Les mesures d'austérité attaquées en justice

Souvenez-vous. Il y a quelques mois, le parlement de la Communauté française votait le décret qui programme les économies destinées à équilibrer le budget francophone 2010. Un temps visés par leur ministre de tutelle (Marie-Dominique Simonet souhaitait alourdir leurs prestations), les enseignants s’en sont finalement bien tirés… Quoique, écrivions nous à l’époque. L’école a tout de même dû abdiquer, comme bien d’autres secteurs, face à la crise. Et les restrictions ont été sévères. L’une d’elle a particulièrement mis en colère le milieu syndical. Elle concerne les professeurs mis en disponibilité partielle, ceux qui ne prestent plus d’horaire complet dans leur école, faute d’élèves. L’année dernière encore, ces enseignants pouvaient bénéficier d’un traitement plein… quelque soit le nombre d’heures qu’ils pouvaient prester.

Le texte voté en novembre aligne leur régime sur celui des enseignants mis en disponibilité complète. En clair, ils toucheront leur salaire plein pot durant deux ans, avant de le voir diminuer de 20% chaque année. Cette réduction de salaire n’affectera que la part de traitement liée aux heures perdues, aux heures que l’agent ne peut prester.

L’Olivier avait justifié cette mesure par le souci d’égaliser le régime entre les « mises en dispo » partielle et complète. Le gouvernement souhaitait aussi par là décourager les membres du personnel en perte partielle à refuser des réaffectations ou des rappels en activité.

Égalité ou inégalité?

Mais cette mesure est-elle vraiment porteuse d’égalité entre les enseignants? Non, selon les syndicats, qui font valoir que les profs ne sont pas responsables d’une perte de charge… et qu’ils devront payer de leur poche l’incapacité de la Communauté française à organiser un système efficace de réaffectation. La CSC-Enseignement a décidé cette semaine d’attaquer le décret devant la Cour constitutionnelle, au motif, justement, qu’il blesse le principe d’égalité de traitement entre enseignants.

Une faille que le gouvernement ne pouvait ignorer. Le Conseil d’État avait lui-même relevé que, voulant effacer une inégalité, le texte en créait de nouvelle. Ainsi, si nous prenons le cas deux deux agents, l’un en dispo totale et l’autre en dispo partielle. Il faut savoir qu’un enseignant en dispo complète, s’il est rappelé en fonction, touchera un salaire plein même s’il est réaffecté dans une charge partielle. Au même moment, son collègue qui a perdu quelques heures de cours, et qui est donc mis en dispo partielle, touchera après deux ans un traitement d’attente réduit alors que dans les faits, si cela se trouve, ces deux agents prestent le même nombre d’heures.1

La CSC déposera un recours en annulation

Le recours en annulation, qui sera déposé lorsque le décret sera paru au Moniteur, pourrait prendre des années. Si la coalition PS-Ecolo-CdH devait voir son décret annulé, elle devrait rembourser les enseignants injustement lésés. Un tuile ! Mais la CSC n’en a cure.

Le gouvernement était prévenu, il est passé outre, comme les députés de la majorité.

On pénalise l’enseignant qui perd des heures de cours. Que le gouvernement travaille plutôt à éviter de mettre les enseignants en dispo ou à réaffecter plus vite ceux qui le sont.2

Les syndicats estiment qu’il est urgent d’unifier les régimes des « titres et fonctions« … qui sont encore différents d’un réseau à un autre… et d’assouplir les règles qui permettent à un prof formé dans une branche d’enseigner une branche apparentée.

  1. Le Soir – 3.02.10 []
  2. Prosper Boulangé – CSC-Enseignement []

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4 réponses à Les mesures d'austérité attaquées en justice

  1. Biermans dit :

    Ce n’est pas le première abérration …
    Avant, pour remplacer qqun qui partait en pause carrière,il fallait un chomeur complet … Moralité, vous étiez nommé 2h et BEN on prenait qqun de nouveau et quand la situation se représentait plusieurs fois devenait prioritaire sur vous.
    Et je peux en dire bien d’autres …

    vous avez dite JUSTICE mdr

  2. Echocynique dit :

    Il serait en effet temps que les syndicats commencent à veiller aux conditions de travail des enseignants.

    Egalité?

    Henri, 45 ans, 10 ans dans l’enseignement touche le même traitement que Pierre, 30 ans qui a aussi 10 ans d’ancienneté, mais biens moins que Jules qui lui a 45 an aussi mais 25 ans d’ancienneté. Et on veut attirer les personnes du privé?

    Autre exemple, encore plus injuste:
    Nathalie, 10 ans d’ancienneté perd ses heures et se retrouve au chômage.
    Julie, 4 ans d’ancienneté perd ses heures mais est encore payée à 100 % pendant ses heures.

    La seule différence? Julie a eu de la chance d’entrer dans une place ouverte et a été nommée directement.

    Alors, les syndicats, réagissez enfin plutôt que défendre certains profs.

    Parce que dire que c’est difficile de trouver un poste alors qu’on est en pénurie est risible

  3. François dit :

    Comment peut-on laisser durant 2 ans et plus des enseignants en disponibilité alors qu’on en manque cruellement, que les classes sont surchargées ?
    Cela n’a aucun sens, c’est irresponsable.
    Biensûr qu’il faut des enseignants en disponibilité, et rémunérés normalement, mais il faut qu’ils soient rendus disponibles en cas de besoin. C’est le but, non ?

  4. anaïsnin dit :

    Oui mais il faut que ça reste vivable (le prof en dispo n’est pas tenu d’accepter des heures à plus de 25km de chez lui – tout le monde n’a pas deux voitures ou une gare à 2 minutes) et le prof en dispo partielle a aussi un horaire dans une école pour l’année, pas toujours facile de bidouiller les horaires.