En France, les profs réapprennent l'autorité

En France, on a donné le coup d’envoi des « États généraux de la sécurité à l’école »1. Et, c’est la fin d’un tabou, chez nos voisins, de plus en plus d’enseignants n’hésitent pas à avouer qu’ils se sentent parfois désarmés devant leurs classes. Du coup, les formations à l’autorité se multiplient, principalement dans la région parisienne : comment réagir face à une insulte, comment tenir sa classe… Les profs retournent alors sur les bancs de l’école. Premier défi : travailler sa voix, l’attitude que l’on a en classe, où l’on se positionne dans cette même classe… Adopter une attitude de fermeté et d’assurance… ce qui ne va pas forcément de soi pour de nombreux jeunes professeurs. Joanne, fraichement diplômée, ne se voile pas la face :

Lorsqu’on est nouveau dans un établissement, les élèves nous testent, cherchent à connaitre nos limites… Et ils voient que nous n’avons pas autant d’expérience qu’un professeur chevronné qui est là depuis des années.

Travailler sur la personne autant que sur les contenus

Marianne Malifaud, formatrice et professeur à l’IUFM de Créteil explique ce qui, selon elle, pose problème dans la formation des enseignants.

Quand on est enseignant, on travaille surtout un contenu, un contenu intellectuel… avec de longues années d’études mais on ne travaille pas du tout sur la personne. Et cela manque cruellement.

La formation se fait sur base volontaire et s’étale sur une vingtaine d’heures durant l’année. A l’académie de Créteil, les initiatives se multiplient. Et sont même devenues obligatoires pour les jeunes enseignants. Sébastien Clerc dispense ces formations et, comme tout le monde, il a ses petites astuces : valoriser l’élève, faire un plan de classe et, surtout, garder son calme.

Et là l’élève me dit « Vous pouvez le dire à mon père, je m’en bat les couilles! ». Très bien, je ne ferme pas les guillements, « vous pouvez en parler à mon père, je m’en bat les couilles ». Le papa était très content, le soir même, d’apprendre que sa fille avait prononcé cette phrase. L’élève s’est comportée de manière exemplaire jusqu’à la fin de l’année parce qu’elle a senti qu’il y avait une réaction, une réaction qui était précise.

Certains pensent encore que l’autorité, on l’a ou on ne l’a pas. Cette croyance en le caractère inné de la discipline fait encore beaucoup de tord aux jeunes profs à qui il faut parfois un peu de temps avant de s’affirmer complètement face à leurs élèves. Les enseignants qui osent se poser les bonnes questions reviennent enchantés et plus sûrs d’eux-mêmes.

Mais pour que les profs apprennent l’autorité, il aura fallu dépasser un tabou : avouer qu’ils pouvaient avoir des problèmes. Serge est formateur et se dit plutôt satisfait de l’évolution des mentalités à ce sujet.

Il y a 15 ans, si on s’inscrivait à un stage où il y avait marqué « autorité », automatiquement on avait, accroché dans le dos, « tu as des problèmes d’autorité ». C’était un aveu de faiblesse.

Ces formations pourraient un jour être proposées dans toute la France… et chez nous?2

  1. Les états généraux de la sécurité à l’École sont organisés les 7 et 8 avril 2010 en Sorbonne à Paris. Ils apportent un éclairage sur les causes, les définitions et les évolutions de la violence en milieu scolaire et permettent de proposer des réponses multiformes sur ce sujet complexe. Des professionnels de l’éducation et les partenaires institutionnels et associatifs sont rassemblés pour échanger et présenter des mesures concrètes afin d’endiguer ce phénomène. []
  2. JT – France 2 – 6.04.10 []

A lire également



Vous êtes responsable de ce que vous publiez, aussi bien civilement que pénalement. Sont donc interdits sur ce site les propos: diffamatoires, haineux, obscènes, injurieux, menaçants, racistes, illégaux ou ne respectant pas la vie privée des personnes.

Merci de relire votre message avant de l’envoyer. Nous n’acceptons pas les commentaires comportant des erreurs orthographiques, grammaticales et syntaxiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Connect with Facebook

*

7 réponses à En France, les profs réapprennent l'autorité

  1. elia dit :

    C’est bien ! Mais c’est insuffisant. C’est la loi qui est trop laxiste.

    Un de mes élèves vient d’achever toutes les étapes d’un renvoi définitif (lettre aux parents, retenue, 1 jour de renvoi, 3 jours de renvoi, à la maison jusqu’à ce que les parents viennent à l’école rencontrer la direction…) Il a été souhaité en conseil de classe qu’il ne réintègre pas l’école pour le bien-être des autres élèves.
    Mais aucune école des alentours n’a accepté de le prendre. Nous sommes donc contraints de le garder.

    Quel message donne-t-on à cet enfant ? Quelle image peut-il avoir de « l’autorité » ?
    Il sait qu’il ne pourra pas se réinscrire l’an prochain. Et après ? En attendant, il est toujours là. Et les autres commencent à se dire que finalement, à moins d’injurier un prof sur FB, on ne risque pas grand chose à être insupportable, voleur, menteur, agressif !

  2. Biermans dit :

    Nous revenons à l’essentiel … l’Autorité, mot qui a beaucoup de sens !
    La confiance en soi de l’enseignant est capitale, il faut qu’il se sente « fort » face à la classe. C’est la première mission à laquelle devrait s’atteler nos gouvernants.
    Certes, tout enseignant chevronné vous donnera des astuces lol mais il faut arrêter de se cacher la face; il existe des élèves très difficiles à encadrer. Un seul de ces « braves » peut démolir le travail d’un classe et d’un enseignant.
    Malheureusement, à ce stade, nous laissons faire (une petite action parfois, ça fait bien ;-) ) mais nos dirigants ne veulent pas régler ce problème.
    Enfin, ils nous enverrons encore des psy et autres… qui prennent l’enfant SEUL et qui ne comprennent pas le problème ou sortent des théories qui ne modifient rien … en fin presque car nos « braves » vont souvent se détendre et s’amuser.

  3. Biermans dit :

    PS ! : Je ne suis pas pour la dictature du prof, celui-ci doit respecter les droits des élèves et toujours justifier ses sanctions.

  4. mir dit :

    bonjour, je travaille dans le spécialisé fondamental… et pourtant je me fais insulter tous les jours, quand ils sont en crise, les élèves cassent, retournent tout ce qui se trouve sur le chemin….. et le droit de l’adulte à aller faire son travail de prof dans de bonnes conditions il est où????

  5. Biermans dit :

    Pauvre Mir, mais le monde politique s’enf … . Excuse cette expression, mais c’est une réalité. L’important c’est que ça ne se sache pas trop et que ça continue à être un mythe.
    Alors tes conditions de travail … mdr.
    Tu n’auras même pas droit à une médaille (Jack Lang y pensait lui ;-)
    et tu dois affronter ta classe et gérer.

  6. Marc De Brouwer dit :

    Bernard Rey a écrit un livre qui explique bien le rapport de l’enseignant à l’autorité : « Discipline en classe et autorité de l’enseignant ». Il s’intéresse au début du secondaire et aux attentes des adolescents. Il faut parfois des années d’enseignement (ce fut mon cas…) avant de comprendre que l’autorité c’est ne pas se voiler la face, ne pas craindre de réagir, expliquer les règles et leur nécessité dans le cadre d’une vie en commun dans un groupe que l’on a pas choisi – la classe – être cohérent et aussi oser « discuter » de tout cela avec ses étudiants. Ce livre n’est absolument pas culpabilisant et plein de bons conseils. A recommander à tout qui se pose des questions… Il est publié chez De Boeck.

  7. Guy Davin dit :

    On nous parle souvent des devoirs des profs…et si on parlait des droits des profs…
    Avons-nous encore des droits puisque nous avons deux mois de vacances?