Formation des profs : quel impact sur la réussite des élèves?

On parle souvent d’allonger la durée des études pour les instituteurs et les régents. La formation pourrait – un jour – passer de trois à cinq ans. Les pédagogues sont convaincus que des enseignants mieux formés seront plus efficaces et plus aptes à répondre aux difficultés de leurs élèves. Les politiques, eux, voient là un passage obligé – quoique très coûteux – en vue de la revalorisation du métier. Mais l’allongement de la formation des enseignants ira-t-il de pair avec une réduction du taux d’échecs dans nos écoles? Aux Etats-Unis, on pense avoir déjà un début de réponse…

Depuis quelques années, au pays de l’oncle Sam, les établissements scolaires rencontrent de grandes difficultés à dénicher des maîtres qualifiés. La pénurie est telle que près de 30% des nouveaux profs ne suivent seulement qu’une formation allégée (de 75 à 795 heures) avant de prendre rapidement possession de leurs classes. La formation classique, qui devrait normalement être achevée, propose entre 240 et 1380 heures de cours. Cette situation ne manque pas d’interpeller. Les élèves vont-ils souffrir d’avoir ainsi face à eux des enseignants « au rabais »? L’Institute of Education Sciences (IES) a procédé à une très large enquête, auprès de 2.600 élèves âgés de 4 à 11 ans, issus de 63 écoles de vingt districts scolaires de différents états (Californie, Louisiane, Texas, Géorgie, Illinois…). Les résultats montrent que le niveau des élèves en mathématiques et en lecture n’est pas lié à la formation du maître. En clair, le niveau d’exigence de la formation suivie, son contenu, les résultats obtenus par le maître lui-même durant sa formation n’ont aucune influence sur les performances des élèves. Les chercheurs expliquent :

Nous n’avons trouvé aucune preuve que les enseignants qui n’ont pas terminé leur cursus d’études et ont moins de deux années d’expérience en classe font moins bien réussir leurs élèves. La seule différence effective qui a pu être notée concerne les enseignants qui ont connu un cursus court allégé et qui sont dans leur troisième ou quatrième année. Leurs élèves réussissent moins bien en mathématiques et en anglais… Mais la taille du groupe rend ce résultat sujet à caution.

Voilà une enquête qui risque de déranger. Mais au fond, n’a-t-on pas aussi entendu que la formation des enseignants en cinq ans était aussi destinée à mieux les payer? Ce serait déjà un gain notable… au moins.1

  1. IES – An evaluation of teachers trained through different routes to certification – 2009 []

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11 réponses à Formation des profs : quel impact sur la réussite des élèves?

  1. de grady dit :

    Personnellement je ne pense pas que ce soit nécessaire d’allonger la durée de la formation . Par contre mieux cibler la formation en trois ans cela est nécessaire. Sommes-nous des professeurs incompétents si nous avons été formés en 2ans (régendat de l’époque)??? je suis loin de le penser

  2. marie dit :

    rappel: les instituteurs formés rapidement après la deuxième guerre mondiale. les enfants à qui on les a confiés n’ont pas été pénalisés dans leur vie future… formation oui, mais ce métier relève aussi de l’art, de l’intuition, de la réflexion personnelle permanente; mieux payés? oui absolument:mais pourquoi conditionner le salaire au nombre d’années d’études? rappelons que nous formons toute la société de demain au moins au minimum requis (lire, écrire, compter…)et que nous sommes indispensables, donc oui à un salaire adéquat

  3. Mme F. dit :

    J’éprouve une certaine méfiance à l’égard d’enquêtes qui dévoilent des résultats « attendus » par les politiques. Comme le disent les deux premiers intervenants, ce n’est pas la durée qui fait la qualité de la formation. Mais ne faudrait-il pas revoir les conditions d’accès au métier d’enseignant via un examen d’entrée ?

  4. Antoine dit :

    Je suis bien d’accord avec ce qui se dit ici, ce n’est pas la quantité, mais la qualité de la formation, et ce vers quoi elle est dirigée. Maintenant, il est vrai que le même nombre d’années d’études que les masters pourraient définitivement arranger ces problèmes de « complexes » qui existent entre les deux formations. Ne nous en cachons pas, malgré que ce serait absurde d’alloger le temps d’étude pour cette seule raison, bien entendu… Et de revaloriser l’enseignement avec des politiques adéquates également orientées vers le professeur (et non pas toujours vers le pauvre élève, ce qui nous met sous une pression considérable venant de toutes parts), ne feraient pas de mal, en commençant par un salaire convenable et plus de différences entre les degrés… Quant aux statistiques, peut-être valent-elles aux Etats-Unis, malgré que j’en doute fort, en tout cas je crois que le problème ne vient certainement pas des profs, quelqu’ils soient, mais bien d’un système éducatif à revoir entièrement en pensant faire quelques petits pas en arrière vers une pédagogie qui a déjà fait ses preuves et non pas continuer d’aller de l’avant dans l’absurdité aveugle, sous prétexte que c’est mieux pour les élèves…

  5. hedwige dit :

    Si on veut prolonger c’est que surtout beaucoup de jeunes arrivant en régendat ont d’immenses lacunes dans les bases. Il suffit de lire les prépas des stagiaires pour se rendre compte du manque de bagage culturel.

    Ce n’est pas la formation du régendat qui est coupable mais en amont. Quant à la formation aujourd’hui, je trouve que ce qu’on leur demande est très light. Les stages sont trop peu nombreux (surtout au début) et ne reflètent pas vraiment la réalité du terrain (voilà pourquoi certains abandonnent si vite). Ils ont quand même très souvent le travail prémâché car les mâitres de stage n’ont pas envie non plus de devoir courir pour boucler le programme…

    Et si c’est pour être mieux payé… pourquoi 5ans??? Pourquoi pas 4? Régents et licenciés…plus de différences et tous le même nombre d’heures à prester, même conneries administratives à remplir, même nombre de réunions inutiles à assurer….

  6. Biermans dit :

    Comme écrit dans un autre commentaire, je pense qu’il serait urgent d’augmenter la formation des pédagogues d’au minimum 2 ans, ne serait-ce que pour justifier leur salaire ! mdr

  7. Frédéric dit :

    Les élèves d’aujourd’hui seront les enseignants de demain. Vu le niveau, il ne faut pas espérer des miracles !

  8. pat dit :

    N’est-ce pas aux profs d’aujourd’hui de bien former les étudiants d’aujourd’hui ?

  9. Caro dit :

    A voir la formation que j’ai reçue et que nombre de mes amis suivent dans différentes hautes écoles, je ne pense vraiment pas qu’allonger les études change quoique ce soit.

    La formation est encore trop théorique, trop vague, les professeurs ne se mettent pas d’accord, l’organisation laisse à désirer et, finalement, on s’en sort parce qu’on « le sent bien », parce qu’on a de l’intuition, parce qu’on fait preuve de psychologie, de compassion, et oserais-je, d’amour envers les élèves.

    Les professeurs ayant terminés les études abandonnent le métier, pourquoi?

    Le niveau des élèves est bas, et aux USA on a prouvé que la formation des professeur n’y changeait rien, pourquoi?

    Posons-nous les bonnes questions et proposons des réponses qui y répondent réellement.

  10. Pierard dit :

    Je pense qu’il faut aller plus haut dans les maux de l’enseignement à commencer par les politiques ex le MR qui est majoritaire à Chaudfontaine (Liège)car j’ai déjà été témoin de manipulation à Vaux-sous-Chevremont en 2009 concernant le recrutement des postes de direction aux dépend de nos enfants.Ce phénomène est occupé à se reproduire cette année à Hambourg toujours sur Liège.Existe t’il un moyen de mettre à vue du grand publique les dossiers des demandeurs de postes de direction ou d’ensiegnents à fin que nous puissions voir de nous même si les politiques engagent selon les besoins réels de l’enseignement ou si il y a bien pistonage ect…Si toute fois cela n’est pas possible,que peut-on y faire ???

  11. Carine Hermal dit :

    Un ancien professeur que j’appréciais tout particulièrement pour son dynamisme et son professionnalisme m’a dit, il y a vingt ans – On ne devient pas enseignant, on l’est.
    Je le crois aisément. En effet,on apprend bien une matière, le contenu des cours et c’est important mais la manière, le contact, le relationnel, la flamme,cela ne s’apprend guère, on l’a ou on ne l’a pas. Il est possible d’améliorer une situation par l’expérience, les conseils mais jusqu’à présent, aucune formation n’amène une supervision bienveillante de la manière de donner cours. L’inspection, qui est loin d’être perçue comme bienveillante, ne se préoccupe que de la matière, du contenu qui est important, certes. Mais l’enseignement, c’est un tout. Le contenu à approfondir et actualiser sans cesse, le respect et l’amour des élèves, la foi et la confiance toujours renouvelée en leurs capacités, le soutien à apporter dans les épreuves, l’oreille attentive et le regard vigilant à tout signal de détresse tout en prenant bien soin de soi et des collègues. Car l’enseignement est aussi une affaire d’équipe. Toutes ces qualités ne s’acquièrent pas vraiment dans un apprentissage précis mais dans la vie de tous les jours. Cela n’empêche qu’une solide formation de base me semble requise et surtout, remise à jour tout au long de la carrière, dans de multiples domaines, pas uniquement dans le contenu de la branche et l’évaluation des compétences acquises… Enfin, je crois.