Peut-on être à la fois professeur de morale et Témoin de Jéhovah?
Cette question, des parents d’élèves de primaire de l’Athénée Royal Ardenne-Hautes Fagnes à Malmedy se la posent aujourd’hui après avoir découvert que l’institutrice de leurs enfants était membre des Témoins de Jéhovah. C’est en ouvrant leur porte, un dimanche matin, à un petit groupe venu faire du prosélytisme, qu’ils ont reconnu l’enseignante, titulaire du cours de morale non-confessionnelle. Étonnés, ils s’interrogent et se demandent s’il n’y a pas une distorsion claire entre la fonction et la confession. Ainsi, comme le dit ce papa : « Les parents qui ont confié leurs enfants à l’enseignement public croient à cet enseignement non confessionnel. Si on veut un enseignement neutre pour notre enfant, ici, on se retrouve sans porte de sortie, surtout les enfants, trop jeunes pour pouvoir réagir. »1
Le cours de morale de l’institutrice a cependant été feuilleté par les parents qui n’y ont rien trouvé à redire. Avec des réserves toutefois. Car entre ce qui est présenté sur les feuilles distribuées au cours et les propos qui sont tenus en classe, il y a une marge que seuls les enfants peuvent apprécier. Rapidement informée, la Communauté française a mené son enquête et confirme que Madame [...] est effectivement membre des Témoins de Jéhovah et que cette information était connue de toutes les personnes interrogées. Le rapport qui a été rédigé précise que l’examen des documents du cours et ceux des élèves ne laisse apparaître aucun manquement par rapport aux exigences du Programme, du décret Missions et du Décret Neutralité. Par conséquent, le dossier a été clôturé sans suite. L’enseignante, nommée, restera en fonction.
Les Témoins de Jéhovah, une secte ?
Cette décision du pouvoir organisateur doit interpeller. Dans de nombreux pays, les Témoins de Jéhovah sont encore considérés comme un mouvement sectaire. Peut-on raisonnablement confier un cours, dont l’essence est le libre examen et l’ouverture d’esprit, à une personne dont la mission est, entre autres, “ d’évangéliser ” d’autres personnes, afin de grossir les rangs? Et que penser du respect du Programme du cours de morale qui prévoit que l’enseignant devra défendre des valeurs telles que la liberté, l’égalité, la démocratie et la protection de l’environnement (écologie) lorsque l’on sait que les Témoins de Jéhovah ne reconnaissent pas à la femme le même statut que l’homme – l’avis du mari prime et l’épouse doit le seconder, lui être soumise et lui témoigner un profond respect car il est le chef de la famille2 – n’entretiennent aucun contact avec l’extérieur en dehors du prosélytisme et annoncent depuis longtemps l’avènement d’Armageddon. A noter qu’ils ont également annoncé le retour du Christ – en mode invisible – en 1914… depuis, on ignore ce qu’il est à nouveau devenu.
Le journaliste Rodolphe Magis de SudPresse ne cache pas son étonnement devant la décision de la Communauté française.
Le cours de morale n’a-t-il pas été créé pour tous ceux qui ne désiraient pas appartenir à l’une ou l’autre croyance? Peut-on alors imaginer qu’il soit dispensé par un adepte d’une lecture au pied de la lettre de la Bible, croyant aux prédictions sur la fin du monde, particulièrement critique envers les autres religions et obéissant à des règles très strictes à l’intérieur d’un mouvement, parfois défini comme une secte?
Il est rejoint par le député fédéral Theutois, André Frédéric (PS) :
Moi, je n’ai pas à juger, je ne connais pas cette institutrice et je ne remets pas en doute le rapport de l’inspection de la Communauté. Mais pour avoir étudié le phénomène de près (le parlementaire est l’ancien président de la Commission d’enquête sur les sectes en 1997 et 1998 et auteur d’un livre à paraître sur le phénomène des organisations sectaires nuisibles), on peut se demander comment il est possible d’allier des convictions religieuses, les Témoins de Jéhovah, que je qualifie d’organisation qui pose un certain nombre de problèmes, avec les valeurs que sont censés défendre les professeurs de morale.
La foi doit relever de la sphère privée : au cours de morale aussi
Les questions sont nombreuses. Si la foi doit relever de la sphère privée, en venant sonner à votre porte le dimanche, les témoins de Jéhovah n’entrent-ils pas dans la sphère publique? Faut-il obligatoirement être athée ou agnostique pour enseigner le cours de morale?
Je suis prof de morale, selon moi un prof de morale ne peut être qu’athée voire (c’est mon cas) agnostique, hormis cela : BUITEN ! En effet on ne peut imaginer un prof de religion musulmane (ou autre) qui « n’appartiendrait pas » à la religion qu’il enseigne, dès lors il doit en être de même pour les profs de morale non-confessionnelle !3
Le débat est lancé… Ne faut-il pas revoir la formation des enseignants, futurs professeurs de morale? A quand un véritable cours de philosophie et d’Histoire des religions? Quelles garanties les parents peuvent-ils avoir que l’enseignant de leurs enfants respecte bien les valeurs de la laïcité? Et surtout, qu’attendons-nous de ces enseignants?
Faut pas se leurrer, dans l’enseignement, les cours comme religion et morale sont, pour la plupart, donnés par des enseignants qui n’ont pas cette formation initiale. Pourquoi? Parce que ça complète un horaire. S’il manque 2 ou 3 heures, on vous proposera un de ces cours qui, finalement, n’interessent plus grand monde. J’y suis passé, je sais de quoi je parle! De plus, il n’y a pas de formation en « religion » ou « morale » uniquement. C’est toujours associé à « français ». Ca veut tout dire: c’est un cours secondaire.4
Il est fort probable que la presse revienne sur cette information dans les prochains jours. Enseignons.be aimerait de son côté entendre l’avis de l’inspection du cours de morale. A suivre…
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