Le soutien scolaire : un marché très lucratif

Cogito, Educadomo, Reussit’school… le soutien scolaire – dont ces trois sociétés se partagent le gros du gâteau – représente aujourd’hui 15 à 20% des parts de marché des cours particuliers « déclarés », le reste relevant du rattrapage « au noir ». L’agence de soutien Cogito, leader en Belgique, a brassé à elle-seule la bagatelle de 1,25 million d’euros de chiffre d’affaires en 2009. De quoi attiser bien des convoitises… quand on sait que le potentiel du secteur est estimé à quelques 300 millions d’euros annuels. Aujourd’hui, l’aide payante est entrée dans l’ordinaire de la scolarité de nombreux élèves. Les parents sont de plus en plus nombreux à s’assurer les services d’un (ou plusieurs) enseignant(s) qui aideront leur enfant à rester à niveau et/ou à obtenir encore de meilleurs résultats.

Ces bureaux privés comme Cogito n’hésitent plus à diversifier leur gamme et à lancer de nouveaux « produits » ciblant telle ou telle tranche d’âge. Ainsi, pour les 9-12 ans, il est possible de s’inscrire aux « Ateliers de la pédagogie » , un cours pour maximum cinq élèves encadrés par un formateur, pour la coquette somme de 49 euros la séance (2h).

Les statistiques sont clairs : au moins 1 parent sur 5 recherche un prof particulier pour sa progéniture… et l’expansion est constante depuis cinq ans. Du coup, les prix flambent. Dans l’offre actuellement disponible, le cours se monnaie de 25 à… 60 euros l’heure. Et la plupart des entreprises obligent leurs « clients » à acheter des forfaits. Chez Educadomo, le pack minimum s’élève à 260 euros pour dix sessions. Rajoutons 75 euros par an de frais d’inscription et on obtient déjà le joli montant de 335 euros… sans compter les frais de déplacement du coach. Chez Cogito, l’heure de cours est facturée à 42 euros avec un minimum de huit heures. Et chez Learnisys, un élève de 3e secondaire paiera 229 euros pour six séances, sans frais d’inscriptions. Un luxe inabordable pour de nombreux parents.

Des étudiants et des retraités actifs jouent les profs

Au programme : ateliers de méthodologie, séminaires sur la confiance en soi, détection et appréhension d’éventuels problèmes fonctionnels… « Apprendre à apprendre » est le slogan affiché par ces officines privées. Et chacune vante son « profil d’apprentissage » et son « bilan d’évaluation des compétences ». Mais quid du « retour sur investissement »? L’efficacité de ces bureaux est difficile à mesurer, faute d’études sur le sujet… mais tous promettent des résultats visibles et affichent sur leurs sites le taux de satisfaction de leurs clients. Mais qui encadre ces jeunes enfants et ados? Les enseignants, les « coachs » sont-ils vraiment qualifiés? Le secteur n’est pas réglementé en Belgique… ce qui implique une absence de contrôle. La plupart de ces structures de cours engagent des étudiants à bac +2, comme Educadomo, dont le cœur de cible est la tranche des 14-17 ans. Cogito, qui vise plutôt les étudiants du supérieur, forme lui-même ses coachs, qu’il recrute à Bac+5. Ces derniers travaillent comme indépendants complémentaires et peuvent gagner jusqu’à 25 euros brut de l’heure (13 euros chez Educadomo). A ce prix-là, les vrais enseignants sont rares. Les « profs » sont surtout des étudiants et des retraités actifs. « Mais enseigner, c’est un métier! » regrette Marc Gérard, professeur de maths en secondaire.

Un succès au goût amer pour notre enseignement

Le succès du secteur privé est d’abord le signe de l’échec de notre enseignement à pouvoir remédier aux lacunes de ses élèves. Faute de pouvoir organiser une remédiation efficace, l’école se décharge sur les parents à qui elle confie le soin de récupérer le retard de leur enfant. Ces derniers s’adressent alors à des enseignants qui dispensent leur aide contre monnaie sonnante et trébuchante… ou à des extérieurs qui ne sont pas formés à la remédiation… toujours à prix d’or. Pour lutter contre ce que certains qualifieraient de « dérive », Hakim Hédia, porte-parole de l’enseignement officiel (Fapeo) prône le soutien scolaire gratuit à l’école : cours de rattrapage sur le temps de midi, devoirs surveillés en fin de journée… Pas un luxe quand on sait qu’à 17 ans, un jeune sur quatre, en moyenne, a déjà échoué deux fois. Le coût annuel du redoublement scolaire en Communauté française, en primaire et secondaire, avoisine les 335 millions d’euros. Un record!

Chez Cogito, on affirme qu’un client sur deux n’est pas en échec. La plupart des enfants qui suivraient les cours visent l’excellence ou la sécurité, ou cherchent un climat de travail. Vu le prix prohibitif des séances, on imagine sans peine qu’ils sont réservés à un public plutôt favorisé. On ne peut donc même pas dire que ce sont ceux qui en ont le plus besoin qui en profitent… Vous avez dit « inégalité »?1

  1. Source à la base de cet article : Le Vif – 19.03.10 []

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4 réponses à Le soutien scolaire : un marché très lucratif

  1. Frédéric dit :

    Il y aura toujours des parents « imbéciles » pour croire qu’un cours d’1h à 50 euros permettra à Fifi de comprendre la matière qu’il n’a pas été fichu d’assimiler en classe pendant 4 semaines…

  2. paprika dit :

    Oui enfin on peut critiquer ces organismes et taxer d’ »imbéciles » les parents qui y ont recours et leur enfant qui n’est pas « fichu d’assimiler », n’est ce pas, Frédéric ? Toujours est-il que certains enfants ont besoin de plus d’explications que d’autres, ce n’est pas un manque de travail, ni un manque d’intelligence, parfois un manque de méthode, et il est parfois utile d’avoir des explications différentes (je pense aux maths , par exemple) par une personne différente.
    Et cela a toujours existé, je me souviens avec … euh, aucune nostalgie (:-) ) de mes séances chez « maths assistance » quand j’étais au lycée :-) et ça ne date pas d’hier ….

  3. le chat blanc dit :

    Si de tels établissements existent, c’est qu’il y a des raisons. Et non des moindres: http://lechatblanc.skynetblogs.be/archive/2010/08/15/socles-de-competences.html

  4. Joëlle dit :

    Je trouve que le système scolaire est de plus en plus déficient: classes trop grandes, possibilité d’études dirigées restreintes, …
    De plus, à force de modifier les méthodes d’apprentissage : méthode globale, classes verticales, immersion … Seuls les plus adaptés à ces nouvelles méthodes feront partie de l’élite.
    Prenons un exemple : « l’apprentissage à la lecture », la méthode gestuelle a fait ses preuves comme étant la plus adaptée à tous, alors pourquoi s’évertuer à apprendre la lecture via d’autres méthodes? On sait que ces autres méthodes auront pour conséquence qu’un nombre supérieur d’enfants seront en difficulté. Alors pourquoi ?
    Résultats les parents qui ont la chance d’avoir les moyens font leur entrée dans le nouveau monde du soutien scolaire, onéreux et pas toujours correct. Attention aux arnaqueurs.
    Pour les moins chanceux, ceux dont les parents ne peuvent subvenir à cet apprentissage commercial, il n’y a que peu de perspectives, l’enfant risquera fort d’avoir ses 18 ans, sans un diplôme en poche, donc peu de possibilités d’avoir un boulot.
    La société le condamnera à errer dans le monde des formations, pour essayer de l’amener sur le chemin du travail. FIN