l’envoyer. Nous n’acceptons pas les commentaires comportant des erreurs orthographiques, grammaticales et syntaxiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Connect with Facebook

*

7 réponses à Prof : une profession qui dégringole?

  1. franufle dit :

    Dans toute caricature, il y a une part de vérité, voilà la vision de l’enseignant par le groupe français « Les Fatals Picards »:

    Ils sont marrants cette année
    C’est difficile de deviner dès la rentrée
    Lequel se fera arrêter pour les scoots qu’il aura piqué
    Lequel sera incarcéré pour avoir trop dealé

    Moi en bon prof, chuis préparé
    Un peu de maths et de français, du Kick-boxing du Karaté
    Tant pis pour la géographie ce qu’ils connaissent de l’Italie
    C’est juste vaguement les spaghetti et Rocco Sifredi

    Le programme de cette année
    En français faudrait arriver à lire tout un livre en entier
    Mais même Dan Brown et Marc Lévy y a plus d’cent mots d’vocabulaire
    On sera toujours à lire la préface même après l’hiver

    Et mon voisin en me voyant me dira
    « Bandes de fainéants, alors vous êtes déjà rentré, vous savez pas c’que c’est d’bosser, avec vos semaines de 20h, vous bossez bien moins qu’un facteur, et dire que je paye pour vos congés, et pis vous êtes même pas bronzé ! »
    Vite les copies à corriger, 2/3 Prozac, 8 cafés,
    Mais j’l'entends quand même dire d’en bas
    « Et j’compte même pas la sécurité d’l'emploi ».

    C’lui aux lunettes, c’est mon surdoué
    Il sait écrire son nom sans fautes, il sait compter, wow !
    Bah, c’est pas mal pour un 3ème, il faut savoir s’en contenter
    C’est clair qu’un intello pareil, il va se faire racketter

    35 élèves, cette année,
    J’leur ai d’mandé c’qu’ils voulaient faire comme métier
    J’ai 10 Zidane, 15 Amel Bent et 9 Bouba,
    Un original qui veut faire vigile et avocat.
    Il a dû voir chez Courbet
    Que c’était pas mal d’être avocat si jamais t’allais en prison.
    Ils croient tous qu’ils auront leur brevet en regardant l’Île de la Tentation
    Merci pour tout ce que fait pour eux la télévision.

    Et mon voisin, le même qu’hier, me dira :
    « Bande de fonctionnaires, alors vous êtes déjà rentré, vous savez pas ce que c’est de bosser, avec vos semaines de 20 heures, vous bossez moins qu’un contrôleur, et dire que je paie pour mon gamin, il a redoublé son CE1″
    Vite les bulletins à remplir, 2/3 Prozac, et 8 kirs,
    Mais j’l'entends quand même dire d’en bas
    « Et j’compte même pas la sécurité d’l'emploi ».

    Les directives du ministère
    Nous imposent d’faire des réunions plus régulières
    On en fait même pour planifier les prochaines réunions
    Ou pour décider de c’qu’on peut donner sans risques comme sanctions

    Car fini les notes, de temps en temps
    Faut juste leur envoyer des sms d’encouragement
    L’évaluation c’est pas toi qui la fais, eux y’t'disent si t’es cool.
    J’préfère quand même qu’ils me donnent des notes plutôt que des coups de boule

    Impossible de les faire redoubler
    Les pauvres chéris faut surtout pas les perturber
    Les programmes faut les simplifier y a trop d’leçons ça les assomme
    Ils ont même proposé de donner le bac avec la prochaine Playstation

    Et mon voisin, vous l’connaissez, me dira
    « Bande de surpayés, vous foutez rien de la journée, vous devez pas être fatigué, avec vos s’maines de 20 heures, vous bossez bien moins qu’un chômeur, et pis pas d’chef et pas d’rend’ment, c’est pas pour c’que vous faites vraiment »
    Vite les parents à rencontrer, 2/3 Prozac, 8 Grand Marnier

    Et vu leur investissement, l’année prochaine ira pas en s’arrangeant
    Faudra p’t'être songer à les adopter
    Venir le matin, le soir les coucher
    Et p’t'être dormir à leur place pour qu’ils restent éveillés en classe

    La prof de gym n’est pas venue, s’est faite agresser dans la rue, mais bon ils l’avaient avertie, ils veulent pas d’sport avant midi, ils peuvent d’jà pas fumer en classe, et ça déjà c’est dégueulasse,
    Entre chaque cours une bière et un joint, c’est quand même pas de gros besoins…

    Cette fois-ci c’est décidé, mes gosses iront dans le privé, j’ai beau r’garder à deux fois, j’la vois pas tant qu’ça, la sécurité d’l'emploi.

  2. Biermans dit :

    Pas beaucoup de temps donc juste une petite remarque : on parle des enseignants en généralisant, or cette profession a des visages multiples. En effet suivant le type d’enseignement, la fréquentation de l’établissement, le lieu, le cours enseigné… nous avons des métiers forts différents.

  3. Gomme dit :

    Voyez l’enseignement en francophonie belge : 2 profs sur trois sont des femmes !
    Il est grand temps d’établir des quotas afin de restaurer un équilibre profs masculins – profs féminins. Il n’est pas sain que 50 % des élèves (les garçons) aient cours 2 fois sur trois avec une femme.
    Sais pas si ça va marcher dans ce sens-là…

  4. Biermans dit :

    Génial ton texte franufle !!!
    Si ça pouvait n’être qu’une blague, il faut y être pour le comprendre et surtout y croire.

  5. anaïsnin dit :

    Je trouve aussi cette chanson des Fatals Picards assez … réaliste ! Et je suis tout à fait d’accord avec Biermans, ayant enseigné dans pas mal d’établissements je n’ai pas l’impression d’avoir fait partout le même boulot ! Mais il est vrai que les Ministères et les médias ne font globalement rien pour améliorer notre image. Mais au final, j’aime mon métier et je m’en fous un peu …

  6. suzy dit :

    Force est de constater que, dans notre société, toutes les professions ayant un lien avec l’éducation, la justice, le respect d’autrui… sont dévalorisées (il en va de même pour les policiers, les éducateurs, les avocats…) alors que celles mettant en jeu la réussite, l’argent, le « business » sont portées aux nues.

    Ce qui était respecté hier, a d’abord été remis en cause, puis dénigré et enfin sali.

    Dans la recherche de la réussite, de la valorisation de soi, du bien-être personnel, de l’épanouissement de l’enfant… on a mis en place peu à peu une société individualiste où « je » est supérieur à « nous ».

    Voyez les émissions de réalité, les films qui marchent, les peoples adulés… Ce n’est qu’apparence, réussite factice, rapide et facile, plaisir immédiat…

    C’est à chacun d’entre nous de réapprendre à nos enfants les valeurs nécessaires au bon fonctionnement d’une société et à montrer l’exemple.

    A moins que nous ne soyons nous aussi contaminés…

  7. Piou dit :

    Les « Fatals Picards » ont frappé juste et fort ! Je ne connaissais pas. Je sens que je vais m’intéresser à ce groupe d’un peu plus près… C’est vrai que les gens mettent souvent en avant les congés des profs. Il leur faudrait peut-être une immersion totale d’une semaine (ou plus) dans la vie d’un prof pour qu’ils revoient leur jugement … Bravo à tous ceux qui s’accrochent à ce métier très difficile (j’ai été enseignante dans une autre vie, mais il n’est pas impossible que j’y retourne un jour, parce que je reste malgré tout professeur dans l’âme).