Transsexualisme à l'école : une lutte pour le droit à la différence

C’est hier soir, dans une petite école primaire du Brabant wallon, que les parents, la direction et les professeurs devaient se réunir pour évoquer le cas de cet enseignant qui a décidé de changer de sexe pour devenir une femme. La presse a fini par localiser l’établissement scolaire où officie le professeur – Lasne – et y a débarqué au grand complet, espérant sans doute l’une ou l’autre information croustillante. Un battage médiatique dont la petite école se serait bien passé. Mais le cas de Jean-Charles suscite le débat, bien malgré lui. Dans la salle, des représentants des équipes mobiles de la Communauté française étaient présents. La direction avait veillé à recueillir plusieurs avis juridiques mais aussi scientifiques sur le sujet. Car on ne parle pas seulement du statut social d’un enseignant mais aussi du devoir de non-discrimination d’une personne et de l’intérêt supérieur des enfants. Un dossier qui pose des questions d’ordre éducatif et pédagogique.

Également consulté, le délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos a indiqué que « rien dans la convention internationale aux droits de l’enfant ne me paraît contrevenir à la notion d’intérêt supérieur de l’enfant », ajoutant qu’il trouvait très sain que l’équipe en place puisse s’ouvrir de cette façon vers l’extérieur.

« C’est une démarche d’authenticité »

Interrogée par les micros de RTL-TVI et de la RTBF, l’enseignant(e) a malgré tout tenu à dire quelques mots :

Je suis une simple prof de gymnastique. A la différence près que, tout petit, on m’a donné un corps, mais ce n’était pas le bon. C’est une démarche d’authenticité. Ce n’est pas facile, il y a des inquiétudes. Et je comprends évidemment les parents. Je suis parent moi-même. J’ai dû faire face aussi à mes propres enfants. J’ai des filles qui sont pré-adolescentes. Je souhaite parler de cela en milieu familial parce que c’est quelque chose d’exceptionnel. Je veux dire aussi que cela n’arrive pas à tout le monde. Que ce n’est pas contagieux. J’ai quitté l’école il y a quelques mois sans artifices féminins. Et puis, je suis revenu avec un look très androgyne, donnant des signes apparents de féminité… Les enfants sont très malins, très sensibles et se posent des questions. J’ai répondu que je me sentais bien avec mon apparence.

Le directeur, lui, s’est montré moins enthousiaste, se bornant à répéter que le professeur a le droit de rester au sein de son établissement.

Le professeur va rester ici, pas parce que je choisis qu’il restera ici mais parce que les lois m’obligent, comme toutes les industries ou n’importe qui, à le laisser ici. Moi, j’applique les lois.1

« Il va avoir besoin d’aide »

Olivier De Bruyne, le président de l’association de parents se montre lui plus ouvert, affirmant qu’il sera heureux d’apporter son aide à Jean-Charles pour qu’il soit bien dans sa peau et dans son coeur.

Je le connais fort bien et il a toujours donné satisfaction. (…) Je pense que nous sommes dans une école qui est réellement ouverte et qu’il faut pouvoir accepter sans porter de jugement. Et je rappelle surtout que ce professeur n’a enfreint aucune loi. A présent, celui qui va avoir le plus besoin d’aide, ce sera lui.

Marc Ansseau est professeur de psychiatrie à l’Ulg et chef du service de psychiatrie du CHU de Liège. Il comprend la réaction des parents qui menacent de retirer leur enfant de l’école… même s’il la juge excessive.

Le transsexualisme est une véritable pathologie. La souffrance est énorme issue de la conviction de n’être pas né dans le bon sexe. Ces personnes ne vont pas bien du tout; leur vie est extrêmement difficile. (…) Les enfants, il faut les informer de façon suffisamment claire, leur expliquer qu’il s’agit d’un problème de santé, que la personne a dû modifier son aspect physique, que cela ne change rien à ses compétences et à ses qualités. Leur dire aussi que cela fait partie d’une maladie, où les gens sont nés dans le mauvais sexe, et qu’on doit corriger cela.

Briser les tabous !

Jean-Charles a choisi de parler car il espère que la médiatisation de sa transsexualité permettra de lever certains tabous. Il va maintenant poursuivre sa transformation physique avec l’aide de psychologues… Et, on l’espère, le soutien de ses proches, de ses collègues et de ses élèves.2

  1. JT RTBF – 30.03.10 []
  2. Le Soir – 31.03.10 []

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9 réponses à Transsexualisme à l'école : une lutte pour le droit à la différence

  1. Anja dit :

    Je souhaite de tout mon coeur à Jean-Charles qu’il puisse s’épanouir dans la nouvelle vie qui s’offre à lui.
    Il est temps que les mentalités évoluent : la question du « bien des enfants « ne devrait même pas se poser, si les choses leur sont bien expliquées, ils comprennent vite; je ne vois pas en quoi ce professeur serait moins compétent et moins digne de confiance qu’un autre!

  2. Eleonore dit :

    - »le transexualisme est une pathologie »….oui..créée de toutes pièces par les psys …et si on parlait transidentité? si on parlait de la société? Du fait que les comportements et rôles sociaux soient définis à la naissance en fonction des organes génitaux, source du problème?

    - »La souffrance est énorme »….ah heu désolée je sui transGENRE aussi et du moment que personne me fait chier moi ça va très bien

    -… »leur expliquer qu’il s’agit d’un problème de santé »…..ah de société? ok autant pour moi

    - »cela ne change rien à ses compétences et à ses qualités »….j’ai cru qu’il n’y aurait que des c**neries à soulever…ouf

    - »cela fait partie d’une maladie »…..ben dis donc on en rajoute hein……vous avez des actions à l’ordre des psys ou bien?

    Pour faire simple et court…la transidentité, à savoir une identité de genre qui va à l’encontre de ce que la société attend, n’est PAS une maladie….le mal-être ce sont les discriminations sociales qui en sont à l’origine, et désolée de décevoir les plus croyants d’entre vous mais je ferais plus confiance pour l’éducation de mes enfants à une personne qui assume sa différence comme elle (l’appeler encore Jean-Charles c’est lui manquer de respect) plutôt qu’à un curé…..comprendra qui voudra…

  3. Louise dit :

    Je trouve affligeant qu’un professeur de psychiatrie puisse affirmer sans détours que « le transsexualisme est une véritable pathologie »…

    Etant moi même femme d’origine non génétique, professeure, ayant conservé son emploi, n’ayant rien pulvérisé dans ses relations familiales ni sociales, je peux que considérer comme une vérité a posteriori ce que mon propre psy m’a dit en 2003, au début de mon parcours: « Ne vous laissez jamais dire que vous souffrez d’une pathologie! »

    La transidentité n’est PAS UNE MALADIE, ni psychiatrique, ni autre. (*)

    Elle n’est stigmatisée que parce que toute DIFFERENCE fait peur, d’une façon ou d’une autre.
    Il n’est qu’à voir le regard qui est porté par la majorité de nos compatriotes sur les handicapés (notamment mentaux) et tous ceux qui mettent en évidence une a- »normalité ».

    La transphobie n’est en fait que le reflet de l’intolérance.
    L’humanité ne se réduit pas à 1=Homme et 2=Femme. C’est une construction, certes biologique pour la reproduction, mais ADMINISTRATIVE, et seulement cela, pour TOUT le reste.

    Si certain(e)s d’entre nous ressentent -RESSENTENT- la NECESSITE VITALE de mettre en accord les différentes composantes de leur personnalité, cela n’en fait pas pour autant des MALADES qu’il faudrait SOIGNER, et encore moins CONTRAINDRE à l’opération.

    La transidentité ne se SOIGNE PAS !

    L’opération peut être ressentie comme une nécessaire LIBERATION, mais elle peut aussi être ressentie comme une contrainte imposée pour pouvoir EXISTER de façon LEGALE aux yeux de la « NORME » sociétale.

    Thomas HAMMARBERG, Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe (47 états membres quand même…) a très clairement exploré toutes les facettes de la question dans son récent (Juillet 2009) document thématique « Droits de l’Homme et Identité de Genre » (cliquez sur Louise en tête de ce post et vous aurez accès au document)

    Merci Anja, pour votre position.

    Quant au Directeur de l’Ecole au sein de laquelle exerce cette enseignante, il devrait sans doute avoir le COURAGE d’accepter ou de refuser clairement ce qui peut, légitimement, choquer sa vision du monde, mais ne l’autorise pas à se réfugier derrière un « j’exécute les ordres ».. preuve, pour le moins, d’un manque d’affirmation personnelle.

    Je préfère de très loin la position de Mr De Bruyne. A ceci près que le Professeur n’a pas besoin d’aide, juste d’ACCEPTATION.

    Ca ne changera rien à sa façon d’être et d’enseigner (j’en sais quelque chose, étant passée par là), et, si on n’a pas à attendre de SOUTIEN de sa hiérarchie, on peut du moins en espérer une bienveillante neutralité.

    Ca s’appelle la TOLERANCE et le RESPECT, et c’est ce que nous autres, enseignant(e)s sommes censées apporter AUSSI par notre présence et notre enseignement !

    Louise
    35 années d’enseignement, dont 30 en « version masculine » et les 5 dernières en tant que Louise… sans AUCUN problème humain ni pédagogique.

    (*) la France l’a d’ailleurs exclue récemment de la liste des affections psychiatriques de longue durée…

  4. Eleonore dit :

    Je me permettrais de rajouter que mon exprérience personnelle m’a amenée à être confrontée d’une part à des enfants auxquels on n’avait rien dit à mon sujet (pensez vous, allez pas parler de ça à un enfant, mon dieu…..) et à d’autres à qui on avait préablement parlé de mon identité de genre. Ils me connaissaient sous mon apparence masculine au préalable je précise. Sans suprise, dans le premier cas, confusion, perte de repères pour l’enfant, peur de poser des questions, construction de préjugés sur la question. Et dans le deuxième cas c’était tout l’inverse. Je parle ici d’enfants de 8 ans….
    Que peut-on en conclure? Que l’éducation est à la base, les enfants comme ça a été souligné dans l’interview ne sont pas idiots. Mais c’est pas en leur parlant de traumatisme que ça va les aider, parlons éducation civique.

  5. Anja dit :

    Bon, je l’appelle Jean-Charles parce qu’on ne mentionne pas le nom qu’elle s’est choisi ici…

  6. Pourrait porter un niqab… :) )
    Bon, un peu d’humour noir à la belge ça ne fait pas de mal, faut bien se détendre. Le problème, peut-être, est de rendre trop « émotionnelle » la situation présente et de trop « intellectualiser » la situation en général. Le problème est simple: ma liberté termine là où commence la tienne! Et c’est de la liberté de qui dont il est question ici..?

  7. elia dit :

    Le problème serait plutôt un manque de tolérance grandissant dans notre société !

  8. Helene dit :

    Bravo Zorsal =)

  9. La passante dit :

    @ Jean-Luc Antoine: merci pour le poisson d’avril!

    Le niqab et puis quoi encore?! On peut autoriser les changements de genre, les décolletés plongeants, les jeans sous les fesses, les mini-jupes qui nous laissent admirer les dessous (s’il y en a…) et des tas d’autres « vetements » ainsi…
    En tant qu’enseignante, je sais exactement de quoi je parle…
    Ma liberté s’arrete là où commence celle des autres… Mais pour le niqab, c’est de la liberté de qui qu’il est question?!!!

    PS: Un peu radicale ce NIQAB, non?